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10 000 Russos: « Kompromat »

Troisième album des Portugais psycho-kraut 10 000 Russos, Kompromat s’inscrit tout entier dans la continuité de Distress Distress (2017) : les morceaux décrivent des trajectoires toujours concentriques où la guitare abrasive et les boucles industrielles rebondissent contre le caoutchouc transcendantal de la basse. La voix narquoise, noyée dans la masse, est robotique. Le beat l’est aussi (la batterie sonne de plus en plus comme une boîte à rythmes).
Et puis ça dure. Un peu plus de dix minutes pour l’introductif (et très hypnotique)« 
It Grows Under» , un peu moins pour les suivants (bloqués autour des sept minutes). C’est extrêmement répétitif, c’est complètement jusqu’au-boutiste. Une idée par morceau malaxée jusqu’à son épuisement. L’ossature reste inflexible quand les bruits divers qui l’habillent mutent, eux, en permanence. Du coup, on reste coincé dans la musique, brinquebalant et zigzagant contre ses murs capitonnés. Quand elle s’arrête, tout s’évapore et quand elle reprend, on redevient instantanément prisonnier de ses méandres.
On n’en retient pas grand chose de prime abord si ce n’est son côté très immersif et bizarrement spectral alors que le paysage est majoritairement hirsute et plombé. Ce qu’on retient aussi, c’est le groove singulier qui tapisse chaque morceau. Un groove rigide et mécanique mais très communicatif. Dès qu’il percute les neurones, le corps se sent obligé de bouger. Bien plus que ses deux aînés,
Kompromat exsude une vibration dansante et on a parfois l’impression de se retrouver sous une boule à facettes disco et dégénérée quand tout autour, c’est la guerre. On danse donc, mais les mouvements sont désordonnés, pour soi et on demeure sur le qui-vive sans vraiment se laisser aller car le propos reste sombre et concerné.

Et la vision de 10 000 Russos est loin d’être guillerette : rien de positif, Kompromat (du nom de ces dossiers compromettants utilisés à des fins politiques) agit comme une intraveineuse plantée dans un flux dans lequel on n’est jamais tranquille à son écoute.


L’énorme « 
It Grows Under » d’ouverture plante le décor. Oui, ça groove, oui, c’est séduisant mais il y a un je-ne-sais-quoi là-derrière qui crée une réelle tension. La boucle est certes hypnotique mais n’en demeure pas moins inquiète. Le psychédélisme du trio reste sombre et laboure un terreau d’idées noires, glauques, qui ne rassurent pas. « Runnin’ Escapin’ »’est légèrement moins rond. La guitare est plus abrasive et le kaléidoscope motorik s’enferme encore un peu plus en lui-même si bien qu’après deux morceaux, c’est mort : on sait qu’on ira jusqu’au bout du disque.
Le reste n’est que la déclinaison du début : une voix légèrement plus heurtée sur l’insurrectionnel « 
The People », une batterie qui ressemble un peu plus à une batterie sur « Quite A Charade » et une vibration orientale sur l’ultime « The Wheel » : peu ou prou la même formule déclinée sur tous les morceaux, les variations reléguées à la marge (mais bel et bien présentes). On avait prévenu : 10 000 Russos est jusqu’au-boutiste.
Et puis, peu importe puisque l’ensemble happe complètement. Reprenant à son compte un peu de
Neu ! en le grimant d’huile de vidange, réactualisant de loin Suicide via le souffle moribond qu’il inocule à ses morceaux, 10 000 Russos demeure ce drôle de truc tout à la fois dense et indéterminé. On le croit inoffensif et toute sa densité saute au visage, on démêle ses strates et c’est sa simplicité qui remonte à la surface, on l’envisage comme papier peint sonore et on se rend compte qu’on n’arrête pas de l’écouter.

Rien à faire, Kompromat se dérobe sans cesse et c’est peut-être pour ça que l’on revient régulièrement se perdre dans les motifs enchevêtrés de sa classieuse pochette pourvoyeuse d’hypnoses.

***1/2

17 novembre 2019 - Posted by | Chroniques du Coeur |

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