Wasted Shirt: « Fungus II »

Le « debut album » de Wasted Shirt lui gagnea probablement la plupart de ses fans grâce à la crédibilité des membres de son groupe : Ty Segall et Brian Chippendale de Lightning Bolt et, en effet, ces auditeurs ne seront pas déçus. Fungus II est une ruée exaltante de percussions chaotiques, d’une guitare fuzz d’une qualité exceptionnelle et d’un bruit imperturbable qui rivalise souvent avec les meilleures œuvres du duo.

Aussi vicieuse et inquiétante que soit la musique, il y a un sentiment de joie partout. Il se manifeste dans l’expérimentation débridée, la catharsis en roue libre, et même dans une présence presque fantasque sur le « Zeppelin 5 », par ailleurs bourdonnant. Entendre les deux musiciens notoirement prolifiques, intenses et non conventionnels ensemble est un plaisir pour l’auditeur autant qu’on pourrait l’imaginer pour les deux. « All Is lost » ouvre l’album par un cri abrupt qui précède une explosion brouillonne de grosse caisse et de guitares en duel.

A partir de là, les choses vont rarement au ralenti. Segall et Chippendale couvrent à peu près tout le territoire qu’on pourrait attendre d’eux deux, se penchant un peu plus sur le chaos féroce de Lightning Bolt mais avec le lavage esthétique déclamatoire pour lequel le punk garage crasseux de Segall est connu. « Double The Dream » incarne peut-être le mieux cette combinaison, avec des morceaux de guitare noueux formant des accroches presque mélodiques tandis que Chippendale bat un rythme incessant. « Fist Is My Ward » est un numéro de Black Sabbath evisité doomysurmonté d’un chant guttural tandis que « The Purple On » » pourrait être un morceau perdu de Violent Femmes possédé par Satan.

En plus de leur penchant pour le bruit, les deux musiciens s’unissent pour faire d’excellentes excursions au son de la pierre, comme le bourdonnement de « Zeppelin 5″ »mentionné précédemment et surtout le morceau plus proche, lent et marécageux, « Four Strangers Enter The Cement At Dusk ». La batterie de Chippendale fait des breakbeats pour « Eagle Slaughters Graduation » et un backing track rachitique et trébuchant pour « Harsho » mais les fans de Segall, n’auront pas à s’inquiéter tant sa guitare est présente dans toute sa gloire et exerce ses ravages de fuzz sur tout le reste de l’album.

Fungus II n’est pas un album pour les faibles de coeur ou pour une écoute occasionnelle, mais c’est une oeuvre stellaire de deux des plus grands expérimentateurs modernes du rock indépendant.

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