Golden Ghost: « The Big Sleep: Future »

Il est rare de rencontrer un jeune label qui présente une esthétique aussi exigeante et soignée que celle qui a défini Epifo Music en termes de stabilité. Cet opus de l’ancienne Castanet Laura Goetz est le cinquième album de Golden Ghost, mais ce n’est que le deuxième volet de sa série Big Sleep.

Assurée, le plus souvent douce, il y a néanmoins une intensité excentrique et profondément concentrée à l’œuvre ici qui suggère que Goetz pourrait d’une certaine manière être apparentée à Rachel Taylor Brown. Le fait que Golden Ghost continue à suivrece voyage à travers l’espace et le temps, n’est pas moins idiosyncrasique et tout aussi touchant. C’est, en fait, sa quiétude qui dérange.

Dans un brouillard de synthétiseurs subtilement évanescents, l’acoustique habilement choisie de Goetz fournit l’épine dorsale doucement sinueuse de ces sombres et apocalyptiques fantasmes. Épique à une échelle discrète, l’ouverture « Two Universes » nous accueille dans l’étrange magie de cet album où âges sombres et moments brillants coexistent avant « Immortal », Goetz choisissant des filigranes printaniers, indices (à ces oreilles, en tout cas) que peut-être la singularité vit son infinité à l’intérieur de chacune ou de nos vies finies.

Et c’est là aussi le superpouvoir secret de Goetz, englobant sournoisement dans ces épisodes aux contours flous la vaste folie des forces par lesquelles nous nous efforçons tous de guider notre petit moi. C’est peut-être ainsi que Black Mirror se retrouverait à l’intérieur d’un univers naïf, hérissé d’une sagesse intuitive bien plus grande qu’elle-même.

Sur des titres comme « Precipice » (dont la première ligne – « Au centre de l’univers, il y a un précipice » – pourrait bien être l’épigraphe de cet album), le translucide « Dying to the World Again », « After the Anthropocene », le plus audacieux ici avec son étoile et le alto de Celso, ainqi que sur la suspension quasi symphonique qui soutient « Killer Whale’s Dream », une tension à la fois exquise et époustouflante répond ici à toutes les questions d’intention. Doux comme le grand sommeil : dans les années à venir, il se peut qu’à la fin d’un disque, on ait besoin de s’asseoir pour un moment, ce qui prouve, d’une certaine façon, que peu de choses peuvent être aussi puissantes qu’une parabole intrépide et apaisante.

***1/2

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