Espen Sommer: « Eide The Waves »

Après avoir mis Alog en sommeil, c’est à présent Phonophani, son projet solo, qu’Espen Sommer Eide délaisse pour publier un disque sous son nom propre, à l’occasion également d’un nouveau changement de label et après fait le tour des maisons de disques les plus intéressantes de son pays, la Norvège. Ce mouvement se trouve, en l’espèce, justifié par une évolution stylistique puisque ce nouvel effort se veut davantage expérimental, et complètement électronique.

Issu d’une résidence d’un an aux Pays-Bas, The Waves est un travail conçu à partir du roman du même nom de Virginia Woolf, dont Espen Sommer Eide entend aussi reprendre le principe du flux de conscience, pour élaborer ses sept morceaux. Avec des extraits du texte (mais aussi d’autres provenant de compagnons de l’écrivaine au sein du groupe de Bloomsbury) lus ou chantés par une voix féminine, le lien est explicite et trace un parallèle entre le monologue dit par cette personne et celui, musical, déployé par le Norvégien. Sa petite électronique pointilliste, faite de structures minimalistes, de notes tenues, de micro-souffles et de touches répétées au piano diffère de ce à quoi le compositeur nous avait habitués, légitimant à nouveau le fait d’avancer sans pseudonyme.

À certains moments, l’aspect véritablement mélodique reprend le dessus, avec l’apparition de ce qu’on rapprocherait d’une sorte de clavecin électronique ou autre instrument permettant d’accompagner l’évolution dans une salle de bal attenante à un salon de jardin (« Balzaal Tuinkamer »). Ici, ce sont même les voix féminines qui se superposent, comme si les différents monologues des Vagues s’empilaient. Plus loin, un grésillement sourd apparaît, contrebalancé par des gazouillis d’oiseaux du « jardin d’hiver » (« Wintertuin »). De fait, la résidence néerlandaise d’Espen Sommer Eide s’est déroulée dans une maison reconvertie en centre d’art, expliquant les intitulés des morceaux, dénommés d’après certaines pièces du bâtiment.

Si les multiples influences auraient pu laisser craindre un disque trop référencé (« Wachtkamer », morceau de conclusion, se présente même sous la forme d’un générique, listant oralement les crédits du disque), The Waves trouve pourtant sa personnalité propre. Forme de réduction émaciée des travaux précédents d’Espen Sommer Eide, ce nouveau disque s’inscrit ainsi de manière assez cohérente dans sa discographie.

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