Margaret Glaspy: « Devotion »

Le premier album de Margaret Glaspy, Emotions And Math, a exploré l’idée polarisante des pulsions destructrices teintées également d’empathie et decompassion brutes. Son second LP, Devotion, déplace sa perspective vers un sujet plus évolué : la signification ardente de l’amour, de l’attraction et de l’assurance. « Il s’agit de laisser entrer l’amour, même si vous ne savez pas ce qui se passera quand vous le saurez » (It’s about letting love in even when you don’t know what will happen when you do), explique Glaspy. « Il s’agit de consacrer son cœur à quelqu’un ou quelque chose, contre toute attente » (It’s about devoting your heart to someone or something, against all odds ). Dans Devotion, Glaspy invite de nouveaux instruments sonores : des sons enchanteurs, une voix riche, des synthétiseurs qui swaggent et des beats électroniques en pleine dimension pour aider à fabriquer une collection de chansons d’amour altérées dans une période de chaos.

Ce nouveau projet débute avec le morceau d’ouverture, « Killing What Keeps Us Alive », qui n’a pas été écrit pour l’apocalypse mais qui symbolise ironiquement ce fait. Les quinze premières secondes mettent en avant l’évolution de son son – avec un synthé gonflé et un vocodeur surutilisé – pour dépeindre une pensée à la fois néfaste et romantique. Notre temps sur terre est peut-être bref, mais notre amour ne l’est pas forcément. Alors que sa voix métallique et pourtant saine chante : « Nous continuons à vivre comme nous ne mourrons jamais / Et nous continuons à tuer ce qui nous maintient en vie » (We keep living as we’ll never die / And we keep killing what keeps us alive). Le morceau devient la pensée consciente de Glaspy entre l’état critique de notre foyer et la capacité de tomber amoureux au milieu de tout cela. Il donne parfaitement le ton de la dévotion : ne pas s’attarder sur la destruction mais plutôt forger quelque chose de nouveau à partir des cendres.

Glaspy devient une conteuse expérimentale, chaque morceau se prolongeant dans le suivant, devenant un vœu désordonné et vocalisé à un prétendant spécial. « Young Love » intègre un hybride synthétique-guitare robotisée avec des idées dramatiques : « Je veux respirer, vivre, aimer et mourir avec toi » (I wanna breathe, live, love, and die with you), nous rappelant la croyance habituelle mais fausse selon laquelle les premiers amours deviennent des amours éternels. Alors que les sous-entendus robotiques se transforment en synthés électriques et en rythmes gargouillants dans « You Got My Number », Glaspy joue au jeu sensuel du chat et de la souris. Alors qu’elle s’épanche : « Si tu as besoin d’autre chose de moi / Tu as mon numéro » (If you need anything else from me / You’ve got my number), Glaspy met en lumière la poursuite subtile qui coïncide avec les nouvelles rencontres amoureuses. Du ton séduisant de You Got My Number, elle évolue rapidement vers l’hymne rock du projet, un « So Wrong It’s Right », où Glaspy fait consciemment appel à des synthés distants et dispersés, avec une progression de batterie rebondissante et un argument vocal répétitif : « Oh, ça paraît tellement mal que ça fait bien » (Oh it feels so wrong that it feels right ). Une tentation que certains affrontent avec des relations amoureuses. Le nouveau projet de Glaspy montre une croissance dans les performances lourdes des synthés et les filtres vocaux robotisés tout en rappelant les ballades simples qui ont commencé son voyage.

Avec l’arrangement ténu de mélodies minimalistes dans « You Amaze Me », « Devotion » et « Vicious », nous sommes réconfortés de constater que Glaspy n’est pas loin d’elle-même. Les voix intimes noyées dans la douceur, associées à de simples riffs acoustiques, forment un lien que seules les chansons d’amour à succès possèdent. Alors qu’elle chante apaisement dans la chanson-titre, «  Parce que, bébé, je suis de ton côté / Quand je te donne un morceau de mon esprit / C’est un signe de mon dévouement » (Cause baby I’m on your side / When I give you a piece of my mind / It’s a sign of my devotion), on ne peut que se retrouver chacun à balancer d’un côté et de l’autre dans le contentement. Pendant des années, le travail de Glaspy a résidé dans la présence et la simplicité, et il apporte maintenant une toute nouvelle définition à la surface.

Devotion est une interprétation des contrastes : des synthés évolués sur le plan sonore contre des voix et des instruments doux. De la fluidité de « Young Love » à la juxtaposition de l’électronique en plein essor dans « What’s The Point », elle nous enseigne comment être le meilleur des deux mondes.

Ce nouveau projet ne dépouille pas Glaspy de ses vieilles habitudes sonores, mais il s’appuie sur la palette sonore chaleureuse qui a donné naissance à ce projet et l’élargit. Elle nous rappelle la beauté que peuvent apporter ces tons où le duel fait loi et comment deux opposés peuvent se fondre en un dessein cohérent.

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