One Sentence. Supervisor: « Acedia »

En l’espace de trois albums, One Sentence. Supervisor a réussi à se forger une place sur la scène indie suisse. On les avait quitté en 2016 avec leur album ambitieux nommé Temporær Musik 1-13 les montrant au sommet de leur art. Ils ont choisi la voie de la simplicité avec leur nouvel opus intitulé Acedia.

Voici donc venir dix nouvelles compositions où One Sentence. Supervisor arrive toujours à conjuguer krautrock, pop psychédélique et sonorités orientales pour un résultat toujours aussi incroyable à l’écoute. Produit par Radwan Ghazi Moumneh (Jerusalem In My Heart), le groupe de Baden nous entraîne dans une transe dès les premières notes du morceau-titre ainsi que sur les deux parties de « Double You » et « Who’s Whose » comprenant une participation de Jeans For Jesus.

On se laissera facilement prendre par cette fusion musicale voyageuse et intrigante à travers ces morceaux toujours empreints d’intelligence comme « …And The Rat Feels Nirvana » mais également « Seems Less Seamless » et « Don’t Be Alarmed ». Entre les épopées audacieuses de 7 minutes de « *** » et de la conclusion intitulée « Sadah », One Sentence. Supervisor reste au top de leur forme avec cet Acedia hypnotique et grâcieux.

***1/2

Konradsen: « Saints and Sebastian Stories »

Konradsen est un duo norvégien composé de la chanteuse et pianiste Jenny Marie Sabel et du musicien multi-instrumentiste Eirik Vildgren qui nous offre une pop expérimentale des plus envoûtantes telle qu’elle se dévoile sur leur premier album nommé Saints and Sebastian Stories.

En treize morceaux, on se laisse emporter par ces notes de piano cristallines ainsi que la voix somptueuse de Jenny Marie Sabel qui habillent les morceaux immersifs comme « Never Say A » en guise d’introduction mais également « Television Land », « Dice » et « Baby Hallelujah ». À l’écoute de ces titres, on plonge dans l’intimité de Konradsen avec ces arrangements sur mesure et la plume touchante du duo d’Oslo avec cette touche expérimentale qui viendra relever le tout sur « Big Bruce » et « Cosmic Kid Vibration ».

Lorsque Jenny Marie Sabel n’est pas au premier rang, son acolyte Eirik Vildgren fait plutôt bonne impression avec l’electro cestalline qu’est « Warm Wine ». Pour le reste, Konradsen semble être partagé entre Death Cab For Cutie des débuts mais également Black Marble notamment sur « No One Ever Told Us » et « Odd Mistake ». Mention spéciale aux arrangements cuivrés de « Red To Rhyme » venant apporter plus de couleur à ce premier album inventif et émotionnant. Saints and Sebastian Stories est à écouter dans toutes les bonnes chaumières.

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Swans: « Leaving Meaning »

Âgé aujourd’hui de 65 ans, Michael Gira aurait pu stopper net sa production artistique avec la parution de ce trio de poids lourds que sont The Seer (2012), To Be Kind (2014) etThe Glowing Man (2016). Ces trois œuvres intransigeantes, mais magistrales, ont catapulté le doyen dans le firmament des plus grands musiciens et compositeurs de l’histoire du rock; cet art mineur, snobé par plusieurs, mais qui, sous la houlette de ce chaman, se transforme en une pertinente quête spirituelle.

Trois ans après avoir sabordé la version intraitable et menaçante de Swans, Gira réanime l’animal. Seuls les rescapés Noman Westberg et Kristof Hahn sont de retour. Le vétéran a rameuté 18 musiciens pour l’escorter dans sa nouvelle aventure, incluant Thor Harris (partenaire dans le projet Angels of Light), le compositeur et ingénieur de son australien Ben Frost ainsi que son épouse Jennifer Gira.

Swans est désormais composé d’une distribution de musiciens renouvelés, tous sélectionnés pour leurs qualités musicales autant que pour leurs personnalités et choisis en accord avec ce que Gira estime être l’esprit du groupe. Les musiciens, à travers leurs personnalités, goûts et qualités, vont ainsi contribueri à l’arrangement des morceaux.

C’est pour cette raison qu’un album de Swans demande toujours un investissement d’écoute de tous les instants. Leaving Meaning ne fait pas exception à la règle. Cette nouvelle œuvre est assurément plus capricieuse. Les puissantes salves de distorsion, divinement martelées, se font plus rares. Les crescendos et les mantras se développent de manière plus subtile; une délicatesse sournoise…

Gira nous conduit dans un univers contemplatif, forcément moins percutant, mais qui, au fil des écoutes, se révèle presque aussi gratifiant que la trilogie mentionnée ci-haut. Il y a bien « The Hanging Man », « Some New Things » ou encore la sublime « Sunfucker » pour nous remémorer la force de frappe coutumière du groupe, qui elle, s’appuie constamment sur une répétitivité aliénante. Il y a aussi « The Nub »; cette superbe progression qui nous rappelle à quel point la recette « volcanique » de Swans fonctionne toujours aussi bien.

Mais Leaving Meaning connaît aussi quelques passages à vide. Le premier extrait titré « It’s Coming It’s Real » et la faussement rassembleuse « What is This ? » sont des compositionss plutôt ennuyantes. Sans ce pilonnage décapant, sans cette violence sonore si caractéristique de Swans, il est difficile de rester attentif à l’écoute des propositions répétitives de Gira. En revanche, quand le sorcier nous escorte vers une sorte de folk minimaliste et aérien (« Annaline » et « Amnesia »), on est magnifiquement conquis.

Qu’à cela ne tienne, Leaving Meaning écrase de tout son poids créatif la vaste majorité des parutions perpétrées dans le merveilleux monde du rock. Ce nouveau périple ne procure pas les grandes chaleurs de To Be Kind, mais il contient assez de substance pour satisfaire le mélomane aventureux qui consolide sa place parmi les grands du rock.

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