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Swans: « Leaving Meaning »

Âgé aujourd’hui de 65 ans, Michael Gira aurait pu stopper net sa production artistique avec la parution de ce trio de poids lourds que sont The Seer (2012), To Be Kind (2014) etThe Glowing Man (2016). Ces trois œuvres intransigeantes, mais magistrales, ont catapulté le doyen dans le firmament des plus grands musiciens et compositeurs de l’histoire du rock; cet art mineur, snobé par plusieurs, mais qui, sous la houlette de ce chaman, se transforme en une pertinente quête spirituelle.

Trois ans après avoir sabordé la version intraitable et menaçante de Swans, Gira réanime l’animal. Seuls les rescapés Noman Westberg et Kristof Hahn sont de retour. Le vétéran a rameuté 18 musiciens pour l’escorter dans sa nouvelle aventure, incluant Thor Harris (partenaire dans le projet Angels of Light), le compositeur et ingénieur de son australien Ben Frost ainsi que son épouse Jennifer Gira.

Swans est désormais composé d’une distribution de musiciens renouvelés, tous sélectionnés pour leurs qualités musicales autant que pour leurs personnalités et choisis en accord avec ce que Gira estime être l’esprit du groupe. Les musiciens, à travers leurs personnalités, goûts et qualités, vont ainsi contribueri à l’arrangement des morceaux.

C’est pour cette raison qu’un album de Swans demande toujours un investissement d’écoute de tous les instants. Leaving Meaning ne fait pas exception à la règle. Cette nouvelle œuvre est assurément plus capricieuse. Les puissantes salves de distorsion, divinement martelées, se font plus rares. Les crescendos et les mantras se développent de manière plus subtile; une délicatesse sournoise…

Gira nous conduit dans un univers contemplatif, forcément moins percutant, mais qui, au fil des écoutes, se révèle presque aussi gratifiant que la trilogie mentionnée ci-haut. Il y a bien « The Hanging Man », « Some New Things » ou encore la sublime « Sunfucker » pour nous remémorer la force de frappe coutumière du groupe, qui elle, s’appuie constamment sur une répétitivité aliénante. Il y a aussi « The Nub »; cette superbe progression qui nous rappelle à quel point la recette « volcanique » de Swans fonctionne toujours aussi bien.

Mais Leaving Meaning connaît aussi quelques passages à vide. Le premier extrait titré « It’s Coming It’s Real » et la faussement rassembleuse « What is This ? » sont des compositionss plutôt ennuyantes. Sans ce pilonnage décapant, sans cette violence sonore si caractéristique de Swans, il est difficile de rester attentif à l’écoute des propositions répétitives de Gira. En revanche, quand le sorcier nous escorte vers une sorte de folk minimaliste et aérien (« Annaline » et « Amnesia »), on est magnifiquement conquis.

Qu’à cela ne tienne, Leaving Meaning écrase de tout son poids créatif la vaste majorité des parutions perpétrées dans le merveilleux monde du rock. Ce nouveau périple ne procure pas les grandes chaleurs de To Be Kind, mais il contient assez de substance pour satisfaire le mélomane aventureux qui consolide sa place parmi les grands du rock.

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25 octobre 2019 - Posted by | Chroniques du Coeur |

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