Nils Frahm: « Empty »

Personne dans le monde du néoclassicisme ne défend le piano avec autant de passion que Nils Frahm. En 2015, le compositeur allemand a fondé la Journée du piano pour honorer cet instrument, qui a lieu le 88e jour de chaque année (en référence aux 88 touches d’un piano). Il a également été l’inventeur du Klavins 450, le plus haut piano du monde (plus de 3,5 mètres), qu’il a construit spécialement pour l’enregistrement de son album Solo. Pour célébrer la Journée du piano cette année, Frahm a dévoilé Empty, un LP composé de 8 morceaux pour piano solo conçus à l’origine il y a plusieurs années, mais mis de côté après qu’il ait subi une blessure à la main.

Ecrit juste avant Screws en 2012, Empty invoque un langage stylistique similaire, car esthétiquement ces 8 compositions sont magnifiquement tangibles et intimes. Une partie de la véritable magie de l’album vient du fait d’entendre le son de l’instrument répondre sous les mains de Frahm ; de minuscules mécanismes à l’intérieur du piano glissent doucement et résonnent, presque comme s’il s’agissait d’un être mortel.

C’est aussi l’œuvre la plus délicate et la plus modeste de la mémoire récente de cette jeune femme de 37 ans, car l’électronique qui a ponctué l’épopée All Melody est absente, l’accent étant mis uniquement sur le piano.

Il en résulte l’une des expériences d’écoute les plus méditatives et les plus insulaires de l’année jusqu’à présent, comme si elle n’était destinée à être entendue qu’en temps de solitude, à l’instar de l’œuvre de Poppy Ackroyd et d’Ólafur Arnalds. Chaque morceau a un ton apaisant et somnolent, de la berceuse feutrée de « A Shine » à la lueur ambiante de « Sonar », tandis que les touches ondulantes de « No Step on Wing » se déversent comme un nuage de pluie s’ouvrant sur une forêt désolée au milieu de la nuit.

Bien que le titre puisse suggérer le contraire, Empty est tout sauf une affaire creuse ; c’est plutôt une expérience douce qui veut apporter la paix en ces temps d’anxiété et d’incertitude. Il montre Frahm dans ce qu’il a de plus intime et de plus minimal, et atteint son but en montrant la puissance de résonance du piano.

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