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Bradford Cox / Cate Le Bon: « Myths 004 »

L’artiste galloise Cate Le Bon et le cerveau de Deerhunter/Atlas Sound, Bradford Cox, n’ont pas collaboré depuis longtemps, mais dès que Le Bon a coproduit Why Hasn’t Everything Already Disappeared ? de Deerhunter, il était clair qu’ils faisaient une excellente équipe. Chacun a une affinité pour l’isolement : Le Bon a passé des jours sans parler à personne lors de l’écriture de son dernier album, tandis que Cox a déclaré qu’il préférait être laissé seul. Ils partagent même un sens sophistiqué de la mode : Cox a marché sur la piste pour Gucci, tandis que Le Bon a noté sa préférence pour le français. Leur dernière sortie, Myths 004, est la quatrième de la série en cours de l’été mexicain en conjonction avec le festival annuel Marfa Myths dans le désert du Texas. Si les tenues qu’ils portaient lors de l’enregistrement ne sont pas dévoilées (photos s’il vous plaît !), l’EP de sept titres trouve Le Bon et Cox dans une zone créative volontairement rugueuse sur les bords, qui se sent à parts égales nu et hallucinogène.

Les passages nus n’ont rien à voir avec le silence ou le minimalisme. Myths 004 est un petit album bruyant, plus bruyant en fait que tout ce que les deux ont sorti seuls ou avec leurs groupes. Les guitares électriques bourdonnent et se déforment sans effort sur le morceau court et surtout instrumental « Constance », où l’on entend aussi des divagations frénétiques de saxophones à la James Chance, des cris étouffés et des couches zigzagantes de percussions hors normes. « Jericho », un autre semi-instrumental, met en scène l’aboiement d’un chien comme colonne vertébrale de son rythme, puis ajoute un saxophone plus sauvage, une note de piano répétée à l’infini (pensez aux premières secondes de « Runaway » de Kanye, en vitesse) et une voix indéchiffrable et robotique.

Mais ce quasi-chaos est nu, nécessairement honnête. Le Bon et Cox (avec Tim Presley de White Fence, Stella Mozgawa de Warpaint, Stephen Black de Sweet Baboo et Samur Khouja sans groupe) ont écrit et enregistré les sept chansons du EP en seulement sept jours. Les deux aristes s’abstiennent d’essayer de cacher n’importe quelles coutures, avec des résultats hypnotisants et parfois hilarants. « What Is She Wearing », par exemple, met en scène Le Bon racontant une journée sans fioritures et peu amène de sa vie. Le but n’est pas un jeu de mots astucieux ou une rime élaborée mais un réalisme impassible et où un jeu de guitares proto-punk et (éventuellement) des percussions prennent la place d’un rythme chaud.

Le disque laisse encore la place à de nombreux jeux de rôle, à des contes et à des rêves. La ballade « Canto » permet à Cox d’assumer le rôle du motard vieillissant, vêtu de cuir), tandis que le mélodieux « Secretary » donne à Le Bon l’occasion de considérer tout le travail quotidien impliqué dans lle processus de création( Dans le même ordre d’idées, Cox propose un pont parole-mot qui imagine la position de l’assistant comme une rêverie existentielle sur l’avant-pop qu’est « Fireman », où Le Bon évoqiue l’extinction des feux tandis que Cox parle du point de vue d’un pompier qui se rappelle un incendie qui a tué une famille entière la veille de Noël. Mais, hé, au moins le chiot survit !

Le Bon et Cox ne prennent rien de tout cela trop au sérieux, mais ils n’hésitent pas non plus à nous diriger vers de grandes idées. Mythes 004 est une ode à l’épuisement, une étude de ce qui arrive au cerveau quand il manque de temps pour se reposer. Le chaos émerge. Des visions apparaissent. L’inspiration arrive. Le produit final n’est pas un groupe de chansons polies et soigneusement reliées. Mais c’est le plaisir et la liberté. La force de la série Myths jusqu’à présent est qu’elle donne aux artistes l’occasion de voir quel sens ils peuvent donner à la cohabitation et à la co-création dans un temps très limité. C’est au crédit de Le Bon et de Cox qu’ils ont laissé tomber le sens des choses et qu’ils nous ont fait entrer directement dans leurs consciences communes.

***1/2

11 novembre 2019 - Posted by | On peut se laisser tenter |

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