Health&Beauty: « Shame Engine/ Blood Pressure »

Ce pourrait être la BO d’un film ; une musique tendue, atmosphérique et poisseuse qui se déploie sur plus de 10 minutes, une introduction à un « Saturday Night » électrique et instrumental qui vous terrassera jusqu’à ses dernières secondes. Entame idéale pour entrer dans ce nouvel album des Health&Beauty. La santé, le groupe de Brian Sulpizio, seul membre permanent du groupe de Chicago, ne l’a pas perdue puisqu’après une longue tournée, Sulpizio et trois de ses musiciens (batteur, guitariste et bassiste) sont passés par la case studio pour enregistrer cet album soigné et marqué par ce qui ressemble à une prise sur le vif en matière de compositions

Shame Engine/ Blood Pressure donne en effet le sentiment de s’appuyer sur des jams et des improvisations. Les introductions sont longues et mélodiques et débouchent sur des titres aériens et soyeux, mais aussi riches en circonvolutions et en détours. On pense, lorsqu’on écoute Health & Beauty, à Sonic Youth et Helium pour la manière dont les guitares sont abordées, entre rock, folk et free jazz, mais Health&Beauty évolue dans un registre moins expérimental et plus classique. « Yr Wives » est un titre puissant qui mêle des guitares inspirées et ronflantes, et des séquences chantées plus apaisantes. Le groupe atteindra même une forme de classicisme pop sur plusieurs titres, à l’instar de « Rat Shack », mais sans jamais tomber dans la facilité tant il s’emploie à produire des arrangements vocaux ou mélodiques complexes. La musique prend son temps, comme sur les dix minutes de « Clown », évoquant pêle-mêle Songs: Ohia ou certaines séquences de Smog.

Sulpizio explore les textures et les atmosphères avec un sens de la méthode qui peut lasser sur la longueur. Les morceaux émargent tous à plus de cinq minutes et on aurait pu espérer quelque chose de plus radical, de plus concis ou de plus sec. L’intro de « Bottom Leaves » en mode free, nous fera, à cet égard, espérer un déchaînement qui vient effectivement enflammer le morceau avec à propos. La variation sur le standard pop « Autumn Leaves » est habile et intelligente et la musique de Health&Beauty entretient, à cette exception, près un certain (ré)confort comme sur le cuivré et jazzy « Judy » ou le doucereux et pastoral, « Escaping Error. » Le rock mature de « Recourse » et la beauté embarrassante de « Love Can Be Kind » renforceront ainsi ce sentiment qu’on fait face à un groupe mature et en maîtrise mais qui se repose un peu sur son savoir-faire plutôt que de chercher à évoluer.

Ce Shame Engine / Blood Pressure n’en reste pas moins plus qu’acceptable de par un son élaboré et une texture savante qui raviront les amateurs de rock américain dense et qui se joue la nuit dans les clubs, de jazz ou autres.

***1/2

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