Chelsea Williams: « Beautiful and Strange »

Chelsea Williams est peut-être la moins connue des artistes du label Blue Elan, Rita Coolidge ou Janiva Magness, mais elle possède leur confiance et, comme cette dernière, est prête à prendre des risques. Beautiful and Strange est son quatrième album, ayant débuté sa carrière avec son premier album éponyme en 2006. Celui-ci suit Boomerang de 2017, toujours avec son producteur (et mari), Ross Garren (Ben Folds, Bon Iver). Tous deux visent un équilibre précaire entre les forces apparemment opposées de l’excentrique et du sérieux. Le premier utilise des pianos jouets, des scies à chanter et une qualité de flottement de la musique tout au long de ces 11 titres. La seconde imprègne leurs arrangements radicaux, ainsi que la voix engageante, aérienne, respirable et sensuelle de Williams, qui s’apparente parfois à une chanteuse de jazz, Kat Edmondson étant peut-être la meilleure référence. Elle définit d’ailleurs son style comme une « sorte d’Americana avec un peu de pop moderne, le tout couronné par une bonne dose d’abandon téméraire ». Cela lui permet, selon elle, de ne pas enfermer sa créativité et d’appliquer es catégories de manière très libre. On ne sera pas étonné que, pour une artiste aussi diverse, sa musique le soit tout autant et qu’elle puisse se référer aussi bien aus Beatles, qu’à Yes, The Flaming Lips, les Pixies ou Joni Mitchell, John Prine ou Tom Waits.

Il est intéressant de noter que Williams joue dans un groupe de bluegrass/Americana, The Salty Suites, et qu’elle a rencontré Garren lorsque tous deux jouaient dans un groupe de reprises de country. Pourtant, les comparaisons avec celles qu’elle mentionne, comme Loretta Lynn et Emmylou Harris, ne s’imposent pas vraiment ici, du moins en apparence. « Muskegon » rend un hommage subtil à environ la moitié dees artistes, et le psychédélique et désorientant « Something Sweet » contient de véritables références lyriques et musicales au chef-d’œuvre de George Harrison, « While My Guitar Gently Weeps ». « High Speed Chas » et « The Best Is Yet to Come » illustrent parfaitement cette qualité flottante de la musique, tandis que le « Fffun » de clôture est l’incarnation d’une chanson enfantine et décalée.

Elle commence avec « Wasted », déjà sorti en « single » et en vidéo. Son actualité, une relation destructrice qui touche à sa fin, peut sembler à première vue déroutante étant donné le partenariat entre elle et Garren, mais la tonalité du morceau introduit immédiatement les luxuriants riffs et le son superposé. Il s’agit de son passé. Et la liberté ressentie quand on sort d’une relation toxique dont « Wasted » est le résumé. Elle enchaîne avec le premier morceau de l’album, le très mélodique « Red Flag », qui l’emmène vers des sommets encore plus élevés avec l’intensité que l’on retrouve dans un nouvel amour. Avec un refrain chantant qui peut vous rester en tête pendant des jours.

Deux autres titres attireront l’attention ; sont « Dust » et la chanson titre. Sur « Dust », elle sonne très sensuelle, comme une chanteuse de jazz de fin de soirée, caressant ses paroles sur le Fender Rhodes de Garren avec des cordes subtiles en toile de fond. À mi-chemin, alors que le violoncelle de Paul Wiancko prend le relais, elle s’exclame : « Hallelujah, je suis enfin libre/Hallelujah, la logique m’a relevée des genoux/Je crois en ce que je vois. Hallelujah » (Hallelujah, I’m finally free/Hallelujah, logic lifted me up from my knees/I believe in what I can see. Hallelujah.). L’intensité monte jusqu’à un magnifique point culminant de sons célestes.

La chanson titre a une mélodie de type carrousel avec des paroles provocantes – « Oh, nous disons toutes sortes de choses à toutes sortes de gens / en prétendant que nous avons les rênes / mais ce n’est qu’un grand saut de foi / pour être vivant, respirer, rêver … en prétendant que nous pourrions réarranger / ce modèle d’atomes à couper le souffle qui est beau et étrange » (Oh, we say all kinds of things to all kinds of people/pretending that we have the reins/but it’s all just one big leap of faith/to be livin’, breathin’, dreamin’ … pretending that we could rearrange/this breathtaking pattern of atoms that’s beautiful and strange). Apparemment, cela découle des discussions qu’elle et ses amis ont sur les différences entre « magique » et « pensée scientifique » ; Williams trouve la beauté dans le chaos. Comme les autres airs, même lorsque les paroles sont sombres, la musique est beaucoup plus lumineuse, remplie de croches infectieuses et de couches sonores oniriques.

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