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Dead Soft: « Big Blue »

Ce trio venu de Vancouver pratique, grosso modo, du bon gros indie rock nineties mâtiné d’une attitude grungy. Après un premier album éponyme, Big Blue débute par « I Believe You », une vraie petite pépite qui mérite son statut de « single ». À vrai dire, ce disque en compte pas mal, alors on aurait très bien pu sélectionner un autre titre. Au programme, du fuzz dans tous les coins, une rythmique solide, des mélodies infectieuses, une forme de mélancolie powerpop (les paroles parlent de malaise, de sentiments conflictuels, le genre de choses évoquées dix mille fois de dix mille manières différentes)…

Big Blue contient des titres et des mélodies qui peuvent être comparés à dix milles autres aussi, dans le même genre, quelque part entre un Weezer première période et un Pixies. Ça reste toutefois un sacré bon disque qu’on aura plaisir à écouter et réécouter.

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9 novembre 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Bang Bang Romeo: « A Heartbreaker’s Guide To The Galaxy »

Emmené par sa charismatique frontwoman, Bang Bang Romeo signe un premier album d’une puissance rare, pop et rock et à la fois, féministe… mais pas que.

Cela fait quelques temps qu’on parle de Bang Bang Romeo. Il faut dire que ce trio anglais a suscité maints doups de coeur. Leur premier album, A Heartbreaker’s Guide To The Galaxy, vient tout juste de sortir.

Bang Bang Romeo, c’est la voix bluffante Anastasia Walker, une frontwoman au charisme indéniable, et ses deux complices, Ross Cameron et Richard Gartland. Ces trois-là signent avec leur « debut album » un premier effort de toute beauté, d’une puissance indéniable, entre rock et pop, avec des infusions de soul et de blues. Attendu de longue date, l’opus réunit les titres majeurs du groupe ces dernières années, ainsi qu’une poignée d’inédits.

Hormis l’absence de réel lien entre la très belle intro et « Cemetery », le reste est un sans-faute, un enchaînement de tubes et de compositions parfaites. « Shame on You », qui est l’un des anciens « singles » phares du combo, passerait presque pour une anecdote, alors qu’il est fondateur dans le discours du groupe et notamment de sa leader, Anastasia Walker. Celles-ci estf ondamentalement pro-LGBTQ, féministe, our l’égalité, contre toute forme de discrimination. Derrière son timbre ahurissant, Walker sait de quoi elle parle, et elle très bien placée pour le faire.

De l’homosexualité à la body positivity en passant par la place dans la femme ou la santé mentale, Bang Bang Romeo affronte des sujets actuels avec une fierté aussi décoiffante qu’inspirante. Derrière son micro, Walker incarne ses textes identitaires et militants sur «  Bag of Bone » par exemple.

Des titres de qualité, BBR en distille à la pelle. Mention plus que spéciale à « Chemical », de loin le meilleur morceau de album et parfaite incarnation de cette puissance. Comme contraste, on appréciera un « You & I » en réponse, où Bang Bang Romeo avec son passif heavy et Walker rivalisant avec Skin de Skunk Anansie dans le style. La guitare de Cameron est merveilleuse, la batterie de Gartland explosive.

Cet album est aussi le mariage parfait entre la dimension pop hymn-esque (le featuring avec Example, « Love Yourself ») et un rock résolument moderne (« You Scared Out The Love Out Of Me »), dans lequel influences dubstep trouvent un écho à celles plus blues. Le tout sublimé par la voix soulful d’Anastasia Walker, si rugueuse sur Invitation ou solaire sur le fabuleux et Muse-sque « Beautiful World », qui conclut de la meilleure des façons ce premier album.

***1/2

9 novembre 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Sudan Archives: « Athena »

S’il y a une épithète qui correspond bien aux archives du violoniste et auteur-compositeur-interprète Sudan Archives, c’est bien la sienne. Elle a fait sa première grande vague de musique populaire avec « Queen Kunta, son brillant arrangement solo du King Kunta de Kendrick Lamar pour voix, cordes et pédale de boucle. Un premier EP éponyme envoûtant qui s’ajoute à son style musical unique, inspiré du violon soudanais et du R&B électronique en 2017. Pendant ce temps, 2018 l’a vue plonger plus profondément dans l’âme branchée avec Sink. Aujourd’hui, son règne se poursuit alors que l’artiste autodidacte sort Athena, un album complet qui voit Sudan Archives continuer à briser tous les moules alors même qu’elle crée certaines de ses musiques les plus polies et puissantes à ce jour.

D’une certaine façon, Athéna est une œuvre relativement accessible. Avec moins de distorsion et plus d’avant-plan, la voix des Archives du Soudan se fait entendre clairement, ses mots ne sont plus enveloppés de brouillard électrique. L’éclat curieux de ses chants en couches reste cependant d’actualité, les plaçant confortablement dans son environnement sonore caractéristique, qu’elle définit avec ses lignes de violon indubitablement complexes, inspirées par des soniques du monde entier. Le bien nommé « Glorious », sur lequel s’entremêlent ses motifs de violon en spirale dans une texture à la fois envoûtante et facile à déplacer, est une démonstration directe et exemplaire de chaque élément. Son sens du groove est indéniable, et le rappeur D-Eight, d’une précision à couper le souffle, offre un contraste parfait avec sa prestation hypnotique sur le couplet qu’il présente. C’est ce qui fait rêver les chefs d’orchestre : une structure de chanson pop familière et un style singulier.

D’autres pistes la voient marcher plus loin dans la marche de l’iconoclaste. Sur « Green Eyes » onirique, elle séduit avec une intensité perçante et une sensualité d’un autre monde. « Je sais que tu es capable / Le sentiment est intangible », dit-elle à l’objet de son désir. Spirituellement, c’est un peu comme un morceau d’accompagnement contrasté avec le morceau précédent « Down on Me », dans lequel elle cherche une source particulière de plaisir physique inégalé, sachant qu’un tel accomplissement ne fera que les entraîner tous les deux dans une spirale inéluctable que les deux ont essayé d’éviter.. Pendant ce temps, le violon des Archives dégage une romance sincère. « Iceland Mos » est un morceau de fin de relation dans lequel Archive de sit fatiguée et ne veut plux de compromettre qui elle est pour quelqu’un qui pense qu’elle est « douce comme la mousse d’Islande / Tout sur moi comme des harmonies » »

Et pour le ton décontracté de sa voix et la beauté éthérée de son jeu de violon, Archives n’est pas un jeu d’enfant. Elle affronte le monde avec la sagesse et l’habileté associées à la déesse titulaire de son album, ainsi qu’un sens incontestable du pouvoir personnel, le tout enraciné dans le moment présent et la sensation du « sans limites » qui est au bout des doigts chante-t-elle sur l’hymne joyeux « Limitles » », un sentiment à la fois spécifique à l’histoire du titre et tout à fait pertinent pour nous autres également.

L’album se termine avec « Honey » et « Pelicans in the Summer », que Archives reprend les effets électroniques un peu plus lourds et les caprices harmoniques qui étaient la clé de ses précédents EP et les ouvre pour mieux s’adapter à l’atmosphère expansive d’Athena. Les deux sont pleins de moments de caprices auditifs et finalement de bonheur. C’est la fin satisfaisante d’un premier album digne d’intérêt pour Sudan Archives, qui met en valeur son éclectisme dans la technique et l’exécution dans ses magnifiques termes.

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9 novembre 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Doug Tuttle: « Dream Road »

Doug Tuttle est un auteur et compositeur, multi-instrumentiste, arrangeur et producteur de petits airs pop psychédélique à couper le souffle. Ses arrangements sont déjà inspirés quand il apparait à Boston en 2007 pour former un duo avec une musicienne dont il se séparera. Le duo ne dure pas deux ans, l’idylle non plus mais c’est pour notre plus grand régal puisqu’il en sort en 2014 un premier album solo d’excellence de 11 titres nommé Doug Tuttle où il est question de rupture sentimentale. Ensuite parait le magnifique It Calls on Me, suivi en 2017 de Peace Potato au son plus pop et doté de psyché seventies. Tout en parcourant le territoire américain et nombre de scènes pendant l’année 2018, il compose un petit bijou très stylé indie-pop alternative et addictive : Dream Road.

Dream Road est un album somptueux. Il évoque évidemment le voyage, une route à tracer dans un mouvement favorable, non pas une fuite. Des pas en avant, Doug Tuttle en fait des géants, nous invitant dans ses balades qu’on accepte en sautillant. Dès les notes de guitare de « I’ll Throw It All Away », la grâce surgit avec une construction fine digne de George Harrison, Grandaddy, Elliott Smith, Big Star, Guided by Voices. Le charme continue d’opérer avec « Twilight » qui gonflé d’une ritournelle jouée avec délicatesse est aussi incrusté de regrets. Arrive le dansant et rythmé « Long Day to Your Home » qui trottine avec impatience sur sa guitare électrique fantastique et le tambourin magique. L’énergie de « But Not for You » passe des regrets à la rancune, les partitions langoureuses gagnent du terrain sur des paroles mordantes joliment interprétées. L’harmonie pop de « Did You Need Someone » poursuit l’enchantement avec ses notes de basse confiantes et bondissantes qui préparent à l’explosion de riffs de guitares sur « Well I Guess, » bonbon mélodique réussi où le tambourin revient taquiner la batterie.

« In This World Alone « poursuivra l’effet spirale absorbante et Doug Tuttle montre un pouvoir certain pour l’écriture de pépites pop. L’ambiance est entrainante, la mélodie et les effets de voix sont engageants, comme sur le tempo juste et ciblé de « Can You Feel It ». L’auteur mélodiste séduit par son pragmatisme dans les mots et dans sa façon d’établir les refrains-couplets qui s’enchainent de manière limpide. Chaque titre tient d’un talent sans faille et notable sur « All Alone », une pure merveille planante. La fin du disque arrive trop vite avec « Fade » qui capte l’attention de manière imparable avec sa mélopée à la fois pop et performante performante. Les amateurs de Badly Drawn Boy seront appâtés. Les arpèges de guitares, la batterie enthousiaste, le tambourin, le moog et la voix parfaite  sont sculptés d’une main de maitre et le travail élégant de Doug Tuttle, Dream Road, est simplement fabuleux.

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9 novembre 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , | Laisser un commentaire