Sign Libra: « Sea to Sea »

Y a-t-il quelqu’un de plus investi dans le concept d’expansion que la compositrice electo lettone Sign Libra ? Son premier LP ntitulé Sea to Sea prend comme point de départ la lunar maria (taches sombres sur la lune, à l’origine confondues avec des masses d’eau) et s’envole de là vers divers coins du cosmos. Peu importe que la science ait depuis prouvé que les lunar maria n’ont rien à voir avec l’eau, puisque le LP vise plutôt à ce que les auditeurs reconceptualisent l’immensité de l’espace comme point de rencontre pour le jeu, la voix et l’illusion.

Sur le plan sonore, le point de référence le plus important de Sea to Sea est constitué par les compilations Pure Moods du milieu et de la fin des années 90. Ces collections new-age, annoncées en bonne place dans les publireportages de l’époque, présentaient des instruments de synthèse à la sonorité fine, organisés selon des motifs mélodiques attrayants. Leur son avait été popularisé par Enya et par des chansons de thèmes pour des émissions de télévision comme The X-Files et Twin Peaks. Sign Libra utilise de tels sons (qui représentent une esthétique résolument décalée, ainsi qu’une tentative oubliée d’entrer en contact avec la nature, l’univers et soi-même) pour des raisons nostalgiques et critiques. Elle nous invite à imaginer un côté ludique et exubérant de la nouvelle spiritualité des années 90 et à nous joindre à ses explorations en tant que participants.

Son exubérance ludique est la plus évidente dans la façon dont elle utilise la voix comme un instrument supplémentaire, un outil d’expression fantasque. De temps en temps, elle forme des mots, mais ses halètements, ses soupirs et ses sons absurdes sont la pièce maîtresse de l’album. D’autres voix, simulées et réelles, se joignent à la sienne pour créer un effet inattendu et étranger. Parfois, comme sur le premier « single » « Sea of Islands », un chant guttural façon films documentaires à la Koyaanisqatsi fait partie du tableau, qu’elle complète par un bâillement qui vise à se moquer de la dépendance de la spiritualité new age aux caricatures et clichés indigènes (par exemple, une relation non contaminée entre les indigènes et la nature). C’est comme Philip Glass lors d’une journée d’amusement du dimanche, aussi jovial et attentionné qu’un pique-nique de pâte à modeler.

Les vidéoclips qu’elle a réalisés autour de « Sea of Island » et la suite de « Sea of Nectar » attirent l’attention sur ce genre particulier de jeu critique. Les décors, les accessoires et la danse sont tous essentiels à l’effet. Elle privilégie les sols carrelés en noir et blanc, les rideaux de velours et les grands espaces peuplés d’images projetées de nuages et de lumières laser, de sphères colorées et de miroirs de funhouse. Pensez à quelque chose entre un sketch « Square One » et une peinture de Giorgio de Chirico, enfantine et surréaliste, des illusions d’optique en cours. Elle interagit avec ces décors et accessoires dans un style volontairement ringard de danse énergique et de regards souriants à la caméra qui créent une atmosphère irrésistiblement gênante. L’incertitude, de la part des spectateurs et des auditeurs, abonde.

Cette transformation constante, contenue par les limites de sa palette new age des années 90, donne naissance à une musique ambiante, parfois frustrante et abstraite. Avec neuf titres et 40 minutes, le disque dure un peu trop longtemps pour rester une expérience sonore captivante. Il n’y a pas assez de mélodie mémorable, de texture distinctive ou de variation de tempo pour retenir toute notre attention, d’autant plus que la majorité de ces chansons n’ont pas de vidéo pour combler notre désir de tangible.

Pourtant, Sea to Sea, faite de poussière d’étoile et d’écume de mer, réussit à être une musique de fond qui stimule l’imagination. Il serait encore plus efficace comme bande sonore pour un aquarium ou un voyage dans l’espace. En d’autres termes, il fonctionne mieux en couple. Dans cette optique, nous constatons que lea démarche soutient efficacement le projet d’exploration sportive et spirituelle de Sign Libra : Il suggère que nous devrions découvrir nos propres façons épiques de voyager à ses côtés qur cet opus fait de poussière d’étoile et d’écume de mer, réussit comme musique de fond stimulant l’imagination.

***1/2

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