Lyra Pramuk: « Fountain »

Pas de synthés, pas de batterie, pas de problème ! Cette compositrice berlinoise n’utilise que sa voix pour évoquer des chansons épiques et riches en harmonies.

Le potentiel de la technologie contemporaine à perturber les binaires – réels et artificiels, hommes et femmes, passés et présents – est exploré par un certain nombre de musiciens de formation classique. Holly Herndon a combiné une entité d’IA appelée Spawn avec le chant choral pour produire des productions orchestrales qui brouillent la distinction entre le son synthétisé et le son organique. Également enraciné dans la scène d’avant-garde berlinoise, Colin Self utilise sa voix comme interface pour explorer les relations homosexuelles. Fruit de collaborations avec Herndon et Self, le premier album de Lyra Pramuk, Fountain, est entièrement composé d’échantillons de son propre chant sans paroles, ce qui lui permet d’assumer des identités multiples et fracturées. Des notes profondes de baryton glissent dans le soprano, dans des incarnations extraterrestres, refusant de se cristalliser en une seule entité.

Ayant grandi en Pennsylvanie, Pramuk a passé son enfance dans la chorale de l’église où sa grand-mère était pianiste. Décidant de poursuivre sa carrière musicale, elle entre dans un conservatoire et maîtrise le chant de différentes manières et dans plusieurs langues. Sur les premières mesures de « Witness », les influences religieuses sont immédiatement évidentes : une réverbération qui oscille comme à travers un temple caverneux.

Le chant ancien de Pramuk est accompagné d’une ambiance fredonnant et imprégnée de techno. C’est dans cette frontière entre le cadre d’un club et le divin que Fountain prend vie. Utilisant sa voix comme un système modulaire, Pramuk suggère un rituel à la fois folklorique et futuriste.

Sur scène, Pramuk est une prêtresse posthume. L’année dernière, au festival Unsound de Cracovie, elle a présenté en première les chansons de Fountain via un système multicanal conçu par le producteur expérimental Ben Frost. Vêtue d’une robe écarlate longue, elle s’est déplacée entre le mixeur et le microphone, exécutant des mouvements de danse gracieux et hypnotiques. Impossible à qualifier d’ambient, Fountain n’en provoque pas moins l’état de transe que le genre peut induire. En son centre se trouvent les nombreuses Lyras : artiste, conteur, poète et cyborg.

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