Jack Peñate: « After You »

27 novembre 2019

Promis à un bel avenir lors de ses débuts en 2005, Jack Peñate s’était fait une place de choix au sein de la scène britannique suite aux sorties successives de deux premiers albums acclamés par la critique en 2007 et 2009. Des débuts suivis par un unique titre inédit en 2012, « No One Lied », avant que le jeune anglais ne disparaisse purement et simplement des radars durant près de sept années avant d’annoncer son retour au mois d’août dernier avec le « single » « Prayer ».
Désormais âgé de trente-cinq ans, c’est après avoir longtemps tâtonné, construit son studio et cherché sa voie qu’il revien tavec After You, un disque éclectique et apaisé sur lequel prédominent ses influences soul. Accompagné à la production par pas moins de trois collaborateurs (Paul Epworth, Inflo et Alex Epton), Jack Peñate poursuit sur ce troisième album ses explorations sonores, n’hésitant pas à se distancer du son de ses débuts pour faire la part-belle aux sonorités tant synthétiques qu’organiques.


Les guitares laissent ainsi encore un peu plus la place au piano et claviers, alors que l’orientation plus dance entrevue sur Everything Is New n’est guère perceptible, exception faite du très groovy  « Murder » . Une évolution perceptible dès les premiers titres du disque sur lesquels Jack Peñate mise sur une introspection certaine accompagnée principalement du piano et la guitare acoustique, accompagné de choeurs féminins, avant que le tempo ne monte avec « Round And Round » et ses sonorités orientales.
Si « Murder » fait indéniablement office de point culminant du disque, le touchant « Gemini », adaptation sur fond de piano d’un poème écrit par son grand-père et lu par son père, constitue lui aussi une réussite. Certes, la seconde moitié de l’album peut paraître moins prenante, notamment de par les présences des dispensables « Let Me Believe » et « GMT », mais la soul cuivrée de « Ancient Soul » et l’aérien « Swept To The Sky » porté par des nappes de synthé et le chant de l’artiste offrent une conclusion de choix à cet After You.
Avec ce troisième album, Jack Peñate poursuit son oeuvre là où il l’avait laissée de trop nombreuses années plus tôt. Ne reniant en rien néanmoins avant tout débordant de sincérité.

***1/2


Jaakko Eino Kalevi: « Dissolution »

27 novembre 2019

Jaakko Eino Kalevi est un musicien finlandais qui présente sur, Dissolution, ses sept titres nouveaux et imaginatifs, plutôt loin de la dislocation qu’annonce le titre de son opusCelui-ci est un eldorado dansant baigné de lumière, de bon augure en cette saison glaciale. Presque pointilliste, « Out Of Touch » monte en puissance comme il faut, agrégeant petit à petit toutes les bizarreries sonores du disque. Comme sur « Uutiset », ritournelle rétrofuturiste où les ondes captent, au gré d’un rayonnement électrokitsch, les bribes d’un chant exotique.

L’intervention de la chanteuse taïwanaise Yu-Ching Huang apportera un tonus irrésistible, robotique sur « The Source Of Absolute Knowledge », binaire et frénétique sur « The Search », la danse se fait aussi popapocalyptique comme sur « I Am Looking Forward » qui rappelle parfois dans ses refrains John Maus.

Jaako Eino Kalevi dévoile,ainsi, à chaque morceau, une pop chatoyante. Dissolution est rythmé et doux, gentiment exploratoire mais jamais désagrégé, éveillant l’intérêt et stimulant l’appétit.

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Mister Goblin: « Is Path Warm ? »

27 novembre 2019

Sam Woodring, Two Inch Astraunots, s’émancipe avec son nouveau projet Mister Goblin. Après avoir publié un premier EP en décembre dernier, le musicien de Silver Spring présente son premier album nommé Is Path Warm ?.

Mister Goblin ne s’éloigne pas de ses origines musicales mais arrive à trouver un compromis sur ces huit morceaux. A mi-chemin entre indie folk et emo, Sam Woodring nous sert des ballades acoustiques telles que « Between You and Me » et « The Forgettery » mais aussi des morceaux pop-punk électriques comme « No Crime Here » et « SYML ».

Avec comme principales thèmes sa crise existentielle et sa santé mentale, le musicien américain réussit tout de même à convaincre avec sa plume touchante et vraie que nature. Sur Is Path Warm?, il cicatrise ses douleurs les plus profondes que ce soit sur « Health Class Teacher » en guise d’introduction mais aussi sur « Calendar Dogs » qui compte également la participation de Sadie Dupuis aux choeurs. Mister Goblin a réussi à se réinventer après l’aventure Two Inch Astronaut et à concilier les influences lorgnant aussi bien du regretté Elliott Smith que Fall Out Boys ou Jimmy Eat World.

***1/2


Skemer : »Benevolence »

27 novembre 2019

Le premier album de Skemer aurait pu être une victime du phénomène vite écouté, vite oublié. En effet et, a priori ,la musique proposée par ce nouveau duo belge dans le milieu darkwave n’a rien de révolutionnaire. La voix de Kim Peers, sans être désagréable, n’est pas particulièrement marquante au premier abord. Mais ses nuances se révèlent au fil des écotes, capables d’alterner entre les intonations graves à la Jenny Beth (« Shout or Cry » », »la voix parlée proche de Marie Davidson (« Best ») ou encore le murmure comme sur « Hearbreak ».

Musicalement aussi, la première écoute de ce disque ne convainc pas complètement. Pourtant ce sont les détails qui font la richesse de Benevolence. On peut parler de la beauté des synthés à la fin de « Rhoeas » ou encore du beat lancinant sur « Best ». Mais e sera souvent la guitare de Mathieu Vandekerchove qui fera toute la différence, quand elle se déploie tout au long de « Call Me », venant donner toute sa coloration au morceau, ou bien le solo magique sur « Hearbreak », l’un des meilleurs morceaux de l’album avec « Sunseeker », le premier « single ».


Au final, Benevolence se révèle être un premier album prometteur pour peu qu’on lui laisse le temps de faire ses preuves. Kim Peers et Mathieu Vandekerchove démontrent de sérieux atouts pour se faire une place de choix dans la mouvance darkwave actuelle, surtout sur les titres qui laissent une place à la guitare. Un bon premier essai qui mérite une (ou plusieurs) écoute(s) attentive(s).

***1/2


Greg Foat & James Thorpe: « Photosynthesis »

27 novembre 2019

Greg Foat et son ami James Thorpe  se sont enfermés dans un studio de l’Île de Wight pour donner vie à cet album aux couleurs jazz 70’s.

C’est un disque à la tonalité soft jazz 70’s, qui pourrait aussi évoquer par moment du Stereolab ou du Broadcast ralenti. Un disque très tranquille, qui sent bon l’improvisation et qui constitue la troisième réalisation du musicien écossais pour cette année 2019… en attendant un 4e album, The Dreaming Jewels , devant paraître prochainement.

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Pup: « Morbid Stuff »

26 novembre 2019

Ce troisième opus des Canadiens de Pup représente tout ce que l’on peut affectionner dans la musique :, faire vibrer, chanter, danser et plus si affinités. Une musique entraînante, résolument rock aux relents punks saupoudrée de noise et de hardcore, juste ce qu’il faut pour faire pencher la balance et passer d’un disque réussi à un album indispensable d’une collection qui se respecte. Comment, en effet, ne pas succomber à la pop délicieuse de Morbid Stuff ? Comment ne pas se réjouir de cette verve alliant à la fois le mélodique et puissant avec un somptueux « Kid » » lancé à toute allure ? Et pourquoi résister au brûlot « Free at last » » aux hypnotiques  « See You at your Funeral » et « City » ou au chaotique et véritable rouleau compresseur qu’est « Full Blown Meltdown » ?

Pup est à l’aise dans tous les styles, que ce soit le rock, la pop, le punk et le hardcore. Avec pour dénominateurs communs des voix atypiques (à la limite de susciter parfois l’agacement), des guitares scintillantes et un basse/batterie monstrueusement en place. Et aussi un style déjà bien à lui, tellement riche et abouti qu’il ferait passer les morceaux plus classiques (et d’une qualité certaine) en second plan (« Scorpions Hills »).
La qualité de ce disque est déconcertante, tant le groupe fait preuve d’une maîtrise totale de la situation et propose des compos quasi parfaites (ils sont Canadiens et pas Angla
is). À noter que les textes ne sont pas des plus réjouissants, le frontman Stefan Babcock combattant encore les démons de la dépression, ce qui contraste avec l’entrain et l’énergie positive de l’orchestration. On ne connaît pas les deus premiers disques du combo ; deux bonnes raisons de faire mieux connaissance.

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Buildings: « Negative Sound »

26 novembre 2019

Buildings mise une fois de plus sur la sobriété de son rock frontal, et dépose avec Negative Sound un quatrième album inquiet, et inconfortable, un inconfort nourri d’observations sociétales et de sombres expériences intimes, ici lâchées dans la puissance originelle des amplis avec, en ligne de mire, la volonté de susciter l’angoisse.

Aussi noise qu’abrasif, le trio de Minneapolis s’expose sans faux-semblants, au fil de riffs toujours aussi bien sentis et de sombres déflagrations, sans pour autant s’enliser dans le pessimisme. Musicalement, les dix titres de Negative Sound ne laissent place à aucun hasard, cherchent plutôt l’immédiateté d’une musicalité instinctive.

Les cordes tremblent, on ressent la robustesse du propos dans une énergie distillée aux bons endroits, laissant tour à tour place à des dissonances obstinées et des rythmiques imparables (« A Good Hill To Die On », « Felt Like A Perfume », « Piss Up A Flagpole », « Human Filter »). : ça marche plus que bien tant ça respire le noise rock pur et dur, la frénésie destructrice.

§

On ne manquera pas de souligber la voix rageuse de Brian Lake finissant d’embellir le tout, et ce même lorsque le groupe joue mid-tempo (« Dying Nasa Scentist », « Thumb In The Eye) ».

Buildings n’étant pas né de la dernière tendance, quelques influences de jeunesse refont surface lorsqu’il alourdit ses accords tranchants (« Sit With It », « Bear The Dog », « Certain Women »). Sans singer pour autant, ces relents nineties n’ont rien de ces pétards mouillés que l’on tente en vain de rallumer, mais s’exposent de façon honnête et légitime jusqu’à permettre au groupe d’asseoir, au passage, son identité unique.

Voilà un disque à la production parfaitement équilibrée, où derrière l’apparente facilité se cache tout un panel de subtilités à découvrir. Selon les états du moment, il devient un jeu de pistes qui, au fil des écoutes, révèle nos dualités intérieures. Il ne reste donc plus qu’à explorer ses propres pôles, et voir de quel notre inclinaison penche le plus.

***1/2


Turnover: « Altogether »

26 novembre 2019

Le premier morceau du nouvel album deTurnover, « Still In Motion », fait penser penser à un croisement entre Peripheral Vision et Good Nature, deux superbes albums et deux ambiances complètement opposées, l’uen automnale, l’autre bien plus ensoleillé.Cette intro ne peut que plaire. Pourtant, les morceaux présentés en amont de la sortie de Altogether laissait présager d’un album encore plus apaisé, chill, et beaucoup moins évident au niveau de l’immédiateté des morceaux.

Malheureusement, c’est bien là que le bât blesse car c’est finalement le seul titre de l’album qui permet à l’auditeur de se raccrocher au passé deu groupe. Ce n’est pas grave, peut-on se dire. Le combo n’est-il pas, à l’image du titre de ce nouvel opus, en constante évolution ?

Si « Much After Feeling » »(avec son groove et sa basse bondissante), « Parties » (et ses guitares lancinantes) ou encore « Number On The Gate » (avec son refrain) arrivent à nous faire un peu dodeliner de la tête, on arrive très vite à lassitude voire ennui. On sent quee groupe na peut ou ne veut pas se concentrer, au final, sur un son et qu’il s’évertue à chercher ailleurs ce qui n’y est pas.

Ainsi, « Ceramic Sky » et son saxophone fleurera les années 80 et Turnover ne fera que ralentir le tempo avec des morceaux comme « Valley Moon » ou encore l’insipde « Temporary Love »,. Les chansons ne sont même pas mauvaises mais il ne s’y passe rien et, passée la moitié de l’album, on s’englue dans des expérimentations jazzy, dansantes, groovy à souhait certes, mais pas d’accroche au niveau des refrains, pas de frissons. Altogether est une franche déception pour un album aussi attendu. Pas bon, pas mauvais non plus, juste dans la moyenne, et pour un groupe ayant sorti trois superbes disques, on va dire que c’est le droit à l’erreur. Altogether est un disque vers lequel on ne revient pas, sauf pour quelques morceaux.

**1/2


Kryshe: « Continuum »

26 novembre 2019

Continuum indique fort justement le titre de ce nouvel album de Kryshe : il s’agit de son second long-format de l’année (après Hauch, publié en janvier) et de son troisième sur le label auquel il est fidèle après avoir un peu papillonné à ses débuts. Musicalement, on retrouve cette qualité d’écriture et ce positionnement savant, entre ambient et avant-jazz, mais avec l’intégration d’une trompette cette fois-ci. Placé en majesté dès le titre d’ouverture, cet instrument donne la coloration d’ensemble du disque : chaleureux et feutré, mais aussi ample et aérien.

Accompagnée d’un clavier tout aussi céleste, la trompette prend une belle place, chargée de la partie mélodique ou bien se trouve suppléée (ou relayée), sur ce point, par la voix de Christian Grothe (le bien nommé « Fragile », « Caravan »). Les incursions électroniques sont à nouveau présentes, venant apporter quelques éléments rythmiques ou de légères perturbations.

Clles-ci peuvent aussi se voir offrir toute la place, dans un morceau qui vire alors à de l’ambient sombre et torturée, parcourue d’oscillations et de pulsations montant en puissance (« Nocturnal »). Sorte de parenthèse au milieu d’un album peu oppressant, ce titre ne dépare toutefois pas au sein des quarante minutes de Continuum puisque, malgré tout, la délicatesse y est de mise, jusque dans les cinquante-trois secondes qui constituent le caudal Reprise, avec son instrument à cordes joué quasiment à nu.

Une nouvelle fois, la variété des approches de Kryshe impressionne, comme la qualité d’ensemble de ses compositions. Pour un artiste qui sort deux disques par an, ce n’est pas si fréquent.

***1/2


Upset: « Upset »

26 novembre 2019

Upset a connu une petite consécration dans le monde du pop-punk underground américain. Le groupe féminin composé d’Ali Koehler, qui a reformé Vivian Girls et ex-Best Coast, mais également de Patty Schemel (Hole, Death Valley Girls) et de Lauren Freeman, n’a plus donné signe de vie depuis leur second album 76 paru en 2015. Les Californiennes comptent remettre ici les pendules à l’heure avec un opus significativement éponyme..

Après être occupés de leurs projets respectifs, Upset (qui est rejointe par une nouvelle membre répondant au nom de Nicole Snyder) effectue un grand retour qui montre qu’il n’a rien perdu de leur fougue d’antan. Ce troisième disque ira puiser vers les belles heures du pop-punk et de l’emo allant de l’introduction nommée « Holy Basil » à « Mullet » en passant par les énergies infectieuses de « No Exit », « Lucky Strikes Out » et de « The World Is Bigger Now ».

Entre les riffs grungy et le chant entraînant d’Ali Koehler ainsi que les rythmiques explosives, Upset sait convaincre son auditoire. Le troisième disque du quatuor californien contenant d’autres tubes potentiels comme « Degenerate » et « Tried & True » remplit le contrat habilement même si l’on attendait à quelque chose de plus surprenant. Uniforme et homogène, Upset qui s’achève sur un « Tony’s On The Pier » plus sobre retrouve l’énergie toujours palpable qui caractérisait ses membres, même si on n’y décèle aucune réelle nouveauté.

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