Anthony Phillips: « Strings Of Light »

Anthony Phillips fait figure de référence chez les pionniers du rock progressif et pas seulement en tant que membre fondateur de Genesis. Depuis l’héroïque The Geese And The Ghost (1977) qui a inauguré de façon remarquable sa carrière solo, il a enchaîné les albums sans temps mort ni considérations de mode tout en restant fidèle à la même ligne directrice. La musique vue par Anthony Phillips peut se définir par légèreté, raffinement, ivresse et passion. Une musique qui touche l’âme, jouée par un artiste qui chérit au plus haut point les instruments qui lui donnent vie. Dans son impressionnante collection de titres, beaucoup sont le résultat d’une recherche très poussée de la note ultime qu’il reste encore à trouver. Certains vous diront que les compositions se ressemblent et n’offrent que peu de surprises. Il faut voir qu’ici tout est affaire de subtilité, de ressenti et de volonté d’aboutir à l’essentiel. Il n’est pas rare que les morceaux n’atteignent pas la minute et laissent parfois l’auditeur légèrement frustré voire désorienté. C’est une habitude à prendre en écoutant Anthony Phillips, une autre façon d’appréhender la perception musicale. Sa prolifique série Private Parts & Pieces notamment, est souvent construite à partir d’une succession de petites séquences au clavier ou à la guitare (ou les deux) qu’il faut assembler un peu à la manière d’une bande originale de film.

Le très attendu Strings Of Light débarque sept ans après Seventh Heaven (2012), une séduisante aventure symphonique coécrite avec le compositeur et producteur Andrew Skeet. L’emballage est sobre quoiqu’un peu tristounet (on est loin de la luxuriance de Peter Cross) et le double CD est accompagné d’un DVD pour la version audio en Surround 5.1. Strings Of Light est composé de 24 pièces entièrement dédiées à la guitare acoustique comme le fut le double album Field Day (2005), avec ses presque 1h30 de musique inventive et jamais ennuyeuse.

Sur cet album l’intensité émotionnelle varie souvent en fonction des climats tantôt légers, tantôt fougueux et en fonction des instruments utilisés. Alors, qu’en est-il de String Of Light qui reprend un peu la même recette et nous fait découvrir une belle collection de guitares hors du commun ? Dès les premières notes de « Jour De Fête », on retrouve la faculté d’Anthony à sortir des accords improbables servant à vêtir une délicate mélodie qui ferait la joie de n’importe quelle chanson ou de n’importe quel morceau de rock. Mais bon, il faut accepter la démarche de son auteur qui ne voit dans ses compositions qu’un procédé pour faire sonner (vivre) un instrument (ici une splendide Bell Cittern Paul Hathway) de la plus belle des façons. Dans ce contexte, l’instrument est roi et ne doit céder sa place à personne, même si on adorerait entendre la voix de Peter Gabriel ou de Phil Collins. Il ne faut pas céder à la frustration ou à la nostalgie, cela n’aurait pas de sens et puis Anthony Phillips est maintenant très loin des concepts à l’origine de Trespass ou de Geese And The Ghost. Comme pour les albums de musique classique (pas vraiment convaincants) de Tony Banks, String Of Light va faire ressurgir de lointains échos de la « genèse », et cela suffira à notre bonheur.

L’enregistrement précis de James Collins va fournir toute la clarté nécessaire pour faire sonner chaque guitare de la plus belle des façons. C’est le cas pour la 12 cordes Martin sur le cristallin et dynamique « Diamond Meadows », qu’on peut voir comme une référence lumineuse au titre de l’album. Les familiers d’Anthony Phillips savent qu’il utilise souvent des boucles mélodiques servant de charpente à de délicates variations. Sur ce second morceau, c’est flagrant et sans surprise mais bizarrement, c’est ce que l’on attend de lui. Pas le temps de souffler ni même de s’installer dans un environnement distinct, qu’on change aussitôt de décor avec le classique « Caprice In Three ». C’est sur une David Whiteman Classical qu’Anthony Phillips retrouve la rondeur et la douceur des cordes nylon pour ce titre qui nous renvoie au célèbre « Nocturne » de 1980 (Private Parts & Pieces II – Back To The Pavillon). Trois premiers morceaux, trois écritures qui résument assez bien l’approche du travail en solo de la guitare acoustique. Un début sans coup de théâtre qui va charmer à coup sûr les fans et peut-être donner aux autres l’envie d’aller plus loin. Il faut dire que la route est encore longue et qu’il convient de passer du temps avec cet album pour vraiment l’apprécier. La meilleure publicité serait de le présenter comme une lecture très poussée des nombreuses techniques possibles à la guitare. Cet instrument très populaire est ici glorifié et sorti des sentiers battus. Anthony nous exhibe une collection absolument dingue d’instruments qui vont prendre vie (et de quelle façon) sous ses doigts. Si vous êtes comme moi, un fervent admirateur de l’objet sous toutes ses déclinaisons, alors Strings Of Light peut vous séduire que vous connaissiez Anthony Phillips ou non.

Un double album et vingt quatre morceaux qui méritent notre attention mais qu’il serait éprouvant de détailler ici. La longue promenade que je découvre va malgré tout laisser des traces plus marquées que d’autres avant que le temps ne change parfois les premières impressions. Sur le premier CD, ce sont les intenses et ébouriffants « Winter Lights » et « Skies Crying » qui semblent sortir du lot, de par leur technicité et leur charge émotionnelle. Le premier joué sur une Larrivée et le second sur une Veillette Gryphon, deux très belles guitares 12 cordes de prestige qui mettent en valeur la virtuosité d’Anthony. Il y a aussi le très beau « Still Rain » à l’atmosphère contemplative et languissante qui s’ouvre à la manière des Gymnopédies d’Erik Satie. Et pourquoi ne pas retenir cet amusant et sautillant « Mouse Trip » qui vient proposer un bref instant récréatif bienvenu. Sur le deuxième CD, je relèverais « Andrean Explorer » et son approche progressive qui nous fait entrevoir les délicats arpèges d’« Entangled » de Genesis, puis « Sunset Riverbank », qui va réussir à nous fasciner avec son joli travail sur deux guitares (une Brook Tavy et une Fender Stratocaster). A coup sûr un des morceaux les plus accrocheur et les plus réussi de l’album. Je finirais en beauté avec « Life Story », un titre à l’écriture originale, légèrement orientale et joué admirablement sur une Francisco Simplicio Classical. Cette sélection est tout à fait personnelle et n’exprime aucune vérité. Il s’agit seulement d’un premier contact, positif certes, mais qui n’a certainement pas tout dévoilé. Strings Of Light fait partie de ces albums qui demandent bien sûr plusieurs rendez-vous pour bien faire connaissance.

****1/2

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