Jochen Tiberius Koch: « Astoria »

Astoria est le deuxième album concept en autant d’années de Jochen Tiberius Koch, dont le dernier album était une réflexion sur Walden et le nouveau sujet en est l’hôtel Astoria, autrefois un joyau de l’architecture et de l’hospitalité de Leipzig. Tout en retraçant l’histoire de l’hôtel, Koch le transforme en une parabole historique et sociale, se terminant sur une note d’incertitude qui reflète l’époque actuelle.

L’album est mi-vocal et mi-instrumental, mais comme beaucoup de paroles sont en allemand, il faudra des notes de pochette ou un traducteur pour en comprendre la nuance. L’ouverture parlée ouvre la scène avecun refrain leitmotiv : « si les murs pouvaient parler », présentant l’hôtel comme le personnage principal. Ensuite, le récit progresse à travers la destruction de l’hôtel par les raids aériens en 1943 jusqu’à la reconstruction d’après-guerre, l’utilisation par le gouvernement, la privatisation et enfin la désaffectation.

Il y a un léger décalage entre le ton de la musique, qui tend vers la beauté, et les mots, qui sont las du monde et mélancoliques. Même dans le premier morceau, le piano joue une mélodie édifiante, soutenue par des cordes de soutien. En revanche, » »Uplifting Monument » commence à la manière d’une marche, dans un contexte militariste, rappelant Wagner. « Uplifting » peut signifier « soulever » ou « construire » plutôt que « stimuler l’esprit ». La fierté d’une nation s’affiche, comme en témoigne la finale de « Sunrising ».

Quand apparaît la langue anglaise : « suitcase, suitcase, the elevator goes up and down, opens and closes », on grimpe un peu ~ bien que ce soit annoncé comme « indie pop / electronica / modern composition ». Le chant se dissipe rapidement, révélant une piste rythmée qui n’avait pas besoin d’une exposition aussi simple. L’instrumentation de Koch est sa force, bien que l’on s’imagine des aspirations théâtrales, voire des rêves de Top 40 (« The Ballare », qui comprend des chants doux et des cloches de traîneau, et le mémorable Epilog »).

Comme album se voulant accessible, c’est avant tout un disque très inhabituel. Ironiquement, la musique semble en dire plus lorsque les chanteurs ~ aussi merveilleux qu’ils soient ~ font un pas en arrière pour laisser couler la mélancolie. « The Lobby Boys » recrée un sentiment d’émerveillement et d’hospitalité sans un seul mot. Le décalage électronique est une agréable surprise, une collision de cultures. La Schmalkalden Philharmony (dirigée par Knut Masur) est en pleine forme, bien que l’on puisse sentir la main de Koch dans les ajouts modernes. « 33/45 » se dirige dans une direction encore plus électronique, en suivant le son d’une sirène de raid aérien et les mots « les murs se brisent ». Nous nous souvenons d’autres murs qui ont été brisés, les plus évidents étant le mur de Pink Floyd et le mur de Berlin. Le morceau se termine par un mot parlé et une horloge, une combinaison à la fois familière et théâtrale.

Une fois de plus, alors que nous pensons à trop de mots, nous arrivons à la pièce maîtresse de l’album, « After the War ». Le titre semble un peu trop optimiste pour son sujet, mais la combinaison de tambours et de cuivres en direct provoque un climat triomphal inattendu. À partir de ce moment, l’album aborde l’ère moderne avec un mélange d’inquiétude et de résignation. Aujourd’hui, l’hôtel est inutilisé. Il a vu tant de choses, il a tant à offrir. L’instrumental « Declin » » reflète parfaitement son titre, ouvrant la voie au magnifique « Lost Place ». Près de vingt minutes s’écoulent avant que le dernier chanteur n’apparaisse.

« C’est parce qu’on ne supporte pas peut-être » chante Fraullein Laura, mais une traduction plus précise pourrait être « incertitudes ». Le monde se fragmente à nouveau ; la beauté est ignorée ; l’avenir n’est pas clair. L’Astoria a traversé une de ces périodes ; survivra-t-elle à une autre, ou deviendra-t-elle une parabole que les gens ne tentent plus de déchiffrer ? Questions qui, au-dela de la parabole, s’adressent à nous tous.

****

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.