Caroline Rose: « Superstar »

De la manière la plus agréable qui soit, Superstar est un disque de Tame Impala avec un thème aigu qui lentoure ladite thématique. Cela n’empêche pas Caroline Rose de trouver sa propre identité musicale, mais c’est un constat incontestable que d’entendre l’influence de Tame comme copiée-collée partout sur les derniers efforts de Caroline Rose – en particulier Superstar. Bien sûr, cette notion est l’une des raisons mêmes pour lesquelles je trouve sa musique si importante dans le climat musical actuel. Malgré la toile de fond instrumentale qui est dérivée à environ soixante-dix pour cent, c’est l’exécution de Rose et les éléments plus uniques qu’elle intègre dans sa sonorité qui font d’elle une figure importante à surveiller à l’avenir. Donc, pour en finir maintenant, oui, les fans du son synth-pop de Tame Impala et autres trouveront du réconfort dans cet album très bien conçu. Son mélange de sonorités contemporaines hyper-et-snyth-pop, de riffs de guitares bien ficelés, et de tonalités d’orgue rétro-beach-resort, désormais emblématiques et scintillantes, est ancré dans une section rythmique en plein essor. Les ambiances éthérées et psychédéliques oscillent sur des claquements de tambour et des attaques de basse simplistes et contagieux, alors que Rose s’efforce de sne pas s’apesantir sur des voix moelleuses pour renforcer le ton général et amorcer une entrée en matière des plus sonore, bien plus en tout cas que son prédécesseur.

En comparaison, son excellent et révolutionnaire opus de 2018, Loner, le fait sonner comme de l’onctuosité sonique – s’en tenant à une route étroite des sons susmentionnés. C‘est un sacrifice qui est donc ainsi fait pour un concept global et bien étoffé cette fois-ci. L’élément déclencheur du plaisir de Loner vient de l’humour intelligent et de l’esprit vif de Rose, qui a raconté des histoires satiriques et autonomes sur la culture obsessionnelle de l’Amérique moderne et sur le narcissisme et l’hédonisme qui l’accompagnent. Cette fois-ci, elle est basée sur un seul récit qui suit une personne cherchant à faire une grande impression dans le show-biz : armée d’un sac plein d’ambition, d’orgueil et de narcissisme ; le contrepoint du conte voit Rose pervertir et entacher les qualités trop zélées du personnage avec des émotions contradictoires – c’est-à-dire l’autodérision et la répugnance au fur et à mesure que l’histoire avance. Bien sûr, comme quiconque a épuisé sa copie de Loner le sait, la juxtaposition du cynisme et de l’optimisme, de l’humour et de l’angoisse sont d’énormes arguments de vente de sa musique, et cela n’est guère surprenant. C’est évidemment là que l’album met en évidence ses principaux atouts.

Rose est une parolière incroyable, qui montre des moments de brillance articulée sur des titres comme « Nothing’s Impossible », alors qu’elle aboie « Personne ne va se mettre en travers de mon chemin. Même si je dois quitter toute la ville en flammes, je préfère être une arnaqueuse sur une pochette de 8 boules qu’une carte de tarot en lambeaux dans votre faux médaillon en or » (No one is gonna stand in my way. Even if I have to leave this whole city in flames, I’d rather be a hustler on an 8-ball pocket than a tattered tarot card in your fake gold locket), ou écouter « Feel the Way I Want », alors qu’elle raconte sans effort et équilibre la confiance et la vigueur de notre protagoniste avec l’insécurité et la dépression – en ayant recours à la drogue pour faire face aux revers de jugement. Sur le plan thématique, ce disque est merveilleux à écouter, et les excellentes performances vocales de Rose ne peuvent que faire vendre les histoires ici.

Il serait hypocrite de reprocher à Loner d’être un peu confus dans sa façon de se construire stylistiquement, et de reprocher à Superstar d’être plus concentré sur un seul son, mais de manquer de variété. Malheureusement, en sffet, ce serait jeter le bébé avec l’eau du bain. Alors que Loner reconnaît ouvertement ses racines de manière assez assumée, et qu’il y ajoute divers éléments de hard-rock et d’indie-rock pour faire bonne mesure, ces éléments se sentent quelque peu perdus en transit ici. Il n’y a rien de mal à entendre ces chansons bien écrites, pleines de grooves frétillants et de synthés bancals, mais à la moitié du disque, il y a un point de fléchissement certain, et l’album ne semble pas aussi facile à écouter que Loner. Malgré tout, il est aussi agréable à écouter que le précédent, c’est juste dommage que cela ne fasse pas progresser Rose en tant qu’artiste ; comme si, quelque part, elle avait fait deux pas en avant, mais qu’elle en avait ensuite fait un en arrière pour compenser le concept revendiqué. Rest à espérer que la prochaine fois, elle trouvera l’équilibre parfait entre ces deux derniers disques – un équilibre qui lui permettra enfin d’afficher une écriture de paroles et de chansons géniales avec des résultats harmonieux, car Dieu sait qu’elle a prouvé son talent ces dernières années.

***1/2

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