Jennah Barry: « Holiday »

Sur le nouvel album de Jennah Barry, Holiday, l’auteure-compositice canadienne présente à qui veut l’écouter sa maison, son cœur et ses rapports avec une foutitude d’émotions. Huit ans après sa première sortie, Young Men, Holiday arrive comme un effort apaisant de deuxième année qui a les qualités douces et effarouchées d’une première impression. Bien qu’il y ait un air timide dans la façon dont ces chansons font tourner l’auditeur dans les mondes intérieur et extérieur de Barry, la musique elle-même est partagée avec une confiance gracieuse et croissante. Pourtant, avec tout cela, Barry ne nous dit pas tout. Entre les descriptions des eaux lunatiques de l’océan Atlantique, les solos de bois chantants et les réflexions bucoliques sur soi-même, il est clair que Barry retient une certaine profondeur qui existe en elle et dans sa musique potentielle.

Holiday a été écrit et enregistré sur la côte sud de la Nouvelle-Écosse, dans une maison que Barry a aidé à construire et certaines parties de ce paysage côtier, au nord de l’Atlantique, apparaissent souvent sur l’album, à travers une représentation à la fois tonale et lyrique. Sur « Roller Disco » » l’un des « singles » de l’album, la description du cadre commence au cœur d’un continent, du mauvais côté du Canada. Trouvée au début de Holiday, cette caractérisation isolante de la région d’origine de Barry établit une dichotomie de solitude et d’intimité qui persiste tout au long de l’histoire. La gamme émotionnelle de Holiday dépeint la maison de Barry comme un lieu éloigné, distant selon certains critères, mais riche d’un sentiment intime d’appartenance. Cette dichotomie est simplifiée sur le morceau « I See Morning », comme Barry le chante : « En regardant le monde, tout peut arriver / En regardant le monde, rien n’arrive jamais » (Looking at the world, anything can happen / Looking at the world, nothing ever happens).

« Big Universe » ajoute également au sentiment de lieu nuancé créé pendant les vacances. La combinaison musicale d’une pedal steel guitar et de la répétition de « oom sha la las » dans les chansons a longtemps été associée au bord de l’océan. Ici, nous avons ces deux éléments essentiels d’une ode à la mer. Malgré ces éléments de plage, « Big Universe » n’évoque pas les images des côtes chaudes et sablonneuses de la Californie. Au contraire, la piste existe dans un autre type d’humeur maritime. La voix de Barry ressemble aux eaux plus froides de l’Atlantique, comme une corne de brume soufflant dans une tempête. Ce sont les voix d’une sirène introspective, qui accueille les navires à terre tout en explorant ses émotions.

Parfois, il semble que les paroles apaisantes et rassurantes de Barry s’adressent à elle-même. Sur « Pink Grey Blue », un autre « single », elle chante : « Pas de surprise / Tu as mal à l’intérieur / Tu es rose, gris et bleu. » (o surprise / You ache inside / You’re pink and grey and blue.) C’est comme si nous regardions Barry et sa guitare pendant un moment d’intimité. Elle reconnaît la complexité de ressentir plusieurs choses à la fois, et lorsqu’elle parle à haute voix, sa propre voix est l’antidote à ce problème universel. Une sorte de refrain se répète : « Ça pourrait être pire / Une malédiction est juste cet amour que j’ai pour toi. (Could be worse / A curse is just this love I have for you Un léger vibrato se marie à merveille avec le genre de jeu de guitare qui consiste à faire glisser les doigts le long des cordes dans différentes positions. « Pink Grey Blue » est une berceuse qui traite d’amour-propre.

« Lullab » serait une description appropriée pour de nombreux morceaux composant Holiday. Avec sa courte durée et son sujet somnolent, « Are You Dreaming ? » est un nouveau joyau du genre berceuse. Il a l’effet intemporel d’une couverture épaisse et d’une tasse de thé aux herbes, et est tellement dépourvu de paroles trop contemporaines que le résultat final donne l’impression qu’il aurait pu être écrit par des trappeurs de fourrure en 1650. Encore une fois, la voix de Barry se combine si merveilleusement avec l’accompagnement à la guitare dans ce titre dont Mary Travers serait fière.

Alors que Holiday ne s’éloigne jamais trop de son folklore acoustique discret, le troisième morceau, « The Real Moon », est une aberration bienvenue. Une fois que cette chanson se met en marche avec ses cornes et ses tambours, on se sent presque prêt à faire la bande sonore d’un thriller d’espionnage et de romance à la James Bond. « The Real Moon » contient également l’un des nombreux exemples de la vision du monde pleine d’esprit et d’observation que Barry tisse dans ses chansons : « Vers 12 heures, je vois un cerf sur la pelouse de devant / Il a l’air très perdu, me fixant avec les mêmes pensées. » (Around 12 o’clock, I see a deer standing on a front lawn / He’s looking very lost, staring back at me with the same thoughts.)

Ce disque traite des sujets qui tiennent à cœur à Barry : l’amour de soi, des autres, de la maison et du lieu. Bien qu’il s’en tienne à cette conception traditionnelle voire conservatrice, Holiday parvient tout de même à offrir une grande polyvalence à ses auditeurs. L’album est à la fois une force apaisante et un exercice stimulant de considération intérieure. Il s’agit de l’auto-présentation réussie de Barry en tant que superbe auteur-compositeur capable de chanter des beautés originales sur des thèmes intemporels. Tout en admirant la chaleur et la beauté berçante de Holiday, il est possible de s’interroger sur la profondeur supplémentaire qui existe sans aucun doute au-delà de la surface de l’amour et des berceuses. Il est rassurant de savoir que toute retenue qui se produit ici laisse simplement la porte ouverte à d’autres musiques venues de Barry à l’avenir.

***1/2

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