The Black Lips: « Sing In A World That’s Falling Apart »

Dans ce film classique de 1980  qu’est The Blues Brothers, le musicien Elwood Blues demande à un barman : « Quel genre de musique avez-vous habituellement ici ? » et le barman lui répond : « Oh, nous avons les deux sortes. On a de la country et du western. » Bien sûr, il existe de nombreux autres types de musique, et pendant la majeure partie du XXIe siècle, The Black Lips d’Atlanta les a combinés avec de la country et du western. Le groupe a passé les deux dernières décennies à combiner le rock garage, la soul, la pop, le lo-fi, la country et le punk dans un ragoût musical à saveur particulière

Le dernier album de Black Lips, judicieusement intitulé Sing in a World that’s Falling Apart, capture l’approche musicale hybride du groupe à l’aide d’une sorte de magie de studio, mais sans perdre l’ambiance de ladite hybridation.

Le premier titre de l’album, « Hooker Jon », occupe un espace musical liminaire à égale distance de la légende de la country Johnny Paycheck et des Butthole Surfers. La guitare slide à la main sous-tend une histoire de prostitution et d’erreur d’identité. Le « single » « Rumbler », lui, raconte l’histoire d’un agent de police mécontent qui devient un voyou, sur une bande sonore de guitares et d’harmonica. 

« Live Fast, Die Slow » est une supplication traînante pour adopter un style de vie plus téméraire. Le récit d’un changement de conscience à minuit de la chanson évoque des comparaisons avec « John E. Smoke » (à nouveau les Butthole Surfers). 

Connues presque aussi bien pour leurs spectacles en direct que pour leur musique, les Black Lips admettent librement avoir appris leurs instruments sur le tas. Mais leur croissance en tant que musiciens est évidente sur le nouveau disque. La guitare slide, acoustique et plaintive, que l’on entend sur « Chainsaw » sonne comme si elle serait chez elle dans n’importe quel Honky Tonk ou restaurant Denny’s du sud. En fait, la compétence musicale du groupe rend difficile de déterminer si la chanson est une satire ou un hommage. 

Le son rockabilly optimiste de « Holding Me Holding You » et celui, vaguement surf sur « Odelia » donnent l’impression d’avoir été enregistrés avec certains des meilleurs musiciens de session de Nashville, car la production et la musicalité sont de premier ordre. 

Parfois, les chansons de l’album approchent les niveaux de sophistication de Phil Spector avec des chœurs, des guitares à pédales, des maracas et des shakers. La production opulente crée souvent un décalage saisissant avec le contenu de la musique. Ainsi, sur « Gentleman », la guitare acoustique douce et l’orgue chantant font place aux paroles de la chanson et le chanteur Cole Alexander retrouve à coeur joie sa voix lascive.

Mais le diamant brut de l’album sera la ballade « Get It On Time ». La sincérité discrète de la chanson et son émotion obsédante suggèrent que le groupe est capable d’abandonner le second degré comme si la véracité était sa nature propre.

The Black Lips parviennent à capturer parfaitement l’étrangeté grandissante de l’Amérique avec un album qui semble marcher sur la ligne entre la sincérité et la satire. Mettre Sing in a World That’s Falling Apart vous amèra vers l’horizon aussi bien que n’importe quel « road album » et vous permettra d’atteindre la vitesse de croisière idéale sans bouger de votre station d’écoute.

***1/2

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