Great American Ghost: « Power Through Terror »

Qu’il s’agisse de Randy Blythe dans Lamb of God ou de Jesse Leach dans Killswitch Engage, beaucoup de groupes de metalcore se résument à un numéro de métal dirigé par un chanteur hardcore. Pour Great American Ghost, le chanteur Ethan Harrison a conservé la trajectoire technique du premier album du groupe, Everyone Leaves, sorti en 2015, et de Hatred Stems From the Seed, sorti en 2017, qui s’inspire du bon vieux beat bostonien d. Le dernier album du groupe est beaucoup plus influencé par des groupes comme Gojira et Meshuggah, mais sa lignée remonte toujours à des groupes comme DYS et Gang Green. Power Through Terror est un tour de force metalcore qui ne cesse de s’améliorer à chaque écoute. 

Des vocaux bien gras et des diatribes nihilistes s’imposent sur l’intro de « Rat King », mais la précision et la syncope sont d’un autre ordre. Le guitariste Niko Gasparrini et le bassiste Joey Perron s’inspirent encore du primitivisme et on n’y trouvera aucun solo de guitare. Leurs riffs géniaux les remplacent et ils frappent fort, encore et encore.

Cette puissance constante est la raison pour laquelle « Prison of Hate » parvient à secouer les auditeurs par des assauts massifs et une colère implacable – la phrase d’accroche de Harrison « Reality is pain/ Hope is a plague » (La réalité est une douleur/ L’espoir est un fléau) vient à l’esprit – mais le travail sur les frets de la six cordes reste acrobatique et à l’épreuve des balles. Le titre suivant, « Altar of Snakes », produit un effet similaire en incorporant des pistes de bulldozer dans un groove décimant et en poursuivant l’équilibre impeccable de l’album, avec un chant mélodique râpeux qui se transforme en grognements menaçants.

Le morceau-titre apporte une structure rythmique à trois temps, ajoutant quelques changements de rythme de bon goût dans un hymne anti-autoritaire digne des légendes de Boston. Les percussions de Davier Perez complètent les éléments ravagés et dépouillés, permettant au groupe de s’écouler naturellement à partir de passages distincts. Sa contrebasse à tir rapide sur « Rivers of Blood » est le parfait contrepoids par son outro passionnée, atmosphérique et presque post-rock. Power Through Terror sonne comme un groupe de hardcore jouant du métal, mais le métal ne tire aucune énergie de l’agression primitive.

Alors que certains chants gutturaux offrent un certain répit aux cris, Great American Ghost s’appuie sur un groove contagieux pour élever les tropes metalcore de morceaux comme « Socialized Animals ». Les riffs électrisants et les percussions chargées plairont aux fans de metalcore du début des années 2000, tout comme la phrase « ’d rather believe in nothing/ Than beg for my fucking life » (Je préfère ne croire en rien/Plutôt que de supplier pour ma putain de vie », sera tout sauf redondante.

Même le groove rebondissant de la chanson de métal « Black Winter » aborera changements de tonalité arborera côté sinistre qui prendea le dessus pendant la rupture ultra lente à la fin. « We build these fucking empires just to watch them fucking burn » (Nous construisons ces putains d’empires juste pour les voir brûler), criera Harrison à la fin. Et ses slogans d’avant-rupture sont présents tout au long de l’album.

Étant donné la tendance du metalcore à privilégier le générique, il est facile d’approcher Power Through Terror en s’attendant à ce que ça devienne ennuyeux. De telles idées préconçues rendent la cohésion de l’album bien plus satisfaisante. Great American Ghost sait ce qui marche, que ce soit la double attaque synchronisée des percussions, des guitares, ou les mélodies troublantes du refrain de « Scorched Earth ».

Ces ruptures, en effet, ne semblent jamais forcées et les chœurs ne donnent jamais l’impression que le groupe fait des concessions. Sa symbiose transcende les limites des genres, même en gardant un chemin bien tracé suivi par des morceaux comme un« WarBorn », qui s’avère non seulement écoutable mais bien plus qu’agréable. Les vocaux rapides et les riffs d’inspiration vaguement scandinave, ainsi que les percussions gargantuesques et le chant non filtré, sont exécutés avec un tact et une dextérité qui permettent au groupe de chevaucher tous ces éléments.

« No More » met fin à Power Through Terror de manière explosive et violente, avec l’un des morceaux de guitare les plus punitifs que le groupe ait jamais écrit. Au demeurant, il y a encore de la place pour les montées de tension et les mélodies émotionnelles parsemant les moments de folie haineuse. Great American Ghost fait simultanément la fierté du hardcore de Boston tout en le surchargeant de riffs impeccables. Cet album prouve exactement quel’il fait partie de ces nouveaux groupex capable de représenter et renouveler la tradition du metalcore.

***1/2

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