Spectral Lore/Mare Cognitum: « Wanderers: Astrology of the Nine »

Une qualité sous-estimée du métal réside dans sa tendance à la collaboration. Cela fonctionne parfois de manière douteuse, comme lorsque des groupes acclamés finissent par soutenir des artistes problématiques, mais ce sont les exceptions plutôt que la règle. L’esprit de collaboration pousse les artistes à sortir de leur zone de confort et à rompre avec leurs habitudes. L’année dernière, la fusion des idées entre Dark Buddha Rising et Oranssi Pazuzu sous le nom de Waste of Space Orchestra a montré jusqu’où les idées des deux groupes pouvaient aller lorsqu’elles étaient poussées dans des endroits inattendus, alors qu’un groupe comme The Body se donne essentiellement pour mission d’inviter de nouvelles voix dans leur musique pour aider à la remodeler et à la restructurer – c’est pourquoi ils sortent rarement un album qui ressemble beaucoup à celui qui le précède. Parfois, il faut l’apport d’une personne extérieure pour aider à trouver la bonne voie créative.

Le groupe grec de black metal Spectral Lore et le groupe californien Mare Cognitum ne sont pas étrangers à cette idée. En 2013, les deux groupes ont entamé leur première collaboration dans l’espace le plus sombre avec Sol, un cycle d’albums inspiré par le soleil qui comprenait trois morceaux massifs, dégageant le genre de chaleur enveloppante que son nom implique. Et si ça a marché une fois, ça pourrait certainement marcher à nouveau, ce qui nous amène à Wanderers : L’astrologie des neuf. De la même manière, informé par le système solaire – les planètes en particulier, ici -, Wanderers adopte une approche encore plus grande et plus ambitieuse, les deux bandes se répartissant les tâches sur huit des neuf planètes, et s’attaquant à « Pluton » en deux parties en tant qu’entité collaborative. C’est un travail riche en concepts, explorant la mythologie qui définit notre système planétaire, mais il est livré dans un ensemble si étonnamment cohérent que l’effort combiné surpasse deux moitiés déjà remarquables.

Ce que Spectral Lore et Mare Cognitum ont en commun, c’est leur capacité à créer de la musique qui soit identifiable comme du black metal, mais qui ne soit pas la proie des tropes de genre qui lui donnent un sentiment d’inutilité ou d’ordinaire. Sur les deux premiers titres seulement, Spectral Lore allume une longue construction en triomphe épique sur le dur de dur « Mercury (The Virtuous) » tandis que Mare Cognitum amplifie l’agressivité et la noirceur sur le tranchant du rasoir « Mars (The Warrior) », un titre à la fois techniquement pointu et implacable dans son intensité. Si ces deux titres étaient relégués à un EP plus concis plutôt qu’à un album d’une heure et demie, ce serait encore l’une des meilleures sorties métal de l’année.

Il est fascinant d’entendre comment les deux groupes interprètent chaque sphère errante. L’album Earth (The Mother) de Spectral Lore a une esthétique plus gracieuse et plus douce en son cœur, son intro atmosphérique montrant la tendance du groupe à la grande beauté autant qu’à l’exploitation d’une puissance viscérale. Le Venus (The Priestess) de Mare Cognitum est plus imposante, plus stoïque, plus gracieuse et pourtant immense, tandis que le « Jupiter (The Giant) » de 15 minutes est dense et impressionnant, convergeant lentement et éthérément en un ensemble émotionnellement puissant et pourtant expansif sur le plan sonore. Pourtant, si les différences entre les deux bandes sont tangibles, elles ont chacune une approche complémentaire qui rend les transitions et la séquence fluides. En bref, on dirait qu’ils appartiennent au même disque.

Individuellement, les deux groupes créent l’un des meilleurs black metal d’aujourd’hui. Lorsque Spectral Lore et Mare Cognitum partagent l’espace sur les mêmes pistes, Wanderers devient un témoignage sublime de ce qu’une approche collaborative peut accomplir. Le premier volet de la suite en deux parties « Pluto » est essentiellement un exercice de dark ambient, un ton sinistre émergeant lentement de l’obscurité lointaine. La deuxième partie est une conclusion imposante dans un voyage hypnotique, à la fois massif et mélodique, avec des éléments électroniques subtils qui soulignent la force de l’arrangement. Cela semble naturel, le travail d’une unité solitaire travaillant ensemble plutôt que deux éléments disparates essayant de trouver un terrain d’entente. C’est ce qui se produit lorsque deux grands groupes de métal se voient accorder l’espace nécessaire pour s’étendre et offrir une vision unique et collaborative.

***1/2

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