Jonny Polonsky: « Kingdom of Sleep »

Travaillant comme instrumentiste pour des artistes tels que Johnny Cash, Neil Diamond et les Dixie Chicks depuis 1996, il n’y a vraiment aucune raison que Jonny Polonsky ait eu besoin de sortir un disque en solo, encore moins six. C’est sa passion pour la musique et sa curiosité artistique qui l’ont conduit à ce projet, qui sont toutes deux évidentes sur son dernier opus, Kingdom of Sleep.

Entièrement autoproduit, cet album est une attaque ambitieuse contre tout ce que le rock est censé être en termes de clichés. Il est psychédélique, nerveux, alternatif et surtout expérimental. Rappelant des films comme Blade Runner et le rock des années 80, Kingdom of Sleep est, à cet égard, bien plus qu’un simple disque de rock, c’est presque comme une musique de film.

Le cinéma ne commence même pas à décrire ces huit titres. Sur cet album, Polonsky prend les conventions du cinéma et crée des chansons qui s’adapteraient facilement à chaque scène, cependant, il ne raconte pas d’histoire. Il ne s’agit pas d’un disque conceptuel mais il dérive certainement d’un lieu similaire.

Prenez « Take Me Home » par exemple ; en combinant la voix râpeuse caractéristique de Polonsky avec une basse profonde, des gongs et un travail électronique, on crée une chanson digne de la plus grande science-fiction d’Hollywood. Bien que ce morceau soit similaire à l’accompagnement du générique de divers films de genre, des chansons comme « A Willing Eye » rappellent directement des conventions cinématographiques spécifiques, comme la scène finale. Avec son fondu enchaîné, son ton brillant et son utilisation experte des synthés, « A Willing Eye » ressemble au dernier morceau utilisé dans un film, après que toute l’action ait été résolue et que les derniers détails aient été réglés. C’est une conclusion appropriée à la fois pour l’album et pour l’histoire.

Avec une durée d’un peu plus de trente minutes, Kingdom of Sleep est incroyablement serré, du début à la fin. Sur seulement huit titres, Polonsky ne perd pas de temps et refuse d’inclure tout ce qui n’est pas absolument nécessaire. Malgré tous ses précédents travaux, cet album prouve à lui seul l’excellence de l’artiste en tant qu’auteur-compositeur sophistiqué.

Tout au long de l’album, Polonsky puise dans son arsenal éclectique. Plutôt que d’écrire un disque de rock avec un quatre-pièces standard, il puise dans le non conventionnel, en utilisant tout, du piccolo à la chorale d’enfants. L’harmonica qui figure sur le disque « Aenerone », essentiellement instrumental, est l’un des points forts de la musicalité du musicien sur ce disque.

L’album est peut-être le plus raffiné sur son titre phare ; « The Weeping Souls ». La percussion utilisée ici est particulièrement forte. Non seulement il y a un doux roulement de tambour sous les couplets et un son profond et plein qui maintient le refrain, mais la voix de Polonsky fait en fait le double du travail, fonctionnant à la fois comme voix principale et comme percussion. L’articulation sur « Take a Look Around » pendant le refrain permet aux consonnes de devenir une deuxième ligne de percussion, démontrant encore une fois les talents d’auteur-compositeur de Polonsky.

Avec un disque aussi court, et si avancé musicalement et esthétiquement, Kingdom of Sleep est sans surprise rare en termes de paroles. Néanmoins, Polonsky fait preuve d’une grande efficacité lorsqu’il a besoin de mots pour faire passer son message. Des lignes comme « Dans la salle d’audience de votre bouche/ vous mettez toutes les langues en procès » ( In the courtroom of your mouth/ you put all tongues on trial) sur « Ghost Like Soul» témoignenet de son lyrisme, un lyriqme pour lequel il n’a tout simplement pas besoin de paragraphes après paragraphes pour valider le message qui se cache derrière Kingdom of Sleep. La musique fait le travail elle-même.

Il y a du pouvoir dans la simplicité ; c’est ce que Polonsky comprend sans doute intimement. Bien qu’il n’y ait rien d’ouvertement fantaisiste ou d’extrêmement compliqué dans ce disque, il n’y a rien de superflu dans le produit final. Il est délicieusement concis et direct, tout en restant stimulant et intéressant. Kingdom of Sleep est digne d’être répété et de devenir une bande sonore de la vie quotidienne.

Plus résonnant des musiques de films que des albums de rock,ce nouvel opus de Polonsky est indéniablement une sortie impressionnante. Ayant travaillé avec certains des plus grands noms de la musique moderne, cet album prouve exactement pourquoi il a participé à ces projets. La musicalité et l’intrépidité de l’artiste s’unissent sur ce disque dans la tempête parfaite pour créer une sortie solo cinématographique et psychédélique.

****1/2

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