Disq: « Collector »

Le saut de l’adolescence à l’âge adulte se fait en douce ; un slalom confus et souvent accablant entre les libertés retrouvées, l’obligation écrasante et les tensions entre les deux.

Comme nous le savons tous, ce phénomène est à l’origine de nombreuses escapades d’écriture de chansons pour les rockers au cœur tendre, mais le combo du Wisconsin qu’est Disq explore tout cela de manière si ludique et intelligente qu’on en ressent une totale fraîcheur. Mais que tout cela soit agrémenté d’une musique aussi fabuleuse est un vrai régal. Collector est le deuxième album du quintet (et le premier pour l’écurie emo-ricana Saddle Creek), et c’est une offre d’une audace passionnante.

La voix d’Isaac de Broux-Sloane est d’une qualité attachante et soignée qui s’accorde bien avec un sens aigu de l’humour. La désinvolture existentielle de « Daily Routine » trouve le point d’équilibre parfait entre les deux et le soude à une somptueuse mélodie. Pendant ce temps, deux guitares s’entremêlent avec goût avant d’exploser dans un chaos de miaulements, suggérant qu’ils ont une copie de Icky Mettle cachée quelque part chez eux et qu’ils ont déjà réussi ses meilleurs tours.

Ces dix chansons se déroulent sur des écoutes répétées, révélant la nette habitude de de Broux-Sloane d’examiner ses sentiments plutôt que de simplement les exprimer (« All I wanted was some loneliness / Guess I’ll have plenty of it soon »), puis le refrain de « Loneliness », réfléchissant avec ironie sur un besoin de solitude égocentrique par rapport à son amère réalité). Pendant ce temps, les échos des Posies, de Weezer, du Teenage Fanclub et d’autres groupes démontrent le don collectif du groupe pour les accroches instantanément mémorisables, par exemple le brillant refrain de l’ode qu’est « D19 ».

Tout ne semble pas taillé dans l’or le plus pur ; «  I Wanna Die » est un récit explicitement détaillé de l’enfermement dans une routine dépressive, mais il enfouit ce lyrisme irrésistible sous près de six minutes dun panorama de riffs qui vire vite à indigeste et qui donne l’impression de traîner en longueur.

Quoi qu’il en soit, nous avons déjà eu plus que notre part de génie pop à ce stade, et le meilleur d’entre eux vient quand « Konichiwa Internet » se met à tourner sur un dixième de tour entre l’alt-rock saccadé et une valse à la Brian Wilson : «  Je ne sais pas exactement ce qui se passe », chante de Broux-Sloane au sommet du refrain, mais il ne trompe personne. Collector est intelligent, accrocheur et addictif, et s’améliore avec les répétitions. Vous ne pouvez qu’imaginer que Disq et lui savent exactement ce qu’ils font.

***1/2

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