Helms Alee: « Noctiluca »

23 décembre 2019

Poursuivant la tradition des groupes d’exception de Seattle, les Helms Alee sont de retour avec leur cinquième album en douze ans d’existence. Intitulé Noctiluca, les 10 titres qu’il contient vous apportent joyeusement plus de leur mélange caractéristique de riffs boueux, de mélodies déjantées et d’expérimentation bruyante qui place Helms Alee sur un registre d’unicité assez grandiose. Le trio composé de Dana James (basse, chant), Hozoji Margullis (batterie, chant) et Ben Verellen (guitare, chant) se combine sans effort pour créer une étonnante éruption de bruit étayée par une sremarquable mélodie.

Noctiluca est une algue marine bioluminescente qui brille lorsqu’elle est excitée. Pour la plupart d’entre nous, une lampe conventionnelle se trouvait à côté de notre lit, mais Hozoji gardait un soupçon de Noctiluca à côté de son lieu de repos nocturne. Ainsi, le thème marin qui figurait sur les précédents albums de Helms Alee est maintenu, comme l’approximation la plus proche de leur son : mystérieux, magique et apportant de la lumière dans l’obscurité.

Une fois que ces guitares familières et ces batteries martelées ont repris vie sur le premier album Interachnid. C’est le son d’un groupe agité et enflammé comme jamais, avec juste la bonne quantité de bruit et de mélodie et un groove percutant qui sonne comme dix batteries dévalent d’une grande montagne. Le « Beat Up », bien nommé, est comme si un champion des poids lourds vous mettait en boîte en vous hurlant des insultes à la figure, alors que vos traits se transforment en pulpe sanglante. La seule grâce salvatrice que l’on puisse trouver est sa compagne qui s’interpose avec sa propre ligne de déprédation avant que vous ne tombiez au sol en morceaux.

Juste au moment où vous pensiez que ces puissants tambours avaient atteint le zénith de leurs martèlements d’oreilles explosifs, vient « Play Dead » pour détruire cette notion. Le premier grand moment mélodique de l’album sort des enceintes et c’est à ce moment que l’on réalise qu’il n’y a pas d’autre groupe sur la planète comme Helms Alee. Cette collision de volume intense, primale et brutale, avec des mélodies merveilleuses et décalées est finalement un accident de voiture dans lequel vous êtes attiré par la scène cauchemardesque.

Si les Pixies ont pillé un son plus métallique et que les bras de Dave Lovering ont été remplacés par des marteaux-piqueurs, on aimera penser que « Be Rad Tomorrow » sera proche de cette analogiere. Les lignes de basse grondantes créent un groove sublime pour les voix de James et Margullis qui taquinent une mélodie monotone méchamment infectieuse. Verellen glisse quelques belles lignes de guitare lors du premier grand moment de l’album et la chanson devient de plus en plus limposante sur ses six minutes. Avec une fausse fin ajoutée pour faire bonne mesure, les guitares ondulantes du titre sont un pur délice alors que s’installe pour une sieste, comme elle seule sait le faire. Le réveil est brutal et le rythme gargantuesque qui annonce l’arrivée de « Lay Waste, Child », fera claquer les écouteurs, telle est l’énergie physique générée par ce son bestial.

Sous la batterie tonitruante et les guitares glissantes de « Illegal Guardian », on peut entendre un piano qui tente d’échapper à la rétention tendue de ce qui précède. La tension est exacerbée par les guitares qui bourdonnent et l’assaut de la batterie qui s’effondre avant que Verellen ne déchaîne de façon menaçante certains de ses propos démoniaques. « Spider Jar » est une ligne de guitare psychédélique tourbillonnante avec un groove à couper le souffle. Le glorieux refrain aux cordes somptueuses arrive de nulle part, c’est vraiment une belle chose. Les voix combinées s’apparentent aux belles harmonies de REM et cela pourrait être dû au choix du producteur/ingénieur, Sam Bell, qui a déjà travaillé avec les meilleurs d’Atlanta.

Il y a une bizarrerie dans « Pleasure Torture » où James et Margullis nous implorent de nous ouvrir encore plus à leurs guitares et, alors qu’elles s’animent comme des foreuses maniaques, vous vous retrouvez à entrer dans le jeu. Des mélodies déchirantes combinées à des cordes qui s’envolent n’est pas quelque chose que vous pourriez associer à la Helms Alee, et voilà que « Pandemic » coche cette case. Les guitares font retentir une merveilleuse sirène mélancolique entre les fabuleux moments qui constituent les couplets. Les échos des sirènes de « Pandemic » s’attardent sur le fond de la dernière sortie qu’est  » »Word Problem » », comme pour démanteler toute notion de ramollissement de la Helms Alee, cette chanson est un autre blaster guttural.

Après cinq albums et de nombreux EP, Helms Alee continue d’apporter une puissante concoction de bruit et de mélodie qui vous confondra, vous déconcertera et vous convaincra comme un secret bien gardé etun trésor absolu. Les Helms Alee ont un goût acquis, mais il n’est pas donné à tout le monde de l’acquérir tant, avec Noctiluca, le trio nous a servi une nouvelle fois une excellente sélection de mélodies et de chaos, un ensemble pour lequel il n’y a pas de retour en arrière.

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Drahla: « Useless Coordinates »

22 décembre 2019

Après quelques EPs qui lui ont permis de se faire remarquer, ce combo post-punk originaire de Leeds passe à la vitesse supérieure avec son « debut album », Useless Coordinates.

Composé de dix titres, Drahla cultive sur son opus une musique héritée des années 1970-1980 en y glissant un zeste de modernité. Les Britanniques ont, de toute évidence, écouté les discographies de Sonic Youth, Joy Division et de Wire lsi on prend en compte des morceaux aussi bien abrasifs que mélodiques tels que « Gilded Cloud » en guise d’ouverture mais encore « Serenity » et « Stimulus For Living » qui lancent Useless Coordinates de façon implacable.

Beaucoup de moments originaux sont à souligner tout au long de ce premier album. Entre brûlots noisy qui durent à peine une minute (« Pyramid Estate », « Primitive Rhythm ») et excursions free-jazz imprévisibles (« React/Revolt »), Drahla compte se démarquer de la masse à l’heure où des groupes comme Fontaines D.C. et Viagra Boys règnent en maître.

C’est à coup de riffs destructeurs et de passages au saxophone aléatoires ainsi qu’une section rythmique survoltée que le groupe de Leeds marque leur territoire au fer rouge notamment sur « Twelve Divisions Of The Day » et « Serotonin Level » soufflant le chaud et le froid avant que des influences post-hardcore viennent tout emporter sur leur passage avec « Unwound » et « Invisible Sex ».

Parmi les nouveaux groupes post-punk revival qui ont dominé la scène, il sera urgent de compter avec Drahla tant son premier album est ; non seulement bétonné, mais aussi prometteur.

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Joan Shelley: « Like the River Loves the Sea »

22 décembre 2019

Il y a des moments si doux que la nostalgie s’estompe. La brume sépia qui accompagne habituellement les images dont on se souvient mal est soudain là, filtrant un présent parfait. Et ces moments de clarté deviennent d’autant plus beaux et douloureux qu’on sait qu’ils sont éphémères. Joan Shelley a capturé l’essence pure de cette indulgence douce-amère dans Like the River Loves the Sea. L’apocalypse se profile au-dessus de sa tranche d’Eden, rendant le paradis d’autant plus paisible.

Le dernier album de Shelley était surtout des duos de guitares entre elle et son collègue maestro de Louisville, Nathan Salsburg. Elle a trébuché sur la romance, alternant entre confiance et lâcheté. Like the River Loves the Sea est plus expansif, mais dans un sens pastoral et douillet. On dirait qu’il a été enregistré en direct dans son salon, des amis venant discuter et jouer. Ce qui est incroyable, car Shelley et sa troupe de Louisville ont enregistré à Reykjavik. Mais le sentiment de « fait maison » est absolu, comme si une courtepointe était enroulée autour des sons. Les arrangements des cordes sont délicats, subtils. Ils n’évoluent jamais vers le balayage complet de Disney, se contentant d’accentuer de légers moments, et ils en sont d’autant plus glorieux. Il n’éclate jamais, ne se déchire jamais, il s’épanouit simplement.

Mais son choix de travailler à Reykjavik arrive à un moment horrible et parfait pour accentuer Like a River. L’Islande a récemment érigé un mémorial pour le premier glacier que leur pays a perdu à cause de la crise climatique. L’éloge funèbre d’Okjökull se lit comme un monument destiné à reconnaître que nous savons ce qui se passe et que nous savons ce qui doit être fait. Le calme doit toujours être accompagné d’une tempête, car ce sont les éléments que Shelley invoque. Dans son dernier album, elle réfléchissait à ce qu’elle ferait si, selon ses termes, ces orages n’arrivaient jamais. Désormais, elle voit les coups de tonnerre arriver, et tente de s’accrocher au monde tel qu’elle le vit maintenant, avant que les inondations ne commencent. Comme si la rivière contenait un puits profond, non pas de la nostalgie tranquille, mais de ce qui sera bientôt disparu. Elle ne se vautre pas, mais la mélancolie est impossible à distancer. Elle mentionne de façon désinvolte, le moment où elle s’effondre comme une vue passagère de la réalité. Bien qu’extérieurement plus détendue que sur son dernier album, la tourmente n’a pas migré. L’angoisse est juste sur les bords, elle s’agite dans les moindres recoins.

Le souffle montant des cordes sur « The Fading » coule derrière la sayonara de Shelley vers le monde. Il est doux, ainsi, d’avoir cinq ans de retard, de cotempler la mer se lever et de rester avec ses chers amis « en buvant du vin » » Comme le reste de l’album, la musique semble en apesanteur, mais cette évasion vient d’une croyance inébranlable que sa patrie idyllique sera emportée. Même lorsqu’elle se concentre sur les détours romantiques, la peur du monde s’insinue. Le rythme rebondissant de «  Stay All Night » est un jeu lascif, mais il sous-tend l’écrasante recherche de réconfort de Like the River. Que ce soit dans les bras d’un amant, sous l’emprise du vin ou sur un feu de camp en chantant, Shelley et ses amis cherchent à s’envoler.

Ce n’est pas tant un espoir ou une force traditionnelle qui se prête à l’album. Il y a une acceptation, et Shelley y trouve quelque chose à aimer.(« Tu étais le plus fort que je connaissais/ Maintenant, je me couche sur le sol que j’ai choisi. ») Elle semble admettre une sorte de défaite, mais dans ce cocon céleste de chansons, celle-ci mène plutôt à des visions de repos, un bref rêve pour guérir. Quand elle chante avec force que son amour n’est pas fini, c’est peut-être un amant, mais c’est aussi pour ses amis, son monde, un avenir pour lequel elle va se battre. Bien sûr, un havre n’est qu’un havre en comparaison. Et il y a constamment des taches de ténèbres qui s’infiltrent dans ce paradis. C’est ce qui rend magnifique. Et ce qui rend le combat pour garder l’Eden encore plus glorieux et, si l‘apocalypse se profile au-dessus de la tranche d’Eden de Shelley, elle rend le paradis autrement plus paisible.

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Duster: « Duster »

22 décembre 2019

Légendes « slowcore » de San Jose, Duster, reviennent au bercail avec leur nouvel album éponyme, le premier du groupe depuis près de deux décennies.

Bien que cela fasse 19 ans que Duster a sorti son deuxième et dernier album, Contemporary Movement, à bien des égards, on a l’impression que la musique n’a jamais cessé. Les membres, les multi-instrumentistes Clay Parton et Canaan Dove Amber, et le batteur Jason Albertini, sont restés en contact au fil des ans et ont continué à travailler ensemble à différents titres. Albertini a formé Helvetia après la dissolution de Duster, où il a fréquemment collaboré avec Amber. Leurs six premiers albums sont sortis sur le label The Static Cult de Parton. C’était un groupe très soudé.

Plus tard, Albertini a été le bassiste de Built to Spill, un autre groupe de rock des années 90, où il a rempli la section rythmique avec Steve Gere après le départ de Brett Nelson et Scott Plouf. Quand leur temps dans Built to Spill s’est terminé, Gere a rejoint Duster en tant que batteur de tournée pour leurs dates de réunion tandis qu’Albertini a pris en charge la basse.

Lorsque le groupe a annoncé qu’il allait enregistrer un peu sur instagram en 2018, les fans ont été enchantés par les photos de leur équipement vintage. Duster était de retour et leur charme organique et lofi était sans compromis. Cependant, dans une interview, Parton a averti les fans que la sortie prochaine du groupe pourrait ne pas plaire à tout le monde.

« Nous sommes très conscients que beaucoup de gens qui n’aiment que Stratosphere ne sont pas intéressés par ce que nous avons à offrir maintenant « , a-t-il dit. « Ces gens devraient revenir dans une vingtaine d’années, peut-être qu’ils seront prêts pour 2019 en 2040 quand on sera tous morts. »

Il est vrai que le nouvel album éponyme de Duster n’a pas l’énergie unique de leur premier LP Stratosphere, ni la réputation lourde et mythique de leur production classique, sauvée de deux décennies d’obscurité dans les magasins de disques. Mais l’album éponyme de Duster trouve sans peine sa place dans la discographie désormais légendaire du groupe.

Enregistré en direct dans le garage de Patron, l’album sonne presque comme s’il s’agissait d’une capsule temporelle sauvée de 2001. Il a certainement toutes les caractéristiques d’un album classique de Duster – le chant est bas dans le mix, chaque note de basse est tonitruante et délibérée, les chansons sont toujours ouvertes et vagues même quand elles sont directes, et une épaisse couche de fuzz imprègne l’album. En fait, on peut pariers que Duster ait jamais été aussi flou.

Le fuzz atteint son apogée pendant les morceaux « Damaged » et « Go Back ». Entre les deux, il y a le magnifique et brumeux « Letting Go », un des deux titres que le groupe a partagé avant sa sortie. Les autres points forts de l’album sont le sombre et entraînant « Ghost World », le chaleureux et délicat « Hoya Paranoia » et le spacieux « Copernicus Crater ».

Ne vous y trompez pas, il y a une croissance marquée dans ces 12 pistes au-delà du fuzz. Duster est le disque le plus ambitieux du groupe sur le plan sonore à ce jour et ils ont appris plus que quelques trucs en leur temps à part.

Parton a récemment qualifié le groupe de comme pratiquant de la musique expérimentale dépressive, ce qui est probablement une description plus précise du groupe à ce stade que l’étiquette de « slowcore « . Duster ont finalement trouvé leur public en 2019, et leur album éponyme montre que le groupe a encore beaucoup de ressources dans sa besace.

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Akira Kosemura: « Diary 2016-2019 »

21 décembre 2019

Depuis le dernier album d’Akira Kosemura, deux EP ont été livrés, en format digital uniquement, mais pas de sortie physique, occupé qu’il était à composer des musiques de film, téléfilm ou série. Avec quatre propositions de cet ordre, inédites sur support discographique, il était possible au Japonais de les regrouper sur une compilation venant utilement montrer la diversité de son savoir-faire. De fait, comme on pouvait s’y attendre, le piano du Japonais n’opère pas seul (on relèvera cependant l’émouvant « Joy (2017 Alt Version) »), étant régulièrement rejoint par des cordes (violon, alto, violoncelle) ou par la clarinette de Keiko Shinozuka. Naturellement aussi, l’aspect « musique de film » se retrouve dans la structure même du disque, avec seulement quatre titres sur dix-sept qui dépassent les quatre minutes, accentuant la dimension « vignette » des pistes proposées et entraînant la nécessité d’être assez rapidement touchante, pour ne pas dire efficace.

Si la combinaison d’instruments avenants (piano et cordes) peut un peu lasser, la présence d’un titre entièrement percussif vient bousculer cette ordonnancement prévisible (« But You’re Mad », morceau conclusif du film Mais vous êtes fous, ce long-métrage avec Céline Sallette et Pio Marmai dans lequel ce dernier s’avérait toxicomane, à l’insu de toute sa famille). Plus loin, ce sont les rythmiques électroniques qui habillent délicatement « A Song From The Past », permettant au synthé un peu trop ouaté de Kosemura d’éviter l’écueil émollient, ou bien la voix de Devendra Banhart qui intervient sur « Someday ».

Pour qui veut sortir du schéma piano-cordes, c’est donc à peu près tout (et c’est donc fort peu) ; pour celui qui n’est pas lassé de cette formule et souhaite passer une belle heure, cette compilation est tout à fait recommandable.

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Jaz Coleman: « Magna Invocatio »

21 décembre 2019

Le patronyme Jaz Coleman est si réputé qu’il est difficile de ne pas entendre résonner le nom de son groupe, Killing Joke, en se lançant dans l’écoute et l’analyse de cet opus. D’ailleurs, si le maestro s’est adjoint les services de l’orchestre philharmonique de Saint-Pétersbourg, c’est pour revisiter des titres de Killing Joke. Comme c’est écrit dans le sous-titre, on fonce tête baissée dans ce piège.
L’écoute du disque se fait sous l’influence de cette problématique : l’année de ses quarante ans, Killing Joke est-il fait pour ce toilettage ? À quoi conduit cette transposition messianique ? Jaz, compositeur par ailleurs, trouverait-il que la musique produite au sein de KJ rate quelque chose ? Entendre ce disque quelques jours avant Noël influe-t-il sur sa réception ?
;Rappelons pour les étourdis que Jaz Coleman a depuis longtemps une vie musicale en dehors de son groupe post-punk, new wave, metal-indus de première heure. C’est lui qui a signé la B.O. du dessin animé
Mulan des studios Disney. Il a également rendu hommage aux Doors, à Pink Floyd et à Led Zeppelin avec des orchestres ; il est également compositeur résident de l’orchestre symphonique de Prague. Ses différents engagements musicaux extérieurs au monde du rock (citons la culture Maori par exemple) l’ont enfin conduit à recevoir en 2010 le titre de Chevalier des Arts et des Lettres.
Ici, on entend d’autres illustres compositeurs ; ainsi on songe aux jumeaux Humberstone d’In The Nursery (les albums
Köda et L’Esprit) pendant « Absolute Descent of Light » et « Into the Unknown » ; « Raven King » rivalise avec la B.O. du Seigneur des Anneaux composée par Howard Shore ; « Intravenous » lorgne du côté de Vivaldi et ses très bons chœurs sont un point fort du disque. « Adorations » évoque en moins bien l’univers sonore de Joe Hisaishi pour Miyazaki.

On le constate vite : Jaz n’est pas du tout dans l’option habituelle de l’accompagnement symphonique de ses titres (comme l’avait fait Satyricon avec « Mother North » en compagnie du Chœur de l’Opéra national de Norvège ou encore Steve Strange vivifiant les titres de son Visage avec le Synthosymphonic Orchestra d’Armin Effenberger sur Orchestral). On a droit à des nouvelles compositions inspirées des anciennes, des instrumentaux au sens où même les chœurs sont traités comme des instruments. Très souvent, on perd le fil des originaux, mais c’est pour atterrir de longues minutes plus tard avec des mesures finales bien convenues.


Disons-le, Killing Joke, sauf exceptions (l’album de 1985,
Night Time et Brighter Than A Thousand Suns en 1986), n’est pas un groupe dont les mélodies font rêver. Killing Joke, c’est une tension, un rythme, des cris prophétiques et des harmoniques. Il en résulte que les titres réussis sur Magna Invocation sont ceux qui incluaient des parties symphoniques dans leur ADN originel, comme « Invocation », justement. Ce titre perd ici en dureté ce qu’il gagne en emphase avec notamment ce jeu masculin-féminin dans les voix. « Euphoria » bascule aussi vers un ailleurs qui tient la route dans le cadre donné. Mais, à côté de ces moments de quasi-grâce, on a du mièvre avec « You’ll never get to me ». Cette bande-son ne réveille pas d’images, ne crée pas une unité d’ensemble avec des échos et des retours. Pire, durant cette heure et demie, rares sont les images générées qui soient surprenantes et l’on songe même parfois à une vieille orchestration digne de Gone with the Wind… Ce n’est pas neuf, ni vraiment étonnant. « In Cythera » »sonne creux, l’aspect répétitif de « Big Buzz » ne ravive pas la transe initiale. Alors, à quoi bon ? Killing Joke avait-il besoin de ces relectures ?
L’objectif principal était, avec
Magna Invocatio, de donner corps à la Thelema qui guide depuis de nombreuses années Jaz Coleman. Sa carrière a été rythmée par des temps de révélation successifs, l’amenant à construire sa propre doctrine de vie, en s’intéressant à divers textes sacrés pour y puiser un sens. Pourtant, cette direction ne transparait que dans des tournures classiques plutôt pompeuses.
Avec sa voix, Jaz Coleman, dans Killing Joke, se fait le chef d’orchestre d’une messe païenne. Ici, se faisant chef d’orchestre, il laissera sans voix une partie de ses adeptes.

***1/2


Tōth: « Practice Magic And Seek Professional Help When Necessary »

21 décembre 2019

Cela fait trois ans qu’Alex Toth s’est fait remarquer avec son premier album qui lui a valu une renommée relative loin d’être usurpée. Et c’est dire que le musicien de Brooklyn se faisait attendre car voici venir l’arrivée de son successeur nommé Practice Magic And Seek Professional Help When Necessary.

Ici, Tōth reprend là où il s’est arrêté trois ans plus tôt avec ces compositions célestes nous mettant la baume au cœur. Avec sa voix délicieusement et hautement perchées et ses influences musicales oniriques à mi-chemin entre dream-pop, indie folk et pop de chambre, ce second disque avec un titre à rallonge nous invite à relâcher la pression comme bon nous semble notamment avec « Down For The Count » qui ouvre les hostilités avec pétulance.

Ce ne sera qu’undébut car à travers des compositions comme « Song To Make You Fall In Love With Me », « Copilot » et « Picture Of You », c’est la beauté qui se dégage à l’écoute. Imaginez si Bon Iver et Grizzly Bear des débuts se rencontraient, il en ressortira des monuments riches en émotions avec « Family Business », « Guns To Fly » ou bien encore « Sentientiment ». Practice Magic and Seek Professional Help When Necessary est un disque qui nous invite à répondre à l’adversité et aux aléas de la vie avec zen attitude et en ce sens, Tōth a plus que réussi son pari.

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Maps: « Colours. Reflect. Time. Loss. »

21 décembre 2019

Maps a beau se faire rare sur la scène musicale mais cela n’empêche pas de marquer son empreinte à chaque fois. Le musicien britannique James Chapman avait laissé son auditoire avec son dernier album en date de 2013. Six ans plus tard, le voici enfin de nouveau présent avec Colours. Reflect. Time. Loss.

Au programme de ce nouvel album, de l’introspection et de l’émotion à l’état pur. Maps emprunte un virage musical des plus fascinants comme à son habitude. En recrutant un orchestre pour façonner au mieux les arrangements de cordes et de cuivres comme sur l’introduction nommée « Surveil » mais encore sur « Howl Around » et sur « Wildfire », Colours. Reflect. Time. Loss. ira renouer avec les influences dignes de Pet Sounds remises au goût du jour.

Le musicien britannique recolle les morceaux de son passé riche en péripéties en tous genres avec « Just Reflecting » et « The Plans We Made » et au fur et à mesure, on part à notre tour dans une quête afin de trouver une paix intérieure. Entouré d’arrangements somptueux et de chœurs féminins, Maps n’hésite pas à faire intervenir une guitare de temps à autre notamment sur la conclusion intitulée « You Exist In Everything » afin d’ajouter plus d’envergure. En soi, Colours. Reflect. Time. Loss. est un joli petit disque où les sonorités des années 1960 sont mises en avant afin de faire table rase du passé comme il se doit.

***1/2


Cabana Wear: « Cabana Wear »

20 décembre 2019

Elles ne sont plus à la mode depuis un moment, mais ça n’est pas grave ; les guitares électriques hautes en décibels ont eu plus que leur juste part de attention au fil des ans. Néanmoins, même quand elles ne sont pas un élément fondamental de la musique populaire du jour, un fait demeure : le son d’une guitare électrique demeure une chose presque mythique. La preuve est ici apporté sur le premier album éponyme de Cabana Wear, un combo qui joue depuis des années dans des groupes de Philadelphie et du New Jersey (By Surprise, Crucial Dudes, It’s A King Thing). Ils sont tous des amis de longue date, punks dans l’âme, et Cabana Wear est la résultatnte de ce qui s’est produit quand ils se sont regardés, ont réalisé qu’ils vieillissaient et qu’il pourrait peut-être temps, et amusant, de monter un groupe axé sur la musique pop rock qui leur rappelle leur bon vieux temps.

En l’exemple, ces jours-là sont le milieu des années 90, et les groupes auxquels Cabana Wear fait penser sont des ensembles comme Nada Surf, Weezer et Superdrag-acts qui ont fait surface dans le sillage du grunge, des combos qui étaient trop extravertis pour l’indie-rock et trop émollients pour le punk. Ici, le but principal est généralement de coupler une mélodie vocale effervescente avec des guitares qui sonnent comme si elles voulaient et parfois pouvaient, percer un trou dans le flanc d’une montagne à grands renforts de riffs. Ajoutez à cela un rythme propulsif et un solo de guitare grinçant à la J Mascis, et vous obtenez une marque de power-pop particulièrement moderne : moins de glamour, plus d’angoisse.

Sur cette toile de fond, Cabana Wear s’acquitte bien de sa tâche. Sans aucun doute, le groupe a toutes ses pédales baffutées, comme on peut l’entendre sur le premier morceau, « Get Well » un titre de trois minutes de ouceurs dures pour les oreilles et qui fait un usage décomplexé d’une suite d’accords alors que le chanteur/guitariste Brian Mietz chante les manifestations physiques de son mal-être

Il est un thème récurrent sur Cabana Wear, où l’on retrouve les chansons « Scaredy Horse », « Bother You » et « Least Comfortable Me ». Ce dernier titre montre le groupe à son meilleur avec une progression d’accords ascendante alors que Mietz chante son spleen. Sur ces aspects, Cabana Wear rappelle ici un autre géant de la power-pop de Jersey : Les Fontaines de Wayne.

En outre, le groupe n’a jamais peur de s’attarder mélodiquement, un trait qu le différencie soniquement ce qui donne à Cabana Wear et à l’auditeur un sentiment d’étrange satisfaction. Tout au long de l’album, ils s’accrochent régulièrement à un riff et y restent un moment. Mietz, de son côté, tient souvent les notes plus longtemps que ce qu’un chanteur de rock lambda ne le fait rypiquement (les couplets dsur « Always Loose » par exemeple) ou il chantera plusieurs mots sans changer de notes (« St. Napster »). C’est une technique intéressante qui semble aller à l’encontre des conventions du power-pop, où les mélodies vives règnent en maître. En revanche, Cabana Wear incorpore de petits éléments de grésillement et de fuzz dans sa power-pop, et l’effet est unique et séduisant.

IL ne faut pas se méprendre pourtant. Les mélodies de qualité sont légion chez Cabana Wear. Green et Tommy sonnent tous les deux comme un Weezer de l’époque du Blue Album, sur une comptine chantée. Ce sont des éléménts de la plus haute qualité dans la façon dont ils sonnent à l’oreille. Le menaçant « Brewers and Connie’s » présente un refrain sans paroles mortel et c’est un des meilleurs ponts jamais entendus. Le « closer » de l’album « Where I Am »- , le seul titre dépassant les trois minutes offrira un crescendo acharné mais laborieux, style Death Cab, qui se transforme en un tourbillon de roulements de tambour et de bruits percussidd. La dernière minute du morceau sonnera comme un orage de foudre mais apportera une apaisement qui aura l’effet d’une couverture chaude.

Si, à cet égard, Cabana Wear ressemble à un combo impossible et dont la démarche est irréalisable, ce n’est certainement pas le cas. Il s’agit juste de la puissance des guitares électriques en pleine distorsion dans des mains très, très ,très compétentes.

****1/2


Slow Meadow : »Happy Occident »

20 décembre 2019

Niveau musique,  sur ce deuxième album de Happy Meadow, Happy Occident se situe sur une veine néo classique, piano et violoncelle notamment, mais bien plus marquée électronique que son disque précédent, plages de synthé, ambiance calme, quelques bribes de voix mixé au vocodeur.

Ce travail  n’est pas sans rappeler, parfois, le travail de Radiohead sur des album comme Kid A , par exemple. Donc si on se pique d’expérimentation et d’hybridité musicale.

**1/2