Kollaps: « Mechanical Christ »

Mecanical Christ est l’œuvre de Kollaps, projet australien originaire de Melbourne et revendiquant la genèse d’un son noise primitif. Rudimentaire ? Non – mais une abrasion permanente, aux formes aléatoires et oppressives. La concoction se fonde sur l’utilisation de matériaux divers (métal, plastiques), recours superposé à celui de sources plus « usuelles » de la musique amplifiée : batterie, basse, voix.  C’est le deuxième album après Sibling Lovers (2017).
L’aplomb rythmique de Kollaps est l’ossature d’un processus de retour de la société post-moderne sur elle-même, voire contre elle. Le groupe assume une forme de questionnement sociétal et évoque sans vergogne, dans les développements écrits autour du cru 2019,
« l’avilissement de la moralité individuelle » : un postulat à partir duquel chacun puisera en soi ou en son histoire personnelle pour déterminer les causes de ce qu’il constate éventuellement au jour le jour. En ce qui nous concerne : l’incivilité, petite ou grande, partie émergée de l’iceberg de la médiocrité ambiante.

Mais la perte des repères prise au sens général, et notamment celui de l’intérêt général, ciment du vivre ensemble, mine lentement mais sûrement, de tout temps, les fondations du collectif. À ce sujet, chacun voit midi à sa pendule et les angles de Kollaps sont autres que les nôtres. Vengeance, toxicomanie, paranoïa, travail forcé : angles qui parmi d’autres sustentent ce travail de dissonance et de bruitisme. Une forme dégradée, écho du fond.

Le questionnement se matérialise, dans la production sonore de Kollaps, par un propos dont la noirceur et l’aridité rappellent par moments celles d’un Swans des origines. Optique : statique, dure (y compris lorsque la forme se dirige vers la chanson : par exemple le terminal « Love is a War ». L’hypnose ténébreuse engendrée par le son de Kollaps est renforcée par une orientation vocale sur ligne de crête entre scansion et vibration mélodique. La voix, que le traitement auréole – sans excès – d’écho ou de réverbérations, joue un rôle important dans le maintien de la lisibilité de cette musique, et distingue en cela Kollaps de nombre de formations noise, dont l’option pour un traitement extrême des sources peut rendre le fruit totalement hermétique et abstrait.
Là n’est pas le choix pour ce résultat de deux mois passés aux studios
Aviary avec l’assistance de Mike Deslandes, suivis d’une masterisation signée James Plotkin. Mechanical Christ ’est une musique entière, dont on vous ressortira avec le sentiment d’avoir traversé les abysses, à défaut peut-être d’y avoir trouvé toutes réponses.

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