The Darkness: « Easter Is Cancelled »

Pâques est annulée si on en croit le titre de ce nouvel opus de The Darkness, disque qui se veut « conept album », une création faite de chansons rock accrocheuses avec un air délibéré de déjà entendu.

Chaque titre sonnera de façon familière mais ne vous y trompez pas, les morceaux changent souvent de tempo, surtout dans « Heavy Metal Lover », qui rebondit entre ballade douce et hardcore metal. Avec des solos de guitare brefs mais puissants et le faussetto signé Justin Hawkins, Easter Is Cancelled est un hommage très énergique à tout le rock. Et bien qu’à première vue, cela puisse paraître un peu cliché, c’est peut-être là le problématique qui est induite par le combo.

De ce fait, Easter Is Cancelled est à la fois moqueur et révélation, The Darkness se présentant comme les héros du rock’n’roll dont la mission est de « défier l’establishment » et d’autres artistes rock’n’roll… qui se sont complus dans cette attitude en faveur d’une célébrité facile et frelatée.

The Darkness ne sont pas réputés se prendre au sérieux et ce nouvel album le prouve plus que jamais. L’album s’ouvre sur la déclaration « Rock And Roll Deserves To Die » et termine son dernier titre, « We Are The Guitar Men », avec la ligne savoureuse « long live arock and roll » le rock and roll ; La boucle est bouclée, avec un délicieux mélange de pétards absolus craquants du début et la fin.

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Underground Lovers: « A Left Turn »

The Underground Lovers est de retour avec son dixième album studio, le troisième depuis sa réactivation quite à une pause ayant duré près de 10 ans, comme si le combo souhaitait montrer qu’il est toujours en pleine forme ave son mélange d’indie-rock psychédélique et d’electronica et qu’il avait encore pour moteur la faculté de réunir les éléments qui faisianet sa spécificité dans une parfaite harmonie hypnotique.

Leur dernier album Staring At You Staring At Me s’était concentré sur le son de guitare du groupe, lui donnant une touche plus rock. Cette fois-ci, ils ont relancé les explorations électroniques, rapprochant ce nouvel opus du travail qu’ils avaient produit sur Cold Feeling à la fin des années 90.

Dès le début, « Bells » vise le cœur de l’esprit et, tout aussi viablement, le dancefloor. Son Krautrock bourdonnant s’étend sur plus de six merveilleuses minutes. Ils ont la capacité – comme Spiritualized et Wooden Shjips – de trouver le oint névralqique d’un groove et de le chevaucher sans fin. Hooky fait monter la barre du rock, tout en restant chaleureux avec les mélodies de la guitare de Glenn Bennie et les incantations vocales de Vincent Giarrusso. Le shoegaze a toujours été un autre pilier du son du groupe et sur « Dunes and Lusher », Philippa Nihill sonne comme une la sœur idéale d’une union entre My Bloody Valentine et Cocteau Twins. La musique scintille, brille et frémit doucement derrière elle. Le « single » « Seven Day Weekend » est un hymne de par son rythme à la batterie et ses guitares à bascule déformées et Giarrusso va voyager en mode Shaun Ryder sur cette ode à la socialisation insouciante.

En arrivant à la conclusion du disque, restera cette épopée épique de neuf minutes qu’est « Rocky Endings (A Left Turn ») avec cette sensation d’exaltation en montagnes russes soniques allant eu travers des sillage que sont les pics propulsifs et des vallées flottantes de A Left Turn. La chanson serpentrae pendant quatre minutes avant de s’envoler dans la stratosphère pour une mission spatio-rock interstellaire de guitares carillon, de basses pulsées et de percussions métronomiques qui s’étirent et s’amplifient magnifiquement. A Left Turn est un autre joyau sonore de l’une des plus belles merveilles psychédéliques née en Australie.

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We Lost The Sea: « Triumph & Disaster »

Il s’agit d’abord d’établir quelque chose de façon claire et nette ; We Lost The Sea ne va jamais répéter les sons ou la portée de l’album précédent Departure Songs – et ils ne devraient pas essayer. Ce troisième album est issu d’une tragédie (Chris Torpy, ancien chanteur du groupe, est décédé en 2013), ce qui a donné lieu à un disque magnifiquement cathartique.

Cette fois-ci, sur le très attendu Triumph & Disaster, le groupe est entré en studio avec un sens de la concentration bien plus aigu et le résultat final semble plus précis et cohérent.

Il y a ici des moments de lourdeur que le groupe n’a pas explorés depuis bien longtemps et, avec les titres d’ouverture que sont « Towers » et « A Beautiful Collapse », ce point culminent va s’effondrer dans des abysses terribles.

Pourtant, des coupes plus dynamiques comme « Dust » et « Distant Shores » montrent que la retenue du groupe peut contrebalancer la tendance à l’emphase.

En conclusion avec un morceau aussi empreint de vulnérabilté comme un « Mother’s Hymn » mettant en vedette Louise Nutting au chant, Triumph & Disaster s’envole sans effort, un moment de répit bienvenu. A parts égales tendres et turbulentes, il s’agit en l’occurence d’une suite triomphanle, surtout après avoir frôlé le désastre.

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Magon: « Out In The Dark »

Magon, c’est l’excroissance d’un duo nommé Charlotte & Magon qui nous avait offert un premier album nommé Lyrical Miracle qui était un pur bijou de pop psychédélique bien cosmique et déjanté. Les deux artistes ont décidé de s’émanciper chacun de son côté et c’est le guitariste originaire de Tel-Aviv Magon de dégainer en premier avec un album solo nommé Out In The Dark.

Magon a décidé de revenir à un côté beaucoup plus épuré et proche de ses racines musicales. Loin de la pop psychédélique, il revient à des sources plus indie rock et lo-fiainqi qu’une esthétique digne de The Cramps.

Cela se matérialiser sur des morceaux comme « King Of Nothing », le mélodique « Thinking Of You » qui suit ainsi que qu’un midtempo façon Breeders nommé « Landslide » .

Rappelant aussi bien les Pixies période Bossanova sur « Third Dimensional Love » que The Cure sur d’autres moments comme le plus pop « Song For Nimrod », Magon est bel et bien dans son élément. Il ne manque plus que d’autres perles acidulés à l’image de « The Streets », « In The Library » et autres « My Reflection » pour s’apercevoir du talent toujours infaillible du guitariste de Tel-Aviv. Avec Out In The Dark, les années 1990 ne sonneront jamais surannées.

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Big Thief: « Two Hands »

Second album pour ce quatuor de Brooklyn,en l’espace de quelques mois comme pour cïncider avec notre époque où il devient de plus en plus difficile pour un jeune talent d’émerger de la masse, et qu’il convient de frapper fort à l’ère diu tout urgent.

Certes, le quatuor originaire de Brooklyn n’a pas encore atteint un statut populaire, mais sa renommée est en excroissance et l’engouement général se doit d’être alimenté.

La formation emmenée par Adrianne Lenker a même signé un classique indie folk de l’envergure de « New Slang », ou encore « Between the Bars » d’Elliott Smith. Autre signe qui ne trompe pas, le combo a désormais accès à une distribution d’envergure internationale.

Ce qui est remarquable chez Big Thief, c’est que leur hyperactivité (quatre albums au total depuis 2016, et autant de disques solo pour chaques membres) est inversement comparable au tempo ralenti de leurs douces mélodies. Depuis deux ans, Adrianne Lenker (chant, guitare) et ses compagnons  Buck Meek (guitare), Max Oleartchik (basse) et James Krivchenia (batterie) s sont constamment sur la route, renforçant ainsi les liens du « collectif » Big Thief.

A peine six mois séparent Two Hands de son prédécesseur, le beau et douillet U.F.O.F. Deux oeuvre qui en fait ne font qu’un selon leux. Les chansons des deux albums ont été en fait écrites durant la même période, mais la méthode d’enregistrement diffère sur chacun : U.F.O.F. est un véritable effort studio, dont les ambiances et arrangements ont été particulièrement soignées, tandis que le second se veut à l’inverse plus rêche, électrique, et fidèle au son scénique du groupe.

De fait par son caractère plus spontané, Two Hands demande davantage d’écoute avant de pouvoir être assimilé, les morceaux évoluant davantage vers une énergie collective, vers des jams rallongés. D’ailleurs, les titres les plus forts de l’album à notre sens sont rangés en seconde face, comme si cet album devait se mériter, ne devait pas s’offrir si facilement au premier rendez-vous. 

Ainsi, « Shoulders » et ses guitares un peu errantes nous orientent vers un slowcore à la Red House Painters, mais les trémolos sensibles d’Adrienne Lenker offrent un étonnant contre-poids mélodique. « Not », plus enlevé, embrumé par des halos de larsen, est certainement le sommet vocal d’Adrianne Lenker, par sa performance à la fois écorchée et bouleversante est l’atout majeur du groupe.

Two Hands dégage un grand sentiment de liberté de mouvement, le groupe donne l’impression d’être capable de tout, imprévisible, tel « Not » qui contient une envolée électrique toute en dissonance, dans la mire de « Cortez the Killer” » On retrouve aussi des vignettes pop contemplatives dans la veine de Capacity (2018) : le folky « Wolf » ainsi que  « Forgotten Eyes », dont les arpèges flottant, s’immiscent immédiatement dans notre mémoire. L’album se conclura sur « Cut My Hair, » qui n’est pas une reprise de Pavement, mais propose un atterrissage tout en douceur, légèreté. Avec Two Hands, Big Thief nous caresse moins dans le sens du poil, mais le geste n’en demeure pas moinstoujours empreint de grâce. 

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Kim Gordon: « No Home Record »

L’une des icônes du rock indépendant américain revient à la vie ! Kim Gordon, âgée aujourd’hui de 66 ans, fait paraître un premier album solo en carrière : No Home Record; titre inspiré d’un film de la cinéaste belge Chantal Akermane intitulé No Home Movie (2015).

Depuis quelques années – plus particulièrement depuis son divorce médiatisé avec Thurston Moore qui a mis fin abruptement à l’aventure Sonic Youth , l’artiste s’est réfugiée à Los Angeles afin de se consacrer entièrement à sa carrière en arts visuels. Et c’est la principale raison pour laquelle Gordon n’avait jamais fait paraître d’album en mode solo, même si elle a participé activement au projet Body/Head avec son collaborateur et ami, Bill Nace.

Enregistré au Sphere Ranch, studio situé dans la région de Los Angeles, elle a confié les rênes de ce No Home Record à Justin Raisen, lui qui a travaillé aux côtés de John Cale, Angel Olsen et Marissa Nadler, entre autres.

De manière épisodique, Gordon a donc confectionné quelques titres en bonne et due forme, s’armant d’une guitare, parfois d’une basse, et de quelques boîtes à rythmes. Sur ce nouvel album, l’essentiel de ce procédé créatif s’entend clairement, mais ce sont les arrangements inventifs du réalisateur qui propulsent les chansons de la dame à un niveau supérieur.

Justin Raisen bonifie les chansons de Kim Gordon en les escortant vers un univers « électro-industriel » tout en conservant intacte l’aura « noise-rock » nonchalant qui a toujours caractérisé l’artiste. Littérairement parlant, la doyenne s’inspire de slogans publicitaires colligés de façon aléatoire et nous offre quelques sarcasmes bien sentis comme sur « Earthquake » où elle s’en prend de manière grinçante à son ex-conjoiit.

No Home Record est excellent du début à la fin. On a adoré les ascendants à la Nine Inch Nails entendus dans « Murdered Out » (diffusée de prime abord en 2016). Le rock expérimental est bien exploité dans « Don’t Play It ». On tape du pied à l’écoute de l’électro-punk « Hungry Baby ». « Earthquake » et « Get Yr Life Back » évoquent Nico et leVelvet Underground. Les inconditionnels de Sonic Youth s’y retrouveront dans « Air BnB » et la pièce de résistance de ce disque est sans contredit « Cookie Butter » : une sorte de drum’n’bass qui s’embrase à la toute fin grâce à un magma de guitares saturées.

No Home Record est plus qu’un bon « disque de vétéran ». C’est une œuvre électro-rock inventive, juste assez fédératrice, et parfaitement ancrée dans le 21e siècle.

***1/2

Saba Lou: « Novum Ovum »

Parce qu’il n’y a pas que King Khan qui suit une trajectoire musicale des plus déjantées. On peut citer sa fille nommée Saba Lou qui suit son bonhomme de chemin sereinement. Après un premier album Planet Enigma paru il y a maintenant deux années de cela, la jeune allemande qui a récemment fêté ses 19 printemps revient nous étonner avec son successeur intitulé Novum Ovum.

En mélangeant savamment rock’n’roll digne des années 1960, folk, soul, jazz, calypso et country, Saba Lou privilégie la normalité à l’excentricité de son père. Et Novum Ovum ira répondre à cette thématique avec ces dix nouveaux morceaux délicieusement rétro comme l’introduction nommée « Primrose Diner ». Impossible de résister aux splendides écoutes de « Dirty Blonde », « Penny Rolls » ou bien même de « Telepathetic » qui iront témoigner de leur puissance émotionnelle.

Novum Ovum impressionne pour son ambiance chaude et chaloupée avec ses lignes de guitare et son atmosphère libératrice. Il en témoigne des morceaux hors pair et hypnotiques à l’image de « Silver Pill » et de « Cherie Sherabou » pour se rendre de la puissance magnétique de Saba Lou à nous emporter très loin. Ce second opus ira conjuguer ces influences musicales avec brio et avec une dose de mysticisme dont seul elle a le secret.

***1/2