John Moreland: « LP5 »

Lorsque vous avez construit une solide base de fans en chantant des chansons sur la douleur et la tristesse, il est difficile d’imaginer où vous allez à partir de là, une fois que vous avez trouvé un peu de paix intérieure. John Moreland a réussi, ces dernières années, à nous déchiqueter le cœur en morceaux absolus, nous faisant pleurer avec ses chansons émouvantes sur la mort du rêve américain, les déceptions de la vie, et les profondeurs de la solitude et du doute de soi.

Guitariste et écrivain de renommée mondiale, Moreland s’est fermement établi sur la scène de la musique roots depuis la sortie de son album High on Tulsa Heat en 2015 et de son successeur, Big Bad Luv en 2017. Il n’est donc pas surprenant que les gens qui ont suivi le mouvement s’attendent à ce que Moreland fasse de même. Mais avec LP5, son dernier opus, les choses ont pris un tournant vers le côté plus léger de la vie. Bien sûr, Moreland peut encore nous faire verser une larme comme personne d’autre, surtout lorsqu’il rend tendrement hommage à un ami qu’il a perdu (« In the Times Between »), ou lorsqu’il écrit une chanson d’amour pour sa femme (« When My Fever Breaks »). pourtant, avec LP5, un poids s’est levé et nous avons droit à une nouvelle version de Moreland, qui pratique un peu l’amour-propre.

En travaillant avec le producteur et percussionniste Matt Pence, le collaborateur régulier et multi-instrumentiste John Calvin Abney, et en incorporant les harmonies vocales angéliques de Bonnie Whitmore, Moreland s’est découvert un petit faible pour lui-même, sur le plan sonore. LP5 est texturé, doux et délicat, puis robuste et sale exactement là où il faut. On entend tous les grincements de la voix de Moreland, qu’il chante dans un murmure ou un gémissement. Cette expérimentation sonore est particulièrement remarquable sur l’un des titres phares de LP5, « I Always Let You Burn Me to the Ground », une chanson dans laquelle Moreland se débat avec ses démons intérieurs et les moyens qu’il leur a donnés pour le punir. Elle est feutrée et éthérée, avec des frappés délicats sur les touches du piano et des harmonies basses. Nous n’avons jamais entendu Moreland de cette façon.

Dans « East October », il nous offre la mélodie et le refrain les plus mémorables de l’album, malgré la dure perte qui l’a conduit à le faire. Cette ode à son ami et collègue musicien Chris Porter, mort tragiquement dans un accident de voiture lors d’une tournée en 2016, fait référence à l’une des chansons de Porter et évoque avec amour le temps passé ensemble. Ce dur rappel de la fragilité de la vie est sans aucun doute l’une des expériences qui ont aidé Moreland sur sa route vers l’acceptation de soi. Nous entendons son combat avec cela sur « I‘m Learning How to Tell Myself the Truth » et « Let Me Be Misundertood ». Ce dernier titre le trouve aux prises avec l’évolution de sa relation à la foi et à la religion, un thème que l’on retrouve également sur l’ouverture de l’album « Harder Dreams » : « I hear your sermon but I don’t think I believe. » (J’entends votre sermon », chante-t-il sur ce dernier, « mais je ne crois pas que je crois).

Ces jours-ci, Moreland a découvert qu’il suffit de croire en lui-même. LP5 est à ce titre, un exercice qui consiste à étouffer la négativité et à la remplacer par la gentillesse et la compréhension, le pardon de soi et la croissance. Il le dit le mieux sur le lent « A Thought is Just a Passing Train », lorsqu’il chante « Save if for the savior/in the shadow of your mind/this life is but a moment/ hope you had a time/ shame is a cancer/go easy on your heart ». C’est une célébration tranquille d’une vie qui demande à être vécue au maximum, et c’est là que Moreland est à son meilleur.

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