Agnes Obel: « Myopia »

Les œuvres d’art de l’auteure-compositrice-interprète danoise Agnes Obel sont sombres et entourées de concepts sur le moi pénétrants et introspectifs. Aventine en 2012 avait adopté une approche plus impressionniste de la façon dont nous comprenons la mémoire et Citizen of Glass de 2016 s’était interrogé sur le rôle de la vie privée et sur la façon dont nous nous exposons aux autres. Dans Myopic, son quatrième album, Obel voulait créer dans un profond isolement, sans aucune influence extérieure, se permettant de construire sa confiance en soi tout en expérimentant un ensemble de forces et de limites. Sa « myopie » autoproclamée est la même bulle que nous créons nous-mêmes et, en fin de compte, une tentative de mieux comprendre comment communiquer l’art à un public plus large dans de telles conditions.

L’œuvre d’Obel s’est en effet densifiée avec le temps et l’expérience, non sans rejeter l’ouverture dans laquelle fonctionne sa musique. Sur « Island of Doom » et « Promise Keeper », elle utilise diverses techniques de manipulation vocale sur des passages de piano percutants qui créent une atmosphère troublante, suscitant des sentiments d’évasion dans son imagerie froide et sombre.

Au piano, Roscian suit le minimalisme épuré de Aventine et des Philharmoniques de 2010, toujours redevable à sa formation classique, même si elle touche à des motifs électroniques teintés de gothique. Elle est toujours aussi énigmatique, tant musicalement que par ses paroles, évoquant une sorte d’enchantement mystique qu’il vaut mieux laisser inexpliqué.

Il y a un grand sens de l’échelle dans les contours élégants de Myopic. De « Parliament of Owls » , orchestré par les cordes, aux opulents arrangements de chambre du morceau-titre, Obel parvient à conserver une douce intimité même lorsqu’elle flirte avec la transcendance émotionnelle du new age. Après tout, elle a enregistré l’album dans son home studio à Berlin, mais c’est dans la façon dont elle modifie sa voix fantomatique et chorale qu’elle parvient à élever tout son environnement. Ce sont là des caractéristiques communes à son travail, qui, à son détriment, peuvent parfois donner l’impression d’une similitude dans la matière (ses explorations ne s’éloignent pas trop de Citizen of Glass). Mais les idées ouvertes d’Obel ont un impact profond, témoignage d’une artiste qui peut s’épanouir d’autant plus qu’elle se sent confinée.

***1/2

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