Red: « Declaration »

Le crossover post-grunge et nu-metal popularisé par des artistes comme Staind dans les années 90 et Breaking Benjamin dans les années 2000 s’est avéré acceptable pour le public chrétien. Une vague de rockers religieux comme Skillet, Disciple et Pillar s’est écrasée au début et au milieu des années 2000. Les résultats ont varié, mais aucun ne s’est rapproché de Red, un combo venu de Nashville.

Dès ses débuts en 2006, End of Silence, et par la suite, les meilleurs morceaux du groupe ont transcendé les trophées post-nu-métal avec un bombardement orchestral, un chant déchirant et une lourdeur sans précédent. Cette valeur ajoutée a fait d’Innocence & Extinct (2009), de Until We Have Faces (2009) et de Of Beauty and Rage (2015) des joyaux de métal alternatif sous-estimés. Ce dernier a malheureusement été retenu par le « bro-rock » régressif de Release the Panic (2013) et les malheureuses excursions électroniques de Gone (2017). Premier album « indépendant » du groupe, Declaration est à la hauteur de son nom en tant que déclaration d’intention revitalisée et joue ici du rock musclé selon ses propres termes.

« All For You », qui s’ouvrel’album, révèle immédiatement la quintessence du son Red. Le groove mid-tempo percutant du batteur Dan Johnson propulse les riffs désaccordés joués par les frères Anthony Armstrong (guitare) et Randy Armstrong (basse), avec des cordes atmosphériques offrant dissonance et mélodie là où ça compte. Les frères Armstrong sont tellement légers qu’on pourrait croire qu’ils ont commencé à utiliser des guitares à huit cordes. Mais cette fois-ci, c’est le chanteur Michael Barnes qui a changé la donne.

Le chant de Barnes est toujours aussi émotif et planant, mais ses cris ont trouvé une source de colère primitive. L’instrumentation partage souvent cette intensité déséquilibrée. Prenez le « single » «The Evening Hate », par exemple. Sur le pont, sa structure mélodique nu-métallique tombe dans un abîme de basses crasseuses ou boueuses en même temps qu’un chant obsédant. Le groupe s’envole alors vers le ultra-haut avec des mélodies néo-classiques et des cris surmenés, qui prennent la relève de la musique de chambre classique façon Red.

Comme en témoignent les vidéos cinématographiques du groupe, son sens de la grandeur et de la fimension distingue Declaration. Les violoncelles et les violons gonflés portent l’impact émotionnel de « The War We Made » »à un tout autre niveau. L’instrumentation élargie s’intègre naturellement dans le récit sincère de la chanson sur le conflit perpétuel et les cycles toxiques. Barnes utilise pleinement sa gamme vocale de plusieurs octaves, se mêlant au legato prêt pour le cinéma des cordes avec une ferveur sans précédent.

Qu’il s’agisse des riffs rebondissants korn-esque du début d’« Infidel »ou du groove sismique à six temps de « Cauterize », le côté orchestral de Red augmente intuitivement l’émotion et contraste avec une colère bien méritée. Ayant perfectionné son crossover orchestral depuis 18 ans, Red le compose simplement comme aucun autre groupe. Les arrangements peu orthodoxes se faufilent à travers un rock and roll audacieux, jusqu’à ce que vous voliez à travers la stratosphère avec un pack alimenté par l’harmonie.

Là où Of Beauty et Rage avait poussé les excentricités de Red à un point où l’on pourrait presque appeler cet album de baroque, l’intro thrashy de « Float » souligne le côté plus violent de Declaration. Sans annuler la grandiosité néo-classique, cet album met en avant certaines des musiques les plus extrêmes de Red à ce jour. Les rythmes inspirés par le punk de Johnson se chargent de refrains dramatiques et de vers couvants, faisant place à des cris frénétiques de Barnes.

On porra ainsi pratiquement l’entendre déchiqueter son larynx à la fin de « The Victim » » Avec la bande qui tourne à plein régime, il peut perdre son inhibition et laisser sortir son monstre intérieur. C’est le contraste parfait avec le chant passionné et mélodieux. Des uppercuts sonores comme ceux-ci auraient sûrement effrayé les cadres du label du combo, faisant d’eux les coupes profondes parfaites pour un Red déchainé.

Contrairement à tant d’albums de nu-metal, Declaration maintient une ligne de vie d’arrangements intéressants. Si le riff principal de « Sever » vous rappelle Breaking Benjamin, il devrait le faire. Il a été co-écrit avec le guitariste de ce groupe, Keith Wallen. Malgré cela, des notes de violoncelle staccato bien placées et un groove engagé l’élèvent au-dessus de la stagnation.

En fait, c’est vraiment ce qui se rapproche le plus du générique pour Red, car le groupe joue dans son style unique avec un enthousiasme renouvelé. C’est tout à l’honneur du groupe que l’avant-dernier morceau « Only Fight » se transforme en un refrain furieux avec des vers synthétiques, presque industriels – peut-être bien Gone done right ! L’âme de ce morceau se ressent comme une mélodie de cordes glaçante, superposée à des accords dissonants et à des tambours assourdissants.

« From The Ashes » clôt Declaration avec certaines des meilleures accroches, des riffs qui vous cassent le cerveau et une orchestration qui gonfle sur l’ensemble de l’album. Le refrain résume la mentalité de Red qui se retrouve dans cet album : « Nous nous battons pour survivre/ Je ne me briserai jamais/ De nos cendres nous nous enflammons/ Ne nous effaçons pas/ Nous vivons, nous mourons, nous tombons, nous nous relevons. » ( We are fighting to survive/ I’ll never break/ From the ashes we ignite/ Don’t fade away/ We live, we die, we fall, we rise)

Les membres de Red auraient pu céder aux tendances, ou du moins licencier l’élément classique, mais ils savent ce qui fonctionne le mieux pour eux. On ne peut s’empêcher de croire à l’ampleur émotionnelle de Déclaration, que ce soit ses plus grandes défaillances ou ses extravagantes sonorités orchestrales. Sans contrainte d’étiquette pour la retenir, il est bon d’entendre Red élever le post-grunge et le nu-métal bien au-delà de ce qu’on pourrait imaginer.

****1/2

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