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Leonard Cohen: « Thanks For The Dance »

Thanks for the Dance est le dernier album studio complet que nous entendrons de Leonard Cohen. Pour ceux d’entre nous qui ont eu un lien quelconque avec cet homme, ce poète, cette icône, ces mots sont difficiles à prononcer. Plus difficile encore est de savoir que ces chansons sont issues des mêmes sessions que son « autre » album final, You Want It Darker (un chef-d’œuvre à tous points de vue).

Thanks for the Dance, dure un peu moins d’une demi-heure et c’est aussi l’album le plus court de Cohen. Trois ans après sa mort, c’est son premier et dernier album posthume. C’est un album de bouclage, de « réglement des comptes de l’âme », de finalisation de son projet. Contrairement à Blackstar de David Bowie, par exemple, ce n’est pas une musique vicieuse, tournée vers l’avenir, qui regarde la mort en face, mais un album d’acceptation, de calme et de paix. Leonard Cohen n’a pas quitté ce monde en guerre, mais il a embrassé la mort comme un vieil ami, deux anges fatigués et usés par la route enfin sur la même route, enfin ensemble. Il a également confié sa musique finale à l’une de ses créations préférées : son fils et héritier, Adam.

Ce dernier avait dirigé toutes les sessions de You Want It Darker et de Thanks for the Dance, et il était tout à fait conscient du fait qu’il allait finir la majeure partie de la musique seul. CE dernier opus à paraître est à cet égard, autant son album que celui de son père – encore plus que celui de son prédécesseur qui l’avait laissé entièrement sous la direction d’Adam une fois les pistes vocales enregistrées. Thanks for the Dance peut être considéré comme le succès d’Adam, la victoire d’Adam, parce que la plupart des morceaux ici ne faisaient clairement que commencer quand il a commencé à terminer le projet.

Parmi les noms inscrits pour aider à finir l’album, il y a (sans ordre particulier) : Beck (harpe et guitare de Jew), Daniel Lanois (guitare et piano, entre autres) et Leslie Feist, Damien Rice et Jennifer Warnes, collaboratrice de longue date de Cohen, tous au chant. Vraisemblablement Adam Cohen lui-même apparaît en tant que « producteur » mais ses contributions musicales ne sont pas claires.

Si l’album ne comporte rien d’aussi puissant que « You Want It Darker », « Treaty »ou « Leaving the Table », chacun des titres a de la gravité, du poids. Adam a entièrement terminé ces chansons, et a donné aux poèmes une puissance appropriée grâce à sa production sympathique. Rien n’a été laissé dans un état squelettique, même si les os étaient nus lorsqu’il a hérité du projet.

Présenter les paroles de Cohen dans cette critique équivaudrait à une hérésie, telle est la qualité de sa plume ; donc les mots resteront un mystère jusqu’à ce que vous les découvriez par vous-même. Il va sans dire qu’il y a le mélange habituel de sexe en sueur, de crainte divine et de résignation réfléchie ; Cohen fait rage contre Jésus et Karl Marx ; il alterne entre des similitudes lourdes et des images puissantes dans ses représentations graphiques du sexe sur « The Night of Santiago » ; sur la chanson titre, il aborde une grossesse non souhaitée, des opportunités manquées et un avenir perdu avec le bonheur pacifique que seul le temps apporte…

La musique ici est tirée du playbook complet (post-80’s) de Cohen. Il y a des washes électroniques doux, des leads de synthés légers, des percussions étouffées, des spoken-word cuirés, des atmosphères noir de charbon et des guitares cendrées. Là où Death Cab pour Zac Rae de Cutie’s Zac Rae, le producteur Michael Chaves et une équipe hétéroclite de musiciens de session compétents ont bijouté You Want it Darker d’une richesse de joyaux sonores, la starkness et la sérénité de Thanks for the Dance signifie que la contribution globale des musiciens est réduite, mais les lacunes sonores sont comblées avec compétence et abondance par la mandoline Avi Avital pour « Moving On » et l’éloge de Javier Mas. Oh, et bien sûr il y a un chœur ou deux (ils apparaissent sur « Puppets »).

C’est la conclusion passionnante d’une carrière incroyable et hors pair, et il se trouve que c’est l’un des plus grands albums posthumes de tous les temps. Maintenant que nous avons toute l’histoire, nous pouvons essayer de comprendre l’immense contribution de Leonard Cohen à la tapisserie de la musique enregistrée au cours de ses 50 ans de carrière.

Au revoir, Leonard, et merci pour la danse.

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29 novembre 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Motionless in White: « Disguise »

À travers Disguise, Motionless in White entre dans le moule des grosses productions, mais garde tout de même une bonne partie de son esprit d’indépendance. 

Ayant eu des invités de marque sur leurs albums précédents, tels que Jonathan Davis et Dani Filth, le groupe a voulu se séparer des influences extérieures pour celui-ci. Disguise est aussi de l’opus qui marque le départ de Devin «Ghost» Sola, remplacé par Justin Morrow (qui était bassiste dans Ice Nine Kills). 

À l’écoute de ce cinquième album on constate que la machine de l’industrie musicale est entrée confortablement dans le groupe,en particuler avec ces titres comme » Brand New Numb ». Très pop, on pourrait la comparer à cette ambiance que l’on trouve également sur lle Rock is Dead de Marylin Manson et dans son intention peu subtile de se hisser dans les palmarès…

Cet album à la production plus que léchée a en outre été co-réalisé par le chanteur du groupe et Drew Fulk, producteur de Los Angeles. Ce dernier a aussi travaillé avec des artistes aussi variés que Lil Peep, Fear Factoey, Yelawolf, Beartooth, Lil Xan et Bad Wolves.

Il est tout de même fascinant de voir l’ascension de Motionless In White, d’autant que le combo s’est quelque peu éloigné de son charme DIY et de son lustre de produit « homemade ». Tout ne sera pas perdu du pour autant, loin de là. L’album se tiendra en effet, grâce à des chansons puissantes comme « Legacy », un hymne de motivation personnelle rappelant « Underdog  » de l’album Infamous (2012). Les superbes « <c0de/> » et « Catharsis » seront, en outre un hommage à ce qui nous rend humains, à travers notre ère numérique parfois difficile et contraignante.

Avec ces chansons unificatrices qui parlent d’expression de soi et d’individualité, Chris Motionless se positionne encore comme ce « rôle model » dans lequel des hordes de fan de metal pourraient se reconnaître puisant à même la source de sa rébellion qui ne semble pas près de se tarir.

« Undead Ahead 2: The Tale of the Midnight Ride », suite de « Undead Ahead » de l’album Creatures, se révèle cinématographique grâce aux effets sonores ambiants. Cette composition, probablement le morceau central de l’album, nous entraîne dans un univers s’approchant de ceux créés par Dany Elfman, compositeur sur beaucoup de films de Tim Burton. On visite donc un endroit à la fois «cartoonesque» et coloré comme l’Halloween, peuplé d’étranges personnages loufoques et « Broadcasting from Beyond the Grave: Death Inc. » sera du même acabit.

L’énergie baissera avec « Holding on to Smoke », une quasi-balade tout de même accrocheuse où on décèle une sorte de crise identitaire du chanteur, exprimant, de manière fort véridique, la très grande tristesse de perdre ses illusions. On restera dans le même ton avec « Another Life, » où Chris Motionless parle d’une relation difficile

Bref, Disguise est un album est très diversifié qui démontre par ailleurs toutes les influences de chaque membre. Il manque toutefois une vraie ballade, quelque chose de réellement déchirant et sensuel à la fois, tout comme on pourra également s’interroger sur le tracklisting, quelque peu hasardeux, de l’opus.

***1/2

29 novembre 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Anne Müller: « Heliopause »

Après des années de collaborations fécondes avec Agnes Obel, Nils Frahm, Ólafur Arnalds et combien d’autres, la violoncelliste allemande Anne Müller fait pour la première fois œuvre seule, et pas seulement en partie : entièrement. Piano, violoncelle, arrangements, tout est d’elle — et même le titre, du nom de la frontière entre le puissant vent solaire et l’espace interstellaire où les tensions doivent supposément se résoudre, est en phase avec ce retranchement soudain.

Heliopause incarne ainsi un voyage qu’on dira initiatique : avec ses glissandos de cordes raides, ses voix humaines comme des apparitions, son contrepoint et ses arpèges venteux, ses variations au violoncelle (robuste « Solo ? Repeat ! ») et son concert d’irradiations, la fracture est évidente. Le monde nouveau où se trouve Anne Müller, bien qu’indéfini, est terriblement présent. On pourra lui trouver une certaine austérité rationnelle, mais ce premier album reste d’une maîtrise absolue et emmène en apesanteur, là où tout reste à réinterpréter, même soi.

***1/2

29 novembre 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire