Masasolo: « Bridges »

Embarquement immédiat pour le Danemark avec le quatuor Masasolo. Leur nouvel album Bridges vous fait voguer vers les confins du rock psyché, à tendance expérimental. Leurs penchants pour cette musique alternative sont plus que louables, mixant avec habileté les codes des années 70 avec ceux d’aujourd’hui.

Comment, à cet égard, ne pas se déhancher sur « Gimme gimme gimme » ? L’énergie musicale de Masasolo se distille au fil des variations de rythme de la batterie et des synthés, ponctuant avec délicatesses paroles et émotions. Bref, une bande-son organique.

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Luke Temple: « Both-And »

Ceux qui ont beaucoup aimé les albums de Here We Go Magic seront sans doute comblés par cet album solo de son frontman, Luke Temple. Pas à son coup d’essai, le résident de Salem mélange ici tout un tas d’influences et réussit un mariage parfait entre pop, folk, krautrock, etc…

Le tout sera agrémenté de bidouillages électroniques qui viennent relever les mélodies parfaites imaginées par le chanteur. Un disque extrêmement gracieux, entre titres entraînants et mélopées langoureuses.

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Bodus Songs: « Abyss Versions »

Ll dernier album de Matt Sweet, alias Bodus Songs, survient après quatre ans de silence ; suffisamment de temps sans doute pour être à même d’appréhender avec impatience les noivelles compositions folks, introspectives et hantées que l’Anglais compose inlassablement mais avec parcimonies dans sa campagne de Southampton.

Les arpèges de guitare, les lignes de basses apaisantes, intenses, augmentés par une boite à rythmes minimaliste que l’on peut entendre sur « Unseen Forces And How to Use Them » sont un refuge pour qui, une fois la nuit tombée, peut se souder à ce besoin d’une bulle de calme.

« Sword Weather » validera ce désir de la musique qui commence sur presque rien, juste un sample, un peu de guitare et Mat Sweet qui chuchote devant son micro. Le morceau décolle progressivement avant qu’une batterie calme n’intervienne comme une vague. L’écriture devient plus cinématographique. Elle plante le décor d’une séquence nocturne qui vous sort de vos réflexions personnelles. Un effort de narration qui nous touche et nous touchera à chaque fois que l’on réécoutera ce disque si bien bien nommé tagrémante nos versions des abysses, celles que tout un chacun ravive dans les vieux souvenirs de ses mémoires.

***1/2

Bayside: « Interrobang »

Cette nouvelle livraison du combo du Queens fait suite à Vacancy, un album en pilote automatique, pas vraiment mauvais, pas vraiment bon non plus. Du coup, à l’annonce du disque, une certaine anxiété pointait le bout de son nez. Anxiété de courte durée au final, car après avoir entendu les premiers « singles », ce sera l’excitation quifera son apparition. Beaucoup plus heavy que son prédécesseu, rempli de riffs et de solos,, c’est un Bayside 2.0 qui pointe son nez.

Interrobang prend cette direction corps et âme, sans jamais se retourner. Du morceau titre, en passant par « Prayers » et « Bury Me », les trois titres ne font que confirmer ce nouveau son pour la bande. On reste dans une sorte de pop-punk, sans le côté ensoleillé, et avec un penchant pour le côté obscur de la force, et toujours ultra accrocheur. Ajoutez à cela voix reconnaissable entre mille d’Anthony Ranieri, et vous aurez une recette parfaitement mitonnée.

Les excellents « Tall » et « Medicatio » » accélèreront les BPMs et continueront à faire référence à leur meilleur album, The Walking Wounded, et on attendra « Heaven » pour les voir descendre d’un ton et sortir un morceau poppy « bon genre ».

«  Walk It Off » epourrait être un tube avec un refrain en béton armé et « White Flag » clôturera les réjouissances en boulet de canon en étant le morceau le plus heavy qui soit (floraison de riffs, solos heavy metal, et section rythmique au à toute épreuve). Avec cette livraison, Bayside fait un retour tonitruant sur le devant de la scène, et vient de sortir un de ses meilleurs albums, 19 ans après sa création. Sans changer d’identité, mais avec une vélocité comme on n’en avait plus vu depuis trop longtemps.

***1/2

Spearmint: « Are You From The Future? »

Spearmint reste, à l’image des Trashcan Sinatras, l’un des attelages pop les plus précieux du Royaume-Uni. Assistés par John Etkin-Bell (alias JB), le producteur d’A Week Away de nouveau installé derrière la console depuis It’s Time To Vanish (2016), les vétérans londoniens entretiennent leur statut de groupe culte avec, d’une part leurs déclarations de vouloir faire « la pop parfait », et, d’autre part et plus concrètement Are You From The Future?, un nouvel album à la fraîcheur revigorante. Toujours le même line-up, toujours le même label (celui qu’ils ont eux-mêmes créé, HitBACK Records), rien ne change jamais vraiment chez Spearmint.

Pourtant, quand certains de ses anciens camarades de promotion Britpop (Dogdy, Salad, Cast ou encore Geneva) se réunissent pour exploiter le filon anglo-centré de leur grandeur passée avec l’itinérant « Star Shaped Festival » (sorte d’équivalent Cool Britannia de la franchouillarde tournée « Age Tendre et Tête de Bois »), le groupe de Shirley Lee préfère regarder droit devant et maintenir son cap en toute indépendance. Les accents funky du premier « single » « 24 Hours in A and E » font d’emblée battre en retraite la moindre tentation nostalgique. Successivement discoïde (« Senseless », St » Thomas in the Darkness », « It Won’t Happen To Me »), primesautier (« Thomas », « As I Write This, » « I Met A Boy ») ou plus introspectif « (Fireflies », « I Don’t Sleep Well Without You », « The West Pier »), ce neuvième album exemplaire confirme que l’histoire de Spearmint s’écrit toujours au présent.

***1/2

Mikal Cronin: « Seeker »

Mikal Cronin est un membre en règle du Freedom Band, groupe qui accompagne Ty Segall en studio et en concert. Cronin est également un auteur-compositeur doué qui a déjà fait paraître trois albums en carrière : les excellents MCII et MCIII.

En mode solo, l’Américain est nettement moins lourd que Segall. En fait, Cronin enrobe toujours ses chansons dans un habillage influencé par la power-pop, recelant quelques pointes de rock garage. Après quatre années d’absence, le multi-instrumentiste est de retour avec un quatrième album studio intitulé Seeker.

Enregistré et mixé par Jason Quever (meneur de la formation indie-pop Papercuts), interprété avec l’aide de ses acolytes du Freedom Band, ce nouvel album marque un important changement de cap dans ce qu’il nous a toujours proposé. Et ce n’est pas étranger au fait que le Californien d’origine a connu les affres de la déception amoureuse, ce qui l’a poussé à se réfugier dans un chalet afin d’écrire et de composer ces dix nouvelles chansons.

Dans ses introspections, Cronin sonde intensément son esprit afin de percevoir la lumière au bout du tunnel, même s’il sombre parfois dans une vengeance un peu puérile (« Free It All »).

Musicalement, l’artiste nous offre un disque en parfaite cohérence avec ses incertitudes. En revanche, Seeker est un opus de transition qui souffre d’une direction artistique imprécise.

On y entend des influences folk-rock à la Tom Petty (« Show Me » en est un quasi-pastiche) ainsi qu’une incursion dans un rock arabisant à la Led Zep (« Shelter) ». Cependant, Cronin garde en vie les explosions sonores aux accents garage qui le caractérisent si bien (« Caravan ») et puisque l’homme est un maître mélodiste – et qu’il n’a rien perdu de son talent – les ballades pianistiques « On the Shelf » et « Sold « lui vont comme un gant.

D’autres chansons font également le travail. Malgré la ressemblance mélodique indéniable avec « Dear Prudence », « I’ve Got Reason « est fougueuse et parfaitement accrocheuse. « Guardian Well « possède un je-ne-sais-quoi de Neil Toung & Crazy Horse et malgré les lamentations de Cronin, la power-pop orchestrale « Feel It All » est une véritable pourvoyeuse de frissons.

Seeker est loin d’être exécrable, mais le virage artistique n’est pas tout à fait assumé pour être pleinement satisfaisant. Cronin n’a rien perdu de son talent. Pour lui, il s’agit maintenant de solidifier les assises de cette nouvelle direction musicale.

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The Muffs: « No Holiday »

Le légendaire groupe californien The Muffs qui a traversé les époques et en influençant la scène indie rock et pop-punk américaine d’aujourd’hui préparait son grand retour avec un septième album No Holiday. Celui-ci aura, hélas, la forme d’un chant du cygne.

En effet, Kim Shattuck, légendaire chanteuse et bassiste du groupe, connaîtra le même sort que les regrettés David Berman et Daniel Johnston qui nous ont quitté cette année. Atteinte de SLA, la musicienne décédera deux semaines avant la sortie de ce nouvel opus et pour le coup, ce No Holiday aura une saveur plus douce-amère. Tout ceci sera l’occasion de savourer une ultime fois leurs ultimes travaux montrant une Kim Shattuck pleine d’énergie sur des morceaux pop-punk comme « Down Down Down », « Late And Sorry » ou bien encore « Pollyanna » bien revigorants.

Au milieu de ces brûlots électriques et bon enfant que sont « Sick Of This Old World », « To That Happy Place » et autres « Insane », The Muffs n’ont pas oublié des moments plus acoustiques et calmes. On peut citer les moments plus mesurés comme « A Lovely Day Boo Hoo » sans oublier « The Best » et « Too Awake ». Après une autre dose de déflagrations électriques tels que « You Talk And You Talk » et « The Kids Have Gone Away », le dernier morceau aura de quoi nous émouvoir avec un « Sky » nous rappelant que Kim Shattuck restera une figure importante sur la scène pop-punk californienne. Une preuve supplémentaire que son énergie infectieuse nous manquera énormément tout comme The Muffs qui aura marqué, sans ce microcosme particulier, l’histoire.

***1/2

Amy O: « Shell »

Amy O et son ainsi son premier album, Elastic avait été une belle découverte dans le monde de l’ indie-rock. La native de Bloomington est dans les circuits depuis maintenant 15 ans et ne compte pas s’arrêter en chemin. Cette année, elle se réinvente et revient avec son successeur intitulé Shell.

Amy O s’éloigne de plus en plus des ambiances bedroom-pop pour aller puiser du côté des influences plus indie-pop terre à terre. Dès lors, la musicienne remet les bouchées doubles dès l’introduction power-pop infectieuse et électrique mais également « Synesthesia » montrant une Amy Oelsner énormément inspirée. Sa plume reste toujours aussi riche en références par rapport à son quotidien rempli de surprises que ce soit sur le catchy « Planet Blue » qui a de quoi rappeler la verve de Snail Mail ou bien encore « Zero » et « Blueberries ».

Pour ce nouvel album, la musicienne continue son ascension avec des morceaux bien efficaces et on vivants à l’image de « Rest Stop » montrant qu’elle en a fait du chemin pour arriver sur le chemin du bonheur mais également de « Crushed » et de « Loose Cassette ». Et pour cela, Shell restera un disque attachant à l’énergie infectieuse montrant une Amy O plus radieuse que jamais montrant son inspiration sans faille notamment sur la conclusion intitulée « Later On ». Pour ce nouvel album, la musicienne sort de plus en plus de son cocon et ça n’est pas pour laisser indifférent..

***1/2

Great Grandpa: « Four Of Arrows »

On a pu faire connaissance avec Great Grandpa ainsi que son premier album intitulé Plastic Cough ce quintet issu de Seattle et avait fait forte impression aveclun mélange de grunge-pop et d’indie rock acidulé et bon vivant. Maintenant qu’il possède une certaine notoriété, les voici de retour deux ans plus tard avec son successeur intitulé Four of Arrows.

Ne vous attendez pas à une redite de Plastic Cough de la part de Great Grandpa. Le groupe mené par le chant toujours aussi passionné d’Alex Menne a décidé d’entreprendre un virage musical à 90° en misant sur des compositions plus acoustiques. Il en ressort des titres plus émouvants mais plus étoffés comme l’introduction nommée « Dark Green Water » qui nous prend de court avec sa fausse fin avant de repartir de plus belle mais encore « English Garden » et « Bloom ».

Les influences dignes de Pinkerton ne sont jamais lointaines tant les sonorités power-pop se font sentir par là comme « Mono no Aware » et son introduction surprenante ou bien même « Ending » et « Human Condition » qui flirtent avec l’emo. Quoi qu’il en soit, Great Grandpa réussit ce virage musical sans jamais trahir ses origines grâce à ses compositions plus luxuriantes. Un flot d’émotions se dégage tout au long de ce Four of Arrows résolument abouti et cohérent avec un morceau digne de « Split Up The Kids » comme exemple flagrant avant que la conclusion beaucoup plus électrique nommée « Mostly Here » vienne nous emporter. Le second album de Great Grandpa ira à coup sûr les placer dans un autre niveau grâce à des compositions plus sentimentales et sincères.

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