Ultraísta: « Sister »

Après une longue attente le supergroupe indie Ultraísta lance son deuxième opus, Sister. Il est difficile de croire que 8 ans se sont écoulés depuis la sortie du premier album éponyme jusqu’à ce que vous considériez qui peuple la collaboration, le producteur/musicien Nigel Godrich de la renommée Radiohead, et de nombreux autres projets, le percussionniste Joey Waronker, Beck, REM, Atoms for Peace, etc et la vocaliste/journaliste Laura Bettinson, de Femme et Lau. Chacun d’entre eux est extrêmement prolifique, avec une énergie apparemment surhumaine qui fait qu’avec eux, une fission nucléaire semble, en comparaison, manquer de réalisme. On a souvent songé que la première sortie d’Ultraísta serait leur seule mais le très espéré Sister fournit une autre dose d’electronica exaltante et saine, focalisée sur le laser, mais permet également à Ultraísta d’ajouter de nouvelles dimensions à leur son.

Pour enregistrer Sister, le trio utilisera des sessions d’improvisation sporadiques afin de créer ses neuf nouveaux morceaux. Chaque membre s’efforçait intentionnellement de porter des chapeaux différents et de sortir de sa zone de confort pour essayer quelque chose en dehors de son travail quotidien. Le trio a réussi à combiner de nombreux fils sonores : afrobeat, electronica post-moderne, cordes évocatrices et basse entraînante pour créer un album iconoclaste tout en conservant les motifs sonores uniques établis lors de leur première sortie. Godrich a, à ce propos, décrit la complexité de l’assemblage de Sister comme une tentative de construire une navette spatiale à partir d’allumettes.

L’intensité des sessions d’enregistrement a exigé que le trio fasse des pauses après chaque partie afin d’avoir la volonté de continuer. L’objectif principal du combo était de réaliser un album qui soit plus qu’une simple œuvre d’art, mais un concept d’album libre, accessible mais aussi sophistiqué. Tout au long du disque, on retrouve ainsi le savoir-faire de chaque interprète, le chant de Bettinson devenant plus clair et occupant le centre de chaque morceau.

La première piste est le « single » « Tin King », une chanson chargée d’une énergie incommensurable qui la rend si attachante. Bettinson a complètement habité l’ambiance postmoderne de la sélection avec sa voix et en affichant juste assez d’énergie pour accompagner le confort de sa voix. Les paroles attaquent la cupidité et le comportement de voyeur égocentrique. Lorsqu’on l’examine de près, le morceau est intrinsèquement contre-intuitif et pourtant totalement addictif. « Harmony » est plus sinueux avec une atmosphère plus rêveuse. Les percussions sont à couper le souffle et la sensation harmonique du morceau est en accord avec son titre. « Anybody » remet en question ce que nous considérons comme la beauté et le culte des icônes. L’instrumentation sophistiquée comprend des violons qui ajoutent un nouvel élément à la palette sonore d’Ultraísta.

« Save it Til Later » est un chant du flambeau mis à jour pour le 21ème siècle. Le morceau est un mariage de la fraîcheur glaciaire une electronica mariée à la chaleur de la voix de Bettinson. Ce morceaun, ainsi que « Anybody » contient les éléments plus personnels dans les textes par rapport aux débuts du trio. « Ordinary Boy » est une vitrine de l’excellence percussive de Waronker sur ce morceau effervescent et nerveux et l‘impressionnante « Mariell » » passe à un minimalisme ensoleillé tout en apportant une sagesse bien nécessaire dans les paroles, : « Survivre n’est pas vivre… attention à la nostalgie » (Surviving is not living… beware of nostalgia) . Bettinson utilise des voix éthérées, ce qui est tout à fait approprié pour cet autre impressionnant morceau.

Le tempo et le rythme de l’enregistrement sont d’une brillance palpable. La production habile de Godrich se manifeste par le fait qu’il semble savoir exactement quand accélérer et quand relâcher. Cette capacité rare devient de plus en plus évidente au fur et à mesure que l’album avance. « Water in My Veins » prend des basses funk, de l’electronica entièrement actualisée, évoque Caribou, et ajoute le grain de la ville pour produire une alchimie musicale. Cette vibe frénétique est ensuite mise en contraste avec la sensation organique et simple d’un « Bumblebees » qui fascine par son chant hypnotique et sa production propre. Sister se terminera par « The Moon and Mercury », où un délicat synthétiseur relie le terrestre à l’éternité de l’interstellaire, créant une fin obsédante à un album remarquable.

La genèse de Sister a pris beaucoup de temps, mais cela vaut vraiment la peine d’attendre. Cette nouvelle version est l’aboutissement des compétences que chaque membre du trio a acquises au cours des 12 dernières années. Il y a un fil conducteur commun à l’ensemble de l’enregistrement qui est la marque de fabrique dUltraísta. Chaque morceau est distinctif et maintient l’attention de l’auditeur. Si vous n’avez jamais écouté de l’lectronica sérieusement, une chance de le faire y est offerte tant cet opus est une excellente porte d’entrée vers ce genre. Ajoutons que, chaque membre d’Ultraísta apportant quelque chose à l’enregistrement, la collaboration en sort renforcée et elle crée pour le trio quelque chose de multidimensionnel et digne de reconnaissance.

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