Syko Friend: « Fontanelle »

Syko Friend est la vision solo de la musicienne et écrivaine Sophie Weil, basée à Los Angeles. Elle a créé Syko Friend en 2012 alors qu’elle vivait à Minneapolis, en enregistrant simplement sur un Tascam 244 Porta-studio. Depuis, le projet s’est transformé en une musique folk électrique, sans équivoque, qui se fait entendre au son d’une guitare légère et tonitruante, sous des chuchotements ou des hurlements de poésie. Fontanelle est le deuxième LP de Syko Friend, son premier depuis son installation à Los Angeles en 2015, et son premier pour le label Post Present Medium, qui vient de renaître. Il a été précédé de Problem Child (sorti sur le label Mind Rider de Minneapolis en 2014) et d’une myriade d’EP et de cassettes autoproduits. En six ans d’engagement infatigable dans les tournées de bricolage sonore et d’entraide, Weil est devenue un pilier de sa communauté musicale à Los Angeles, organisant des spectacles et des sorties pour une cohorte d’amis très variés et d’une grande portée sous la bannière de son label Dove Cove Records.

Elle est connue pour la lourdeur de ses concerts de sensibilisation et s’est produite en tant que Syko Friend dans des clubs underground, des centres communautaires, des sous-sols, des parcs, des parkings, des forêts et des fermes partout aux États-Unis, dans des villes à la fois peuplées et souvent négligées.

Fontanelle fait référence à la tache molle et non développée sur la tête d’un enfant. Ce disque mérite son titre surprenant, vulnérable et tectonique comme celui qui comble la brèche dans le crâne. Désireux d’être soigné, il fait preuve d’utopie et de scepticisme tout en participant à la vie de la commune. Désireux d’amour, de franchise, de communication et de nourriture gratuite. Dans cet album, Syko Friend est irradiée, clarifiée, sort de l’ombre, a soif d’air frais et l’enfer est prête à s’épanouir. Sa voix riche et humaine tourne patiemment dans l’œil d’une tempête qui fait rage juste hors champ au-delà de la coque rouillée et parfumée de son sanctuaire sous-marin. C’est une musique de conspiration, qui rappelle par moments la rafale de camarades Body/Head, l’approche avant-gardiste des Rallizes, la lucidité et la puissance discrète de Sibylle Baier.

« Liberty », le premier titre de Fontanelle, s’est étoffé lors d’une tournée sur la côte ouest il y a quelques automnes. Il s’ouvre sur une sirène malsaine de tourbillon de guitare qui établit l’espace. « Remind me how to write your name » (Rappelle-moi comment écrire ton nom). Quand la voix de Weil arrive, elle se fait entendre à travers une belle mais menaçante pastorale à Los Angeles, celle faite de fermes de mauvaises herbes, de petites villes de cabanes et de baraques, de wapitis en migration ; de sables noirs et de bords rocheux luxuriants, incroyablement verts, de soleil brumeux de fumée provenant de feux de forêt dévastateurs. « …And I can drink the juice out from your broken glass / it’s heavy when the lights get low to recognise / and all to see the elk they kneel around me in a circle / that’s mother earth she’s standing with her smoking gun. » (…Et je peux boire le jus de votre verre brisé / c’est lourd quand les lumières sont basses pour reconnaître / et tout ça pour voir les élans qu’ils agenouillent autour de moi en cercle / c’est la terre mère qu’elle tient avec son pistolet fumant.) On y trouve tour à tour des aveux, des incantations, des adresses directes, des accusations accablantes, comme les verbalise Syko Friend. « Kitten Coop », l’avant-dernier morceau du disque, est d’aspect plus doux, un simple arrangement de guitare carillonnée et triée sur le volet, suivi d’un murmure acoustique. Celui-ci est une chanson d’amour à une vie plus simple, de l’avoine trempée dans du lait et du miel, un papier d’aluminium à la fumée que nous avons toussé pour arriver jusqu’ici sur le disque. Ce n’est pas le rêve d’un pays imaginaire, mais le désir d’un lieu d’abondance modeste et réalisable. Une directive sérieuse, éclaboussée de désinvolture et couronnée d’une belle promesse : «  So find your kitten ranch / and buy your chicken coop / and I can see the fine light / that love is all around you. » (Alors trouvez votre ranch à chatons / et achetez votre poulailler / et je peux voir la belle lumière / que l’amour est tout autour de vous.)

Fontanelle a été tendrement enregistré et mixé par Robert Cody et Evan Burrows au printemps 2019. Les guitares électriques ont été suivies dans le garage de Weil. Les voix et la guitare acoustique ont été enregistrées dans son placard et sa salle de bain. Sa maison est située entre la I-5 et la rivière L.A., dans la vallée de l’Elysée. Un micro contact fixé à la porte du garage pendant le suivi de base a capté ces ambiances, qui sont mélangées dans le disque comme matériau, invitant l’extérieur à entrer. Un disque accueillant et nous souhaitant la bienvenue.

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