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A Winged Victory for the Sullen: « The Undivided Five »

A Winged Victory for the Sullen, à savoir Dustin O’Halloran et Adam Wiltzie, a occupé une place de choix sur la scène contemporaine du crossover classique et ambiant de la dernière décennie. Plus orientés vers le second que vers le premier, le duo s’est néanmoins rapidement imposé faisant partie de ces artisans réfléchis d’une musique orchestrale et électronique élégante, utilisant suffisamment d’espace et une direction douce pour donner forme à leurs groupes de sons chauds et leurs compositions minimales. The Undivided Five, leur premier album studio en cinq ans et leur première sortie depuis leur partition pour God’s Own Country en 2017, trouve ici le duo inspiré par l’œuvre de Claude Debussy. Ce n’est guère surprenant ; Debussy est reconnu depuis longtemps comme le précurseur classique de la musique d’ambiance, ses compositions soignées s’opposant à la nature tranquille d’une grande partie de son travail. Pourtant, si O’Halloran et Wiltzie sont des experts en la matière, ils le font avec leur propre œil pour la création d’une musique malléable, bien que dense.

Le tandem lève immédiatement son chapeau au compositeur français avec l’ouverture » »Our Lord Debussy », qui passe progressivement d’un simple motif de piano à un poème aux sonorités de plus en plus pleines. Les cordes entrent en boucle lorsque les synthés évoquent le son du lever du soleil par une froide journée d’hiver, toute la lumière d’un blanc pur sur des brumes de brume. Au cours des 10 minutes de la piste, ces éléments se déplacent lentement les uns autour des autres, les synthés plongeant profondément dans le territoire Reznor/Ross de ronflements bas, pour ensuite s’aplatir à la lumière du soleil. Même le côté plus clair de l’ambient tend aujourd’hui à s’assombrir, et la cohérence avec laquelle O’Halloran et Wiltzie ramènent la composition à ses brillants débuts rend le morceau heureux, en particulier dans son outro orchestral.

Ailleurs, l’album traverse certains des différents genres que ce style a imprégnés au cours des dernières décennies. Le violon funèbre de « The Slow Descent Has Begun », soutenu par des synthétiseurs de bon goût, aurait pu être tiré d’un Godspeed You ! Black Emperor, tandis que le titre amusant « Aqualung, Motherfucke » » sonne comme un écheveau cosmqiue de la variété Klaus Schulze/Popol Vuh, inversant les attentes en utilisant les cordes comme un gémissement, élément de base pour les explorations volantes des impulsions éthérées et futuo-primitives des synthés. Le lien Debussy est réaffirmé par le bref interlude au piano « The Haunted Victorian Pencil », qui relie habilement les points de référence les plus modernes à la source d’inspiration de l’album et rappelle que les tendances modernes ont des racines profondes.

Pourtant, même lorsqu’on sépare The Undivided Five de son réseau complexe d’ambiances accordées du boout des lèvres, l’album se présente comme un exemple exemplaire de crossover ambient contemporain. « Sullen Sonata » surgit d’un hurlement de synthétiseurs distants pour devenir une rêverie lugubre percée d’une houle de cordes qui crescendos de l’obscurité vers des plateaux sonores. « Adios, Floride » scintille comme la lumière se réfractant sur les vagues avant de dériver en haute mer sur des cordes soutenues et des synthés distendus. « The Rhythm of a Dividing Pair » »est peut-être la plus belle chose à laquelle O’Halloran et Wiltzie ont mis leur nom en tant que collaborateurs. Un carillon de synthé à l’avant retentit comme une douce alarme matinale à l’aube de la composition, un mur de bruit blanc qui sonne paisible plutôt que tendu. L’un des titres les plus simples de l’album, c’est pourtant l’incarnation même de la maîtrise de l’émotion du duo, le point culminant de l’ambiance matinale des Undivided Five.

Si, comme le dit l’adage, écrire sur la musique, c’est comme danser sur l’architecture, écrire sur l’ambient ‘est une tâche encore plus futile. Les composants de The Undivided Five ne pouvaient guère être plus élémentaires, au point qu’O’Halloran et Wiltzie ont décidé d’assembler les morceaux de leurs maisons respectives à Berlin et à Bruxelles. Ils amalgament pourtant leurs synthés chauds, leurs textures sombres et leurs arrangements d’une complexité trompeuse avec une cohésion qui s’ajoute à un sentiment unifié de satisfaction qui ne se sent jamais artificiel ou simpliste. A Winged Victory for the Sullen consolident leur position parmi les compositeurs contemporains de la stature de Nils Frahm en tant que créateurs de musique complexe, transplantable et pourtant accessible.

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12 novembre 2019 - Posted by | Chroniques du Coeur |

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