Moses Boyd: « Dark Matter »

Moses Boyd, le batteur, producteur et compositeur londonien, reste un élément crucial de la renaissance du jazz tel qu’il se développe au Royaume-Uni depuis quelques années. Avec des contemporains comme Shabaka Hutchings, Nubya Garcia, Joe Armon-Jones, Theon Cross et Binker Golding qui s’inspirent des cultures Soundsystem de la Jamaïque, et ce qui en a découlé au Royaume-Uni, la jungle, la crasse, les amateurs de rock, de garage, de dubstep et de basse ont tous fait leur chemin dans cette refonte du jazz du 21e siècle, en en faisant un changement de génération.

Dark Matter, qui mélange le jazz avec des influences contemporaines telles que la grime, l’afrobeat et le garage sort ici un disque très produit, un opus composé de beaucoup de sons différents, de montages, de lieux et de musiques prises dans différents lieux et sessions.

Dark Matter, à ce titre, est une affaire de haut vol, capturant ces musiciens très demandés, au sommet de leur art ; ainsi « Stranger Than Fiction » ouvre l’album avec des lignes de basse épaisses et un aplomb délivré par Theon Cross au tuba s’acharnant comme un dératé sur ces notes graves. La pulsation funk qui scintille dans « BTB » met en scène le solo de carnaval de Nubya Garcia au saxophone, menant les lignes de cor symphoniques et jubilatoires à travers les festivités de type festival de Notting Hill.

Ces moments de jazz mélangé placent carrément carrément la barre entre les mains de quiconque a la pulsation : le premier single, « Shades Of You », avec la chanteuse britannique Poppy Ajudha, montre cette nouvelle direction différente, en utilisant le breakbeat shuffle, les lignes de basse goopy, les coups de caisse claire ponctués et l’énonciation planante d’Ajudha. « Nommos Descent » met en scène la chanteuse Nonku Phiri capturant un mystérieux moment de Beyoncé, la chanson cousine du précédent arrangement R&B devenant un peu plus sombre, se terminant avec Garcia au saxophone, soufflant des coups de klaxon angulaires et des cris d’avertissement en arrière-plan. Ces instantanés de Boyd, qui se dirigent vers quelque chose de moins pop rappellent ces moments où les sommités du jazz Quincy Jones, Patrice Rushen et Roy Ayers ont vu quelque chose de plus grand à l’horizon, passant devant l’endroit où ils ont trouvé leur premier gisement d’or.

Mais tout n’est pas encore tout à fait au point. Parmi les instruments les plus remarquables, on trouve « Y.O.Y.O. », un groove afrobeat luxuriant, quelque chose d’authentiquement noir qui se répand dans la brise estivale, avec Theon Cross, qui rabote la basse du tuba là où elle doit être. Alors que les vibrations de garage rétro-fab de « 2 Far Gone » sentent l’humidité de Londres, écrasant le tout au moyen d’ arrangements ‘instruments à bois fortement condensés. Dark Matter a ainsi choisi une destination pour Moses Boyd et ses contemporains, une fois que l’engouement pour le jazz se sera calmé.

***1/2

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