Drive-By Truckers: « The Unraveling »

American Band de Drive-By Truckers est sorti un mois avant l’élection présidentielle de 2016 – ce qui semble une éternité, tant en termes de paysage politique que de temps entre les albums de ce groupe ordinairement prolifique. American Band était censé avoir le dernier mot sur tout cela, mais selon les notes de Patterson Hood pour leur 12ème effort en studio, The Unraveling, écrire des chansons d’amour idiotes semblait être le comble du privilège et on a donc droit à un album sombre et sans compromis sur des sujets tels que la violence armée, le nationalisme blanc, la crise des opiacés et l’enfermement des enfants dans des cages. Mais malgré des sujets similaires, ce n’est pas une suite à American Band et il importe peu qu’il n’y ait pas de morceaux individuels aussi immédiats que « Surrender Under Protest » ou « Guns of Umpqua ». Mais alors que l’album précédent était composé en grande partie des leçons d’histoires qui ont, depuis 20 ans, faconné le répertoire du groupe, The Unraveling est construit sur le principe que le personnel est également politique.

Hood encadre plusieurs chansons autour cette thématique soit en essayant d’expliquer les horreurs quotidiennes à ses deux jeunes enfants, soit en espérant qu’elles amélioreront un jour les choses sur « Thoughts and Prayers », un récit sans fard sur l’essor de la violence armée en Amérique. Il répète ce sentiment sur « Babies in Cages » dont le titre est fort explicite. Tout ce que Hood peut faire dans « 21st Century USA » » sera alors d’espérer et prier pour un jour meilleur.

C’est du lourd, et seule la catharsis souhaitée sur un titre comme « Thoughts and Prayers » offrira un moment d’élévation et de répit. Les lueurs d’optimisme sont d’ailleurs éphémères : le premier « single » « Armageddon’s Back in Town » est un road-song rapide avec un riff de rock classique, mais Hood y chante des bus en panne, sous la pluie, et sa responsabilité dans l’obscurité et la douleur. Ce n’est que lorsqu’intervient le coda instrumental frénétique de la chanson – un spectacle palpitant délivré par le batteur habituellement modeste du groupe, Brad Morgan – que le combo fait monter l’adrénaline.

Mike Cooley, une sorte de Confucius redneck qui semble ne jamais être à court de répliques sardoniques, n’a écrit que deux chansons ici, et l’une d’entre elles, « Grievance Merchant » – rompt de manière tranchante avec la ligne droite et en fait l’une des compositions les plus sérieuses sur le plan des textes et les plus dramatiques sur le plan musical qu’il ait jamais écrites. Dans le style conversationnel unique de Cooley, c’est un effort saisissant ; l’entendre avoir l’air si effrayé qu’il ne peut même pas prononcer une seule boutade est, à cet égard, vraiment effrayant. Son autre contribution, « Slow Ride Argument ,» est beaucoup plus amusante, avec ses accroches vocales qui se chevauchent et ses conseils effrontés pour se calmer après un débat animé, politique ou autre, en allant faire un tour en voiture, et, bien sûr, après avoir descendu quelques bières.Ce titre est un « rocker « mineur qui se situe stylistiquement quelque part entre Blue Oyster Cult et les débuts de R.E.M., c’est une preuve de plus que les Drive-By Truckers qont capables de transcender le label rock sudiste dans lequel ils sont encore inexplicablement catalogués.

Là où The Unraveling se démarque vraiment de son prédécesseur, et de tout le travail antérieur du groupe, se situe dans sa complexité sonore. L’ancien bassiste de Sugar, David Barbe, a produit tous les albums de Drive-by Truckers depuis 2001, et à son crédit, aucun d’entre eux ne se ressemble. Mais armé des jouets analogiques vintage à sa disposition, et accompagné de l’ingénieur Matt Ross-Spang, Barbe a aidé le groupe à créer sa première véritable œuvre d’art sonore. Un morceau comme « Rosemary with a Bible and a Gun » est transformé en quelque chose de captivant par la profondeur du mélange : les subtils accents de guitare en trémolo, l’accompagnement serré au violon/violon, le délicat mélange du chant de Hood et la réverbération naturelle du piano. Qu’il s’agisse d’astuces fiables (slapback à l’ancienne sur la voix de Cooley) ou nouvelles (faire passer une planche à laver dans un ampli de guitare, une pédale de wah, et un delay pour ajouter un effet d’ailleurs à « Babies in Cages »), les friandises pour des oreilles gourmandes ne manquent pas ici.

L’album s’achève sur « Awaiting Resurrection », d’une durée de plus de huit minutes, et qui, avec sa morosité implacable, la batterie minimaliste de Morgan et les guitares en toile d’araignée de Hood et Cooley, est un exemple de composition post-rock pour qui voudrait prendre des cours. Se concluant sur des vers come « I hold my family close/Trying to find the balance/Between the bad shit going down/And the beauty that this life can keep injecting », (Je tiens ma famille près de moi / J’essaie de trouver l’équilibre / Entre les mauvaises choses qui se passent / Et la beauté que cette vie peut continuer à injecter), Hood dans un phrasé fantomatique, revient une fois de plus sur le même thème. Hood et Cooley s’attardent davantage sur la les galères que sur la beauté dans The Unraveling; c‘est peut-être leur effort le plus conflictuel et le plus stimulant à ce jour, une œuvre complexe qui est plus un reflet qu’un antidote à la pénombre et l’obscurité .

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