Pod Blotz: « Transdimensional System »

Suzy Poling fait une fixation sur ce qui est au-delà de l’horizon. L’artiste californienne derrière Pod Blotz est remarquablement prolifique, ayant livré plus de 20 sorties sur autant d’années et ayant également constitué un catalogue d’art visuel aussi important, englobant des œuvres vidéo, photographiques et multimédia. Et le thème unificateur dans tout ce qu’elle fait – qu’il soit auditif ou visuel – est l’abstraction futuriste : l’ambiguïté géométrique, les visions de demain telles que conçues hier, et la conception de ce qui est de l’autre monde tel que construit dans le monde que nous occupons réellement, ce qu’elle explicite ainsi : « sa musique a toujours porté sur les expériences futuristes, la beauté de la vie et de la mort… et un transfert du physique et du non-physique. »

Ces concepts ne sont pas forcément essentiels à comprendre avant d’écouter sa musique, bien qu’ils en soient une partie essentielle. Transdimensional System, le premier album de Pod Blotz est imprégné dans la complexité d’une existence post-humaine. Il n’est, à cet gard, pas déraisonnable de penser qu’un auditeur pourrait arriver à une telle conclusion par lui-même. Sa musique porte sa part de tropes esthétiques futuristes : paysages dark ambient chargés de statique, distorsion et intensité industrielles, rythmes épurés de la techno minimale. Mais cette vision est loin d’être confortable ou utopique.

Le titre d’ouverture, « Pain is a Door », ouvre une porte sur des horreurs inconnues, le morceau reprenant un fil que Throbbing Gristle avait laissé avec « Hamburger Lady » et remplaçant certaines de ses terreurs grotesques par une tension pure. La ligne de basse qui commence la chanson ressemble à un battement de coeur en pleine escalade, le rare élément humain au milieu d’un labyrinthe d’artefacts technologiques bizarres et profondément troublants. Le fait de s’aventurer plus loin dans le territoire inconnu où évolue Poling ne fait que créer une plus grande ambiguïté entre l’humain et la machine, tant « Industrialized Living Effects » associe des effets spatiaux et ambiants à une série de chants vocaux froids et labyrinthiques. C’est désorientant, mais ce n’est pas tout à fait inaccessible, un curieux juste milieu sur lequel résident la plupart des chansons ici, nous tirant hors de votre zone de confort mais pas assez pour que ce soit perçu comme un acte d’hostilité.

Pour être juste, la musique que Pod Blotz fait n’est pas sans précédent, et la transparence de certaines de ces influences est finalement ce qui la rattache au domaine de la musique pop, aussi éloigné qu’il puisse être du centre. « Extrasensory » fait le pont entre la coldwave analogique et le genre de techno dark-web déformée qui est le terrain favori d’Actress, et les pulsations semblent taillées sur mesure pour un mouvement humain authentique, aussi étranger que soit l’aspect musical du morceau. Poling construit un choc similaire avec « Life Like an Electric Surge », un jet de sable dur de techno industrielle qui élimine presque complètement la mélodie, se concentrant principalement sur la voix déformée de Poling qui rayonne comme des annonces publiques dans une station de transport. Il semble approprié – que fait-elle ici, sinon entraîner l’auditeur dans un voyage souterrain ?

Les explorations artistiques de Pod Blotz sur la technologie, les constructions synthétiques du futur et une société post-humaine s’appuient sur des pièces conceptuelles similaires de Holly Herndon et Oneohtrix Point Never, mais cela ressemble peu à l’une ou l’autre. Ses arrangements sont beaucoup plus clairsemés, plus détachés, mais construits en compositions curieusement envoûtantes conçues pour hypnotiser et souvent terrifier, comme on peut l’entendre dans le chant angélique de « Double Helix » ou les rythmes bruyants de « Lights in the Middle of Nowhere », qui s’intensifient graduellement en quelque chose d’encore plus anxiogène que le début de l’album. Il ne s’agit pas tant d’un aperçu par une fenêtre ouverte sur l’avenir que d’un enregistrement analogique dégradé, transmis à travers le temps. On ne peut qu’émettre des hypothèses sur l’avenir jusqu’à ce qu’on le vive réellement, bien qu’on voie constamment les conséquences en temps réel d’une population complaisante face à des avertissements pessimistes et désastreux. Transdimensional System n’est pas un album de jugement, mais ses créations déformées et étonnamment mutantes suggèrent qu’il ne faut pas s’attendre à ce que ce qui nous attend soit plus réconfortant.

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