Spinning Coin: « Hyacinth »

Devenu un incontournable de la scène indie-art-pop de Glasgow, Spinning Coin a déployé ses ailes depuis Permo en 2017. Rachel Taylor, qui est devenue partie intégrante du groupe, apporte un nouvelle fraîcheur de par par sa voix sur des compositions comme le magnifique « Black Cat », mais aussi géographiquement car elle a été contrainte de quitter Glasgow, choisissant de s’installer à Berlin, suivie de son camarade Sean Armstrong.

Le groupe étant désormais partagé entre Glasow et Berlin, il est facile d’imaginer qu’ils traversent la capitale allemande pour trouver l’inspiration nécessaire à l’écriture de leur deuxième album dans un endroit familier mais étranger et « Feel You More Than World Right Now » en portera témoignage.  Les Spinning Coin ont une fois de plus fusionné leur son bien usagé et l’ont façonné eb quelque chose de nouveau et de vaguement psychédélique, comme sur « Ghostin »g où il semble possédé par un hôte.

Ailleurs, son collègue Jack Mellin, auteur de chansons,crée une musique plus agressive dans « Never Enough », tout en conservant l’ambiance du milieu des années 90. Enregistré aux studios Black Box en France, Hyacinth voit les valeurs de production de son prédécesseur fortement progresser. Bien que le champ d’action de Spinning Coin s’élargisse, la tendance est toujours de s’en tenir à une formule familière sur l’ensemble de l’album. Heureusement, cela, ils le font bien.

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Caribou: « Suddenly »

Il est dit que chaque action entraîne une réaction ; cette affirmation est vraie pour Dan Snaith, alias Caribou, et pour la façon dont il a abordé la création de son septième album Suddenly. Le Canadien avait déclaré ouvertement que Our Love, son sixième disque, était la formulation pop la plus polie, la plus brillante et la plus concise de la musique qu’il lui était possible de faire. En réfléchissant davantage, Snaith avait ajouté ne pas pouvoir aller pouvoir aller plus loin dans cette direction, ce qui signifie que Suddenly est un animal différent de son prédécesseur. Deux facteurs clés ont contribué à façonner la dernière offre de notre protagoniste : l’un a été d’embrasser un grand nombre d’artistes plus récents (Drake, Post Malone) dans le domaine de la pop et du hip-hop, tout en sautant à l’autre extrémité du spectre en absorbant de vieux disques rares avec la problématique e raaliser quelque chose qui a un pied dans la production contemporaine, et l’autre dans le monde le plus bizarre et le plus extérieur auquel on peut penser. L’autre élément de Suddenly était la formation de chansons issues de ces deux sphères différentes et d’opérer une trensition douce comme dans une composition de Our Love et d’y laisser des rebords qui ne soient pas lisses. Ceux-ci, sur Suddenly, sont, en effet, déchiquetés mais ils donnent à l’ansemble un côté humain ; combiné au style vocal apaisant de Snaith, vous avez un disque sur lequel vous pouvez danser et qui vous donne une sensation de chaleur et de flou à l’intérieur. Une utilisation habile de tics vocaux échantillonnés donne à plusieurs morceaux des accroches infectieuses ; ce sont pour la plupart des mailles sonores sans paroles, mais c’est la façon dont elles sont délivrées parmi les synthés ondulés et les percussions saccadées qui donne au dernier né de Caribou une impulsion vitale. « You and I » commence peut-être comme un morceau pop des années 80, mais au bout de trois quarts, il se déploie en un paysage sonore changeant de bribes de voix coupées et d’ondes de saxophone qui s’entrechoquent. L’influence hip-hop mentionnée plus haut transparaît dans « Sunny’s Time » avec sa mélodie au piano et son chant enroulé en staccato. Ajoutez à cela des rythmes urgents et des cuivres plus abrasifs et vous comprendrez d’où vient Snaith quand il dit qu’il quitte ces bords. Le chant échantillonné est utilisé différemment sur « Home », au lieu de fragments de sons indéchiffrables appliqués comme une autre couche sonore, Snaith s’approprie une saveur soul et terreuse à la fois; représenté par un chant riche répétant le titre du morceau encore et encore, qui est ensuite combiné avec des beats vintage et un arrangement de cordes. On faitcomme découvrir une chanson gospel perdue depuis longtemps, mais on lui donne le traitement de 2020. « Never Come Back » vous plonge directement sur la piste de danse au coucher du soleil à Ibiza, avec un refrain de piano des Baléares et un échantillon vocal aigu et haché. Les couches de percussion qui se transforment sans cesse et le battement sourd de la chanson la mènent à un climax euphorique et vertigineux.

Au milieu des débris sonores, il y a une mélancolie rassurante qui maintiendra Suddenly sur terre. Cela est dû en partie à Snaith et à sa voix tendre qui dépeint des paroles sincères et vulnérables. Smith revient sur « losses and close calls with mortality” » (les pertes et les accidents évités de justesse avec la mortalité) tout en déclarant : « In the last five years, over and over again I’ve been in that scenario. It’s something that catches up with everybody. Music-making helps me come out of those things feeling some solace and optimism. I want the music to be comforting in that way. I want it to sound like a hug. »(Au cours des cinq dernières années, j’ai été dans ce scénario à maintes reprises. C’est quelque chose qui rattrape tout le monde. Faire de la musique m’aide à sortir de ces situations avec un peu de réconfort et d’optimisme. Je veux que la musique soit réconfortante de cette façon. Je veux qu’elle sonne comme un câlin) » « Lime », une chanson qui ne serait pas déplacée sur le Random Access Memories de Daft Punk ; fai ts’exclamer calmement le leader de Caribou : «  make up your mind/before it goes away/don’t waste your time/don’t let it slip away » (décidez-vous avant que cela ne disparaisse/ne perdez pas votre temps/ne laissez pas cela vous échapper) comme s’il s’agissait de quelqu’un qui a certainement lutté contre la mortalité récemment. Sur le morceau de club « Ravi », qui sonne sous l’eau, un autre moment où l’on échange des échantillons vocaux intangibles et un hédonisme de pompage, Snaith se contente de déclarer « It’s always better when I’m with you. » (C’est toujours mieux quand je suis avec toi). Le « closer » « Cloud Song », une chanson épique, qui glisse au ralenti sur des sons de science-fiction rétro, est le point où le pendule Suddeenly se balance d’un endroit de chaleur vers un bunker, par opposition au point où vous êtes confronté à vos propres problèmes. Même dans ce dernier cas, la chanson ne vous laisse pas abattu, mais plutôt réconforté et soutenu. « When you’re alone with your memories/I’ll give you a place to rest your heard » apporte le réconfort, tandis que « no one is granted an eternity » fait écho à la notion de fragilité humaine que Snaith a explorée tout au long de Suddenly. Délicieusement nuancé par un maquillage sonore novateur et un cœur humain très réel, l’album s’offre comme le lieu sûr dont nous avons tous besoin lorsque les choses deviennent un peu trop lourdes à supporter.

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Green and Glass: « Green and Glass »

Green and Glass se décrit comme un vaisseau mystérieux ; ce mystérieux vaisseau natif de Brooklyn est composé des multi-instrumentistes Lucia Stavros (Ghost Ensemble), Sam Decker (Secret Sibling), Ryan Dugre (Landlady), Andrew McGovern (High and Mighty Brass Band) et David Flaherty (Cuddle Magic), et chaque membre joue un rôle distinct dans le processus de création. Un genre général tel que i’ « indie pop » était peut-être une description appropriée du EP deux titres qu’ils ont réalisé en 2015, mais avec leur dernière sortie éponyme, Green and Glass a évolué en un ensemble atmosphérique et qui pousse à dépasser les genres stricto sensu. Avec ses paysages sonores éthérés de pop de chambre, ses progressions rock emphatiques et ses harpes hypnotisantes, Green and Glass apporte en effet une énorme vague sonore orchestrale.

La pochette teintée dans la masse de Green and Glass rappelle à cet égard les dessins spirographiques en arc-en-ciel révélant au premier coup d’œil que l’album sera néo-psycédélique et un peu décalé. Le premier morceau de l’album, qui porte son propre titre, fait démarrer l’écoute avec des synthés ondulants et des cuivres sinueux, offrant un aperçu tentant de ce qui va suivre. C’est un morceau lent et atmosphérique, sinistre et intriguant, comme un chant de sirène nous attirant au fond de l’océan et intègrant une gamme impressionnante d’instruments : un mélange parfait de synthétiseur, de vibraphone et de harpe, le tout dans les quatre premières minutes de l’album. Le style vocal de Stavros est souligné avec tension, sa voix donnant un ton aigu d’urgence aux grooves autrement brumeux de l’album.

L’étrangeté du disque s’intensifie pendant « Black Hole », le troisième titre de l’album. « I’ll show you what / What’s real evil / Can’t tell the good guys from the bad » (Je vais te dire ce qu’est le véritable mal / On ne peut distinguer les bons des mauvais), chante Stavros alors que des harpes et des cors menaçants s’élèvent en un magnifique crescendo. Chaque ligne est chantée lentement et de manière réfléchie, mais aussi quelque peu aléatoire. Cela donne l’impression que Stavros raconte un rêve étrange de manière distraite.

De nombreuses chansons de l’album ont pour thème commun le rêve, le sommeil ou le réveil. « Sand » commence par l’histoire d’un homme qui s’endort sur une plage, et sur « Another One », Stavros chante un monologue confus sur un rêve dans lequel le monde se termine. « Each morning I wake / Trying to wash away » (Chaque matin, je me réveille / J’essaie de disssiper mes songes), chante-t-elle dans « Wash ». Même les chansons qui ne mentionnent pas le sommeil ont une qualité onirique distincte. Entre cette surréalité, une harpe qui tombe continuellement et le style vocal disjoint de Stavros, certaines chansons de l’album commencent à se ressembler. « Good Enough For Some » brise l’étourdissement grâce à un synthé joyeux et à une ligne de basse proéminente. La façon dont le vibraphone, les guitares, les claviers et les cors dansent les uns autour des autres sur ce morceau est vraiment remarquable.

Lorsque l’album se termine avec les chœurs et les synthés flous de « Corona », on flotte dans l’éther, dans le trou noir susmentionné. Dans l’ensemble, cet album est excentrique, expansif et solide sur le plan sonore. Compte tenu de la pléthore d’instruments utilisés, on peut avoir le sentiment que Green and Glass eqt un combo à écouter dans une instance de méditation et d’éveil des sensations.

***1/2

Peggy Sue: « Vices »

Pour un groupe qui a transcendé une décennie, la production musicale de Peggy Sue est restée assez constante. Leur premier album, Fossils and Other Phantoms (2010), est sorti à une époque où tout ce qui est vaguement acoustique est devenu synonyme de l’esthétique nu-folk de Mumford and Sons. Pour leur deuxième album, Acrobats, Katy Young et Rosa Slade se sont appuyées sur un son plus sombre, guidées par John Parish, célèbre pour son travail avec PJ Harvey.

Mais c’est avec Choir of Echoes, la dernière sortie du groupe en 2014, que Peggy Sue s’est produite devant les plus grandes foules de leur carrière. Bien qu’au lieu de propulser le duo dans les plaines stratosphériques de la popularité, Young et Slade ont pris du recul. Reconnaissant que leur façon de faire de la musique n’était pas forcément très bonne pour eux, ils ont cherché à rendre à Peggy Sue sa positivité.

Si Choir of Echoes a trouvé la solidarité à travers la voix humaine, Vices est l’album qui dissipe les mauvais comportements et les relations toxiques – une notion à laquelle nous pouvons tous nous identifier à une époque de flux climatiques et politiques. Les puristes se réjouiront du retour en forme du groupe. Le producteur de longue date Jimmy Robertson est de retour à bord (l’homme derrière Choir of Echoes et l’accompagnement musical du groupe en 2012 pour le court métrage Scorpio Rising).

La tendre complainte « Remainder Blues » défend les mélodies entrelacées qui sont la signature du duo, tandis que « Better Days, » qui se distingue par sa gentillesse, réfléchit à une sorte d’acceptation : « This is the best that we can do for the moment »  (C’est le mieux que nous puissions faire pour le moment). « In Dreams » maîtrise les cordes façon spaghetti western et les trillesque d’autres ont utilisées en leur absence (voir : Juniore, La Luz) tandis que « Validate Me » exploite habilement une amorce de conversation très millénaire alors que nous nous efforçons tous désespérément de trouver un moment de reconnaissance.

Si Peggy Sue n’a jamais vraiment atteint les hauteurs vertigineuses des visites de Mumford and Sons, de la taille d’un stade, leurs récits savamment tissés en sont plus que dignes.

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Kyle Forester: « Hearts In Gardens »

Kyle Forester – Hearts In Gardens

Quand on écoute beaucoup de musique, on passeune grande partie de son temps à se concentrer sur le personnage principal. Entre le chant et ledit personnage, il est évident que ce derenier occupe la majeure partie de notre attention. Mais dans l’ombre se trouve le reste du groupe, qui se défoule sérieusement. Si de nombreux membres du groupe sont heureux de continuer à jouer en arrière-plan, certains sont si talentueux musicalement que ce serait un crime de les garder en arrière-plan. Entre ici Kyle Forester.

Depuis plus de 15 ans, Kyle Forester prête ses prouesses musicales à des groupes comme The Ladybug Transistor et Crystal Stilts. Avant son premier album, sorti en 2016, il était une force musicale reconnue pour son talent. Avec lui vient aujourd’hui son deuxième album Hearts In Gardens. Il s’agit d’un mélange de power pop et de soft rock, le tout dans une teinte inspirée des années 70. Il combine le piano, les synthés et, à l’occasion, une section de cuivres pour briser ses riffs de guitare.

« Know What You’re Doing » est un morceau bien arrangé qui ouvre l’album. Avec sa mélodie accrocheuse, il vous entraîne tout droit dans le disque. En tant que guitariste chevronné, il n’est pas surprenant que Forester ouvre le morceau avec une mélodie très longue à la six cordes, mais ce qui est vraiment surprenant, c’est la façon dont il l’aborde. Il superpose un synthé, pour accompagner la guitare bien enracinée avec un synthé dont le tintement soulève le morceau de ses racines et le fait flotter. Avec la voix de Forester qui se fond dans le morceau, cette chanson donne le ton parfait pour l’album.

L’artiste est un touche-à-tout en matière de musique et si beaucoup parlent de ses talents de compositeur et de guitariste, très peu évoquent sa voix. À la première écoute, il est facile de ne la pas mentionner, mais Hearts In Gardens le voit l’utiliser de façon monotone à son avantage. Au lieu de prendre le devant de la scène, elle se fraye un chemin à travers la mélodie. « Lily » est un morceau simple, mais la voix de Forester se marie avec la guitare qui gratte et le simple rythme de la batterie et crée un morceau profondément ancré dans le folk-rock sans toute la dramaturgie vocale.

« Turn of the Century » placé au centre de l’album est un autre hommage au folk-rock. Les harmonies de Forester vous laissent un peu sur votre faim, maison ne s’y attardea pas longtemps d’autant qu’avec l’inclusion d’une subtile section de cuivres, il élargit l’horizon du folk-rock, guidant ses auditeurs vers un montagne musical qui ne peut que nous faire regarder de l’avant en matière de msique traditionnelle. Cela peut sembler un simple morceau, mais l’expérience musicale de Forester et le traitement du morceau en font l’un des meilleurs de l’album.

Les dix titres de cet opus témoignent de son expérience et de sa confiance. Il est également subtil et discret, ce qui est assez inhabituel pour un frontman. Mais dans le cas de Forester, cela joue en sa faveur. Hearts In Gardens est mesuré, bien rythmé et parfaitement placé dans le paysage folk-rock.

***1/2

Matt Holubowski: « Weird Ones »

L’auteur-compositeur-interprète québécois Matt Holubowski vient de sortir son troisième album Weird Ones, la suite tant attendue de son disque d’or Solitudes de 2016. Weird Ones est une extension captivante du son et de l’écriture de Holubowski, avec des revisitations de ses racines folkloriques tout au long de l’album.

Le disque s’ouvre sur la chanson-titre qui reprend là où Solitudes s’est arrêté.Elle se concentre sur la voix et la guitare acoustique de Holubowski, puis introduit lentement les nouveaux sons et éléments de production qui viendront plus tard façonner le disque. Elle fait place ensuite à « Two Paper Moons » où la nouvelle direction de Holubowski se déploie complètement. La basse et la batterie sont au premier plan de la piste et de courtes lignes de synthétiseur sont tracées à gauche et à droite, surgissant de façon inattendue. Avec les nouveaux éléments électroniques introduits, l’album flotte, si ce n’est librement, du moins d’une manière très différente des travaux passés du musicien.

La basse et la batterie de cet album sont, en effet, dissemblables de celles sur Solitudes dans le sens où elles ne soutiennent pas seulement la fondation de la composition mais sont devenues des éléments indépendants avec des moments où elles brillent. Il y a des parties puissantes de l’album où tous les instruments sont construits puis soudainement étouffés par le doux doigté d’une acoustique.

La voix de Holubowski est étonnante et elle est délivrée d’une manière qui permet aux chansons de respirer. Sur les morceaux plus atmosphériques, il ne chante que lorsque c’est nécessaire, et c’est d’autant plus puissant lorsqu’il le fait enfin. Cet album contient quelques-unes des meilleures compositions de Holubowski à ce jour. Il y a des refrains folkloriques accrocheurs sur des chansons comme « Greener » ainsi que des voix plus soul et insistantes sur des titres comme « The Highlands ». Holubowski écrit ses mélodies de manière à ce que ses notes soient imprévisibles mais toujours accessibles et invitantes à chanter. La mélodie d’ouverture de « Weird Ones » en est, à ce titre, un exemple emblématique du disque lorsqu’elle réapparaît dans « Weird Ones II ».

Parmi les autres moments mémorables de l’album, citons la fin de « Around Here » », où le chant héroïque s’estompe et où l’on n’entend plus qu’un cri d’oiseau. Le dernier refrain de « 

« Down the Rabbit Hole » est un autre moment profond avec la section des cordes qui s’élève au-dessus du morceau et la brève ligne de guitare qui arrive aussi vite qu’elle part. L’avant-dernier titre , « Mellifluousflowers », reviendra au son dépouillé de Solitudes et sera est le parfait précurseur du final de près de dix minutes « Love, The Impossible Ghos » ».

Weird Ones est une expérience éthérée qui marque un nouveau territoire pour Holubowski sans pour autant laisser derrière elle l’esprit des Solitudes ou d’Ogen ; c‘est juste un autre paysage qui, à l’écoute, vous récompensera de l’avoir exploré.

***1/2

Six Organs Of Admittance:  » Companion Rises »

Une décoction primale de sons électrifiés – un peu de guitare altérée, un peu de synthé, un peu de feedback ; tellle est la teneur de ce qui ance le dernier album de Ben Chasny sous le nom de Six Organs of Admittance. On dirait un orchestre qui s’accorde, mais aussi un vaisseau spatial qui décolle. C’est le moment du big bang sur cet opus à l’atmosphère brumeuse, hérissée de piques et de battements, qui prend pour sujet l’observation des étoiles, parmi les activités les plus banales et les plus naturelles qui peuvent vous mettre régulièrement en contact avec l’infini.

Companion Rises est un album fait de six orgues, pas aussi bruyant et abrasif que le premier disque Hexadic, pas aussi tendre que les disques plus anciens dérivés du folk. Il glisse ses incursions de guitare plus sauvages et plus déformées dans les interstices des couplets, de sorte que le cliquetis régulier de la guitare acoustique se transforme en bourrasques sonores tempétueuses. Chasny chante d’une manière haute, aérienne et dénaturée, sans trop avaler, cracher ou grincer, bien que l’on puisse entendre la physicalité de son jeu de guitare, le tintement des cordes, les doigts emmêlés, les grincements et les courbes et les claquements de percussion qui en résultent. Les chansons s’enchaînent, les unes après les autres, dans une progression sensible qui ne fait appel ni aux pots ni aux palmes (bien que les deux premières après l’intervalle de bruit « Pacific », « Two Forms Moving » et « The Scout Is Here » utilisent exactement les mêmes attaques de six cordes). Les variations sont subtiles. Le « single » « The 101 », quant à lui, s’enfonce dans son riff de guitare, laissant la place à des assauts de synthés et d’électricité, et à de gros crashs de batterie.

Le thème de l’album est astral. Son titre fait référence à la façon dont Sirius s’élève près d’Orion dans le ciel nocturne et « The Scout Is Here », selon Chasny, a été inspiré par l’astéroïde Oumuamua que certains observateurs croyaient être un vaisseau spatial extraterrestre. Ce sujet céleste donne à Companion Rises un étrange amalgame de fantaisie et de réalisme naturel. Il n’y a rien de plus terre à terre que d’être assis à la campagne, à regarder les étoiles, mais vous regardez de la science-fiction incarnée, des planètes lointaines, des satellites et, peut-être, de la vie extraterrestre. Ainsi, alors que le corps de l’album est aussi acoustique et accueillant qu’une promenade pieds nus dans les prés, il est encadré par deux titres qui s’étendent dans l’étrange et l’inconnaissable. « Pacific » commence avec une énergie explosive, comme déjà mentionné, et « Worn Down to the Light »- » se termine par un bourdonnement astral et universel. La voix de Chasny flotte en apesanteur au-dessus d’une atmosphère de base stagnante, comme si elle était entendue à travers des ondes radio, des éons et des années-lumière. Il y a une sorte de clavier d’orgue d’église qui souligne son aura de prière. La coupure s’estompe avec le temps, comme un signal qui s’éloigne, laissant de faibles traces d’immanence dans son sillage. C’est une façon délicieuse de clore un album envoûtant.

***1/2

Wilsen: « Ruiner »

En deux albums et deux EP, le trio de Brooklyn, Wilsen, a généré une impression captivante et étonnante par son agencement de dream-pop, alt-pop et dream-folk. Il n’est pas surprenant qu’une fois qu’ils ont annoncé leur troisième LP, l’attente s’est faite impatience.

La curiosité est désormais satisfaite et, dès le premier titre, « Ruiner », la capacité inégalée de Wilsen à exploiter les grands moments pour s’opposer aux moments de calme es tà nouveau révélée avec un morceau capable d’altrener avec fluidité climats tempêtueux et simple chant adossé à une guitare tranquille. « Align » mettra à nouveau en scène un magnifique travail à la six cordes avec une construction lente et une apogée progressive et explosive.« NTOO » commencera également avec une guitare modeste, mais au fur et à mesure qu’elle se façonne, elle devient presque écrasante voire plaisamment envahissante.

Il ne s’agit pas seulement de la construction de chansons individuelles, l’album est structuré de manière à ce que chaque morceau ait un punch incroyable et le passage de « Birds » à « Wedding » et à « Birds II » est un véritabletur de force. « Birds » est un morceau choisi avec soin ; il n’est pas très long, mais il a une construction abrupte et discordante. « Wedding » suit immédiatement, et c’est une autre piste luxuriante et somptueuse, avec la voix de Wilson au premier plan. Lorsqu’il plonge dans « Birds II », il relie toute cette partie de l’album de façon magnifique, mais avec une déclaration forte.

Viendra ensuite un morceau comme « Down », qui comporte un rythme de batterie étonnant et un refrain contagieux. Il y aura aussi l’excellent groove de « Feeling Fancy », sans aucun doute le morceau le plus optimiste de Ruiner. Il est accompagné d’une guitare au son lourd, qui s’apparente aux vastes paysages sonores de la Beach House et d’Azure Ray. C’est un titre qui se démarque et qui arrive au bon moment, au moment où l’album se termine. Le disque se terminera avec le saisissant « Moon », qui ne comporte que la guitare et la voix de Wilson.

Ruiner est un immense album comporte des moments de calme, des temps forts, des passages de tristesse et de joie. C’est un disque qui défie beaucoup de conventions si on considère les artistes auxquels ils sont généralement comparés. Au final, Ruiner est leur album le plus complet et le plus mature à ce jour.

***1/2

Lee Ranaldo and Raül Refree: « Names of North End Women »

En 40 ans et à travers son travail avec Sonic Youth, Glenn Branca, William Hooker et d’autres, Lee Ranaldo a montré qu’il est capable de faire bouger les choses à la guitare. Sur Names of North End Women, le musicien de New York montre qu’il est également capable de faire quelque chose de plus aventureux que « n’importe quoi ». Conçu à l’origine comme son prochain album solo, Ranaldo est entré en studio avec le producteur/musicien espagnol Raül Refree derrière les platines (qui a produit les deux derniers albums de Ranaldo). Les huit titres qui en résultent ont tellement transformé l’art de Ranaldo que la contribution de Raül Refree devait être reconnue.

Le LP du duo prend des chemins détournés à chaque tournant, alors que Ranaldo expérimente avec le chant parlé rythmique (« Alice, Etc. »), les vibrations internationales (« Humps (Espriu Mix) »), l’ambiance et les percussions éparses (« Names of North End Women »), l’électronique et l’Auto-Tune (« The Art of Losing »), et le chant le plus sincère jamais venu de la scène noise rock (« At the Forks »).

Mélangeant un picking acoustique songeur, des synthés à la volée et des rythmes à peine perceptibles, Raül Refree permet à Lee Ranaldo de retrouver un son audacieux, sans peur et carrément expérimental sur Names of North End Women.

***1/2

Too Free: « Love In High Demand »

Too Free est un combo natif de ashington, D.C. composé de Awad Bilal (chant), Carson Cox (batterie électronique) et Don Godwin (guitare). Ses trois ont une façon particulière  d’entrelacer le R&B, la dance-pop, le rock, le rap, l’électronique, la synthé-wave et une foule d’émotions fortes dans un tissage fin avec des voix progressives et toutes sortes d’instruments – organiques et électroniques – dans chaque piste. Neuf titres accompagnent ce premier album dansant, et la diversité sonore que chaque membre apporte scintille tout au long de Love in High Demand.

La voix nostalgique du premier morceau, « Gold », rappelleront les débuts de Brian McKnight au début des années 90. Le morceau est expérimental, léger et rêveur. Les vibrations R&B ne s’arrêtent pas là, et ce son se retrouve également sur le morceau « Elastic », qui a toute l’attitude qu’il faut et des mots de type « I’m not a clown », ce son « no bullshit»   stransparaît dans le chant de Bilal ou des phrase comme «  I could be the one you like / I can’t be around all night » (Je pourrais être celui que tu aimes / Je ne peux pas être là toute la nuit) ajouteront à ce compostement « no bullshit » qui accompagne le combo et qui est renforcé par la guitare électrique de Godwin traversant le morceau avec un solo impressionnant qui rappelle le bon vieux temps du rock’n’roll.

Une forte sensation de confiance s’est toutefois emparée de moi dès la première écoute de « ATM ». C’est le premier « single » de l’album et un excellent choix – il montre un côté espiègle et sûr de soi du groupe. La basse lourde et le chant risqué introduisent le titre avant qu’un kaléidoscope de touches intrigantes n’entre en jeu avec la batterie électronique. La voix de Bilal est sensuelle, délivrant des paroles telles que « Baby, catch me in color / Luxury notice / All you could ask for ». L’effet de vogue que dégage la chanson ne fait qu’ajouter à l’intensité de l’envie de danser et de déverser ses émotions. Il y a un sentiment de vouloir être visible, que ce soit pour quelqu’un que vous trouvez attirant, comme le chante Bilal ; « I want to be seen by you / I want to be noticed / Oh, to be seen by you. » (Je veux être vu par toi / Je veux être remarqué / Oh, n’être vu que par toi).

Un titre comme « X2 » déstabilisera en raison de son chant ; avec un sens de spiritualité brute qui est différent de tout autre morceau de l’album. La variété des chants graves qui coïncident avec les tambours de Cox donne l’impression d’être en plein milieu d’un ancien rituel dans la jungle avec une sensation de bain vectrice de calme et de soulagement qui traverse le corps durant l’écoute et « The Void » sera un morceau, à cet égard, ne pourra que grandir à l’inétrieur de soi. Peu à peu d’ailleurs on sera amené à analyser les différents sons qui composent l’ensemble. Le chant et la basse se mettent en place avec des changements de rythme différents, et tous deux sont intimidants. C’est un morceau qu’on apprend à apprécier et qui peut très bien devenir un titre-phare pour qui est ouvert à la démarche du groupe.

« Breathing Underwater » fera voyager de manière introspective, effet que l’on peut attribuer aux ondes hypnotiques et à la respiration lourde qui démarrent la chanson. C’est le seul morceau qui contient du rap, et la performance n’est pas à dédaigner. Le rythme apaisant de la voix de Bilal correspond au flux onirique du morceau et le rap ajoutere un sentiment de nervosité qui vous ramène dans la chanson. Quelque chose dans « Wanna Let Me Know », par la suite, donnera l’impression de nous transporter dans un souvenir au loin. Le chant semble lointain et, quand, Bilal parle de faire quelque chose pour un amant, un sentiment de mélancolié ne peut que s’échapper de la suppliqu ainsi verbalisée.

Il est peu de dire que la musique de Too Free nous emporte là où elle veut et dicte là où l’on se sent capable d’aller. Ainsi on ressentira et on libèrera variétés d’émotions ; danser où petdre la tête. Cependant, chaque morceau offre une excellente façon de regarder à l’intérieur de soi. Le mélange subtil de différents genres est ce qui rend l’album parfait pour un premier jet ; Love in High Demand est une image polyvalente de ce que le trio qu’est Too Free apporte à la musique.

***1/2