Sam Lee: « Old Vow »

Définir Sam Lee est une tâche très lourde car il est bien plus qu’un simple musicien folk. Lee a étudié les beaux-arts, a travaillé comme fourreur et expert des régions sauvages et a été danseur burlesque à temps partiel. Le premier contact de Sam avec les chansons folkloriques traditionnelles n’a commencé que dans ses années vingt, lorsquil a fait son apprentissage auprès du regretté Stanley Robertson, voyageur écossais, qui lui a appris « ce que signifie réellement habiter une chanson et comment laisser la musique vous guider ».

Les réalisations musicales de l’artiste avant la sortie de son premier LP, Ground of its Own, en 2012 (qui a été nominé pour le Mercury Music Prize) sont nombreuses, notamment la remise du prix 2011 de l’Arts Foundation (la première année où la musique folk a été reconnue pour la première fois comme une forme d’art) et la création en 2006 du groupe londonien The Nest Collective, où les gens peuvent apprécier le folk, la musique du monde et la nouvelle musique et vivre des expériences sonores dans des espaces inhabituels. Lee est de retour avec son novel opus, Old Wow, produit par Bernard Butler (Suede, MacAlmont & Butler) et, pour la première fois, la guitare électrique y fait son apparition.

Old Wow s’ouvre sur « The Garden of England (Seeds of Love) », une chanson tranquille, mais qui se vante toujours d)user de percussions, piano et cordes, ce qui, avec les paroles, fait écho à un halcyon qui aspire à l’ancien monde naturel qui mène au bonheur. Le titre complète naturellement le savoir-faire de Lee, qui, avec une boîte Shruti (un instrument utilisé par les musiciens indiens pour créer des effets de bourdon), est non seulement capable d’attirer les rossignols, mais aussi de les faire chanter.

« Lay This Body Down » « s’ouvre sur une introduction de style Fleet Foxes ; « Sun It Rises » se transforme ensuite, de manière inattendue et sans prétention, en arrangements inspirés de la « Ballad of a Thin Man » de Bob Dylan. Le sérieux, le suspense des touches de piano déformées, les basses et les cuivres profondément déformés injectent de l’urgence et de la poésie au sujet de ce titre où enterrements, mort et marche dans les cimetières sont le lot de nos écoutilles. La fragilité de la vie humaine sera explorée plus avant dans le morceau suivant « The Moon Shines Bright » qui mettra en scène Elizabeth Fraser. Alors que le titre est musicalement rempli de mélancolie comme s’il s’agissait de la bande son d’une marche funèbre, cette chanson est pleine de leçons de vie, avec notamment des phrases de type : «  the life of a man comes with little plan » , « it flourishes like a flower… so cherish your every hour ».

« Soul Cake » changera totalement de registre ; c’est un morceau de six minutesdoté d’une grande finesse, avec un swing subtil, des riffs de piano jazz et des lignes de basse déformées et vibrantes. Le mélange des cordes est en corrélation indirecte avec celles de « How to Disappear Completely » de Radiohead, soulignant le thème de cette chanson qui voit le Temps mettre fin à tout. La distorsion du son sera d’ailleurs répétée sur l’autre morceau de six minutes, « Jasper Sea », avec un jeu de piano pur et intact tout au long d’un titre qui rappelera le thème de fond de l’album.

« Spencer the Rover » reviendra surcette notion de la beauté du monde naturel et sur la façon dont les voyageurs peuvent facilement mettre fin à leurs errances et trouver un endroit où s’installer avec, sous-jacente, cette idée ndu pouvoir de la tradition du conte pour unir les gens « comme des abeilles dans une ruche ».

Les thèmes de la séparation, du voyage et du cheminement dans les pâturages sont renouvelés sur « Turtle Dov » ». Les voix de Lee y sont les plus puissantes et plus projetées ; les cordes sont collectives collectives, le piano et la batterie martelants avec une basse brute, non lissée et acerbe ajoutant des sentiments d’urgence, de tension et de suspense comme si l’on écoutait une histoire avec des intrigues adroites et inattendues, et se révélant d’une manière qui ne pourra que nous déconcerter.

L’avant-dernier titre,  » »orthy Wood », s’ouvre sur des guitares douces qui se développent sur un fond mystique et spirituel grâce notamment à la batterie djembé et au digeridoo que l’on ne trouve nulle part ailleurs sur Old Wow. Si « Worthy Wood » est musicalement, à bien des égards, l’antithèse de « Elation » de The Levellers, l’éveil émotionnel et spirituel induit en son sein sera similaire et se prolongera au-delà, non seulement de la durée de ce morceau, mais aussi de l’album tout entier.

Old Wow se clôt sur « Balnafanen ». qui, à bien des égards, est un cliché, tout comme la bande sonore du film de Radiohead sur Kid A. Néanmoins, l’exaltation mélancolique générée ainsi que les craintes concernant la fragilité de la vie ne sont pas perdues ; elles sont plutôt rassemblées en un front uni laissant l’auditeur avec de multiples pensées, espoirs, craintes, regrets ainsi que d’autres questions simultanément. On voudra, de surcroît, immédiatement réécouter Old Wow pour étudier, développer et clarifier les pensées nouvellement générées.

À traversce disque, Sam Lee est capable d’attirer les auditeurs à sa musique comme il est capable d’attirer les rossignols au son de la boîte Shruti. Tandis que la guitare électrique est introduite et fait sentir sa présence, Lee ne perd pas le lien entre les origines et l’histoire de ces chansons folkloriques et la façon dont elles doivent sonner. Il n’y a pas de rock de stade ni de solos de guitare. Le génie de production de Bernard Butler ne consiste pas à injecter les sons qu’il a créés en tant que producteur pour des artistes comme Duffy, ses influences musicales en tant qu’artiste solo, dans Suede ou dans MacAlmont & Butler ; le génie de Butler consiste à permettre à Sam Lee de dessiner tout ce qu’il a appris en tant qu’apprenti de Stanley Robertson et les expériences que Lee a su créer avec The Nest Collective.

****1/2

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