William DuVall: « One Alone »

Le frontman d’Alice In Chains se prête au difficile exercice de l’album solo. Avec One Alone, il est vraiment question parcours solo à cation de simplicité et d’authenticité. Exit, en effet, le disque solo électrique ou électro-acoustique, William dévoile onze titres où se mêle sa voix et une simple guitare folk. Une œuvre qui se veut très personnelle.

Premier « single » et premier titre de l’ensemble, « ‘Til The Light Guides Me Home » pose le décor ; un artiste qui s’ouvre, qui dévoile ses émotions avec une musique qui se veut simple, mélodique et entêtante.

Cette vololonté mettra en avant la guitare alors que le voix sera plus en retrait que ce soit sur « The Veil Of All My Fears » où priorité est donnée à l’intensité avec le toucher instrumental et où les émotions sont mises en valeur. Le second single « White Hot » développe une autre ambiance. Plus coloré » mais tout aussi mélancolique; il s’agit d’une intense déclaration d’amour, mais celle-ci se révèle aussi être douce et comme apaisée.

« So Cruel » avec son solo, est sans doute le titre le plus classique, qui pourrait être transposé à l’électrique immédiatement. Les variations sont nombreuses, chacun des morceaux dévoilent de petites surprises et différentes sensibilités. Comme « Strung Out On A Dream » et ses petites fulgurances vocales qui ponctuent l’intro,on sent les cordes frotter et les petites imperfections qui découlent du jeu d’une guitare folk. Aucun effet n’est là pour cacher ou minimiser celles-ci.
DuVall es déchire même sur « Still Got A Hold On My Heart » où les progressives montées tiennent en haleine et installent une atmosphère assez tendue alors que « Chains Around My Hear », elle, s’orientera vers la douceur commepour montrer qu’ il est possible d’évoquer un même sujet de différentes manières, avec différentes approches et différentes sensibilités.

Enfin ,  « No Need To Wonder » conclura le disque sur une note d’espoir en des jours meilleurs. Bien que le ton soit grave, il est également très solennel. La volonté de William DuVall de se dévoiler plus personnellement encore, est une vraie réussite. Se degage de lui une authenticité, une première étape d’importance pour une personne qui souhaite sortir désormais réaliser de la musique sous son véritable nom.

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Kaiser Quartett: « Kaiser Quartett »

Il y a du Chilly Gonzales dans cet album ! Pas étonnant quand on sait que le Kaiser Quartett a partagé, dès 2011 la scène avec le pianiste canadien.

Comme lui, le quartet allemand va chercher ses inspirations dans le répertoire rock, électro, voire hip hop, proposant des relectures étonnantes de titres signés Daft Punk, Georgio Moroder loin des standards habituels du classique. Un exercice de style réussi pour un opus plaisant à entendre.

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Alessandro Cortini: « Volume Massimo »

Cela fait quelques années maintenant qu’Alessandro Cortini fait son chemin dans ce genre si particulier qu’est la musique électronique de type ambient et/ou drone. Grand amateur de synthétiseurs modulaires il explore depuis les possibilités offertes par ses nombreuses machines.

Volume Massimo est un bon album, solide et cohérent. LIitalien y décline, en huit pistes, un univers très évocateur, visuel même. Riche en émotions, la musique de Cortini prend son temps pour amener l’auditeur là ou il le souhaite.

Malgré un début de disque un peu inégal et qui souffre de quelques longueurs, la fin de l’album, elle, commencée avec « Momenti », sera plus inspirée et elle récompensera notre patience avec de longues montées en puissance sonore, entrecoupées de silence.

S’il n’est pas le meilleur opus de Cortini, Volume Massimo trouve sa place aisément dans une discographie bien étoffée. Il contient d’excellent morceaux (« La Storia », « « Batticuore » » propres à satisfaire les fans du genre et du compositeur.

***1/2

Murmur: « Cairn »

Associer le black metal et le doom de tradition un peu funéraire est un défi séduisant auquel certains se sont essayés, pour des résultats inégaux, où souvent les colorations s’affadissent dans la recherche périlleuse d’un équilibre. Entreprise solitaire de l’acronymique A.L.N., musicien basé à Portland, מזמור (prononcer « Mizmor) montre que ça fonctionne : il suffit de pouvoir compter sur une belle maîtrise des deux styles, sans forcément chercher à les fusionner d’ailleurs. Facile. Ce contraste est le ciment de Cairn, troisième album en date. Il lui prête son effervescence radicale et sa stature, que met généreusement en valeur le pinceau de Mariusz Lewandowski, décidément l’un des plus talentueux héritiers de Beksinski, si ce n’est son égal.
Mais ouvrir cette chronique en parlant d’alchimie de styles, fut-elle réussie, est presque un non-sens, tant à la vérité,
Cairn est livré sans étiquette. Ses quatre morceaux, aux titres suffisamment évocateurs, intimident autant qu’ils aspirent. Son imposant, guitares scarifiées, respirations acoustiques, percussions tantôt véloces, tantôt beurrées de plomb, voix résolument marquées comme appartenant à une dimension où l’on ne s’aventure pas sans bien consulter le bestiaire… A.L.N. déploie un univers sonore particulièrement dense et étudié, presque surprenant lors d’un premier contact où l’on s’attend à quelque chose de plus polarisé. On se rend néanmoins vite compte que les compositions réclament cette profondeur comme le plongeur en perdition réclame de l’oxygène.


Autre surprise relative, le côté très « européen que l’on observe dans certaines séquences. Là où les meneurs du sursaut black metal américain ont beaucoup œuvré à désapprendre les précurseurs, afin de se construire des sons légitimes, A.L.N. semble quant à lui avoir gardé une tendresse pour la Norvège des grandes années, illustrée par des blast-beats tout en sobriété et en constance, et par de belles lignes de guitare flottant par-dessus la mitraille. Ce n’est là qu’une des multiples facettes de
מזמור sur cet album, mais suffisamment originale pour être relevée. L’énergie dépensée pour animer à tout instant les points cardinaux de cette matière en mouvement impressionne. Cairn a beau être l’œuvre d’un homme seul, il est aussi censé être joué sur scène, et cela s’entend.

Lorsque le tempo redescend, parfois à la limite du surplace, l’ambiance se fait crépusculaire. Les riffs empressés d’il y a quelques secondes se figent et face à la glaciation qui menace, A.L.N. se cabre et tire de sa guitare des harmonies d’une pureté sidérante, des suspensions, des instants de cathédrale. On pense alors nécessairement à des groupes comme Mournful Congregation, et surtout Bell Witch, dont le dernier disque, également illustré par Lewandowski, est un phare du genre. Mais toutes les parties lentes ne sont pas consolation. Les seize minutes de « The Narrowing Way », jouées sur un rythme processionnaire (on peut parler de sludge pour le coup), sont habitées d’une colère noire et parcourues de dissonances réellement effrayantes. C’est dans ces moments que l’on jauge le mieux la polyvalence de l’album et à quel point, sous leurs faux airs de dédales sans issue, ces morceaux sont gorgés d’états d’âme changeants, alternés avec une remarquable souplesse.
Il y a aussi derrière
Cairn, et tout
מזמור à ce jour, un fond philosophique : l’auscultation de l’irréparable divorce entre la soif de clarté de l’Homme et l’absurdité du monde, tel que dépeint dans Le Mythe de Sisyphe de Camus, avec en filigrane le spectre omniprésent du suicide possible. Que l’on ignore, creuse ou schématise cet aspect, il est toujours intéressant qu’un album réserve une lucarne permettant de contempler les tempêtes crâniennes de son créateur. C’est même bien utile car s’attaquer à des albums-monstres comme celui-ci requiert un tel investissement que quelques indices et un brin d’empathie ne seront jamais de trop pour accrocher les bonnes dispositions.

***1/2

Mára: « Here Behold Your Own »

Musicienne officiant sous son nom propre au sein de nombreux projets et disques, Faith Coloccia a développé, depuis 2015, un travail personnel sous le nom de Mára, pour des sorties publiées sur SIGE, le label qu’elle gère avec son mari, Aaron Turner. Après une première cassette, elle passe au format vinyle pour ce Here Behold Your Own qui nous permet de découvrir l’électronique expérimentale de l’États-Unienne. Utilisant parfois sa voix, cette dernière la pose quasiment à nu, tout juste soutenue par de l’écho, pour chanter des mélodies tristes et belles (proches des berceuses pour enfants) qu’elle reprend ensuite à l’orgue. Plus loin, c’est une guitare agrémentée d’une forme de distorsion ouatée qui sera en première ligne.

Avec des orchestrations assez minimalistes, donc, Mára fait plutôt le choix de se concentrer sur l’atmosphère mise en place, sur la forme d’envoûtement que peut générer la conjonction de ses vocalises et des plages musicales, ou sur la profondeur des accords et notes convoqués. Quelques petites perturbations (mini-traitements, bruissements divers, souffles rauques, grésillements et petites saturations) sont ajoutées à ces matériaux, mais rien de trop troublant non plus, rien qui ne mette l’auditeur à distance.

La publication en vinyle permet à Faith Coloccia de diviser son album en deux grands mouvements : « A New Young Birth » et « Sangre De Cristo ». Si cette répartition est logique, on sera moins convaincu par la découpe en, respectivement, huit et six segments, dispositif qui morcelle l’écoute là où on aurait apprécié un étalement dans la durée, d’autant plus que les deux faces du disque se font suffisamment distinctes puisque, globalement, la seconde connaît davantage de passages parsemés de saturations que la première, à la coloration plus claire. Donnant l’impression de venir de très loin, comme trouvées au fond d’un grenier ou remontées de plusieurs décennies, les compositions de Mára possèdent assurément un charme, un peu hanté, mais véritable.

***1/2

Rob Simonsen: « Rêveries »

Entre deux partitions pour des BO de films, le prolifique compositeur Rob Simonsen sort un premier album solo dominé par le piano. Co-fondateur du collectif d’artistes de Los Angeles, The Echo Society, Rob Simonsen est d’abord un multi-instrumentiste, compositeur de musiques de films (Demain Tout Commence, The Front Runner Captive State, ou encore le remake de Intouchables (The Upside)…
Entre deux BO (il en a sorti
une pléiade), il propose son premier album solo, Rêveries qui, comme son nom l’indique, sera l’occasion de s’offrir un moment de d’évasion, de tranquillité au contact des notes de piano légères.

Influencé sans doute par Claude Debussy et Erik Satie, le Californien d’adoption délivre une suite de titres à la fois légers et profonds qui ne sont pas sans évoquer les compositions du regretté Jóhann Jóhannsson mais aussi de Yann TiersenHauschka, Hildur Guðnadóttir ou Dustin O’Halloran. On y entendra d’abord le piano, mais aussi des sonorités électroniques discrètes ou  encore des cordes qui viennent accompagner les notes délicates de Rob Simonsen. Classique mais bien agréable.

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Ben Shemie: « A Skeleton »

Ben Shemie est surtout connu pour son travail avec Suuns, groupe au sein duquel il fait office de chanteur et guitariste. Il fait paraître ici, un premier album solo, intitulé A Skeleton, un dique su’il décrit comme de la « pop expérimentale qui mélange des sons froids et synthétiques avec des touches psychédéliques ».

La proposition s’avère ainsi très différente de l’art-rock auquel il nous a habitués. Délaissant la guitare au profit des machines, développant des mélodies touffues, Ben Shemie démontre avec brio toute l’étendue des sonorités et technique qu’il est capable d’exploiter.

Construit autour de courts motifs de boîtes à rythmes et de synthétiseurs — aux sonorités à la fois froides, machinales et lo-fi —, l’album est résolument minimaliste. Cela est bien entendu inhérent à l’usage de machine, mais aussi au fait que Ben Shemie manipule celles-ci en temps réel, et ce, autant en spectacle qu’en studio.

A Skeleton a en effet été enregistré en une prise au prisé Breakglass Studio, à Montréal. Le musicien mise donc sur une certaine spontanéité, autant dans la création que dans l’interprétation de l’album, sur un rapport humain avec la machine, en tension avec la froideur des atmosphères proposées. La technique de feedback, utilisée selon lui dans la création de l’album, fait en sorte que les morceaux prennent une tournure différente à chaque interprétation.

Malgré ce côté imprévisible, Ben Shemie arrive à investir l’espace laissé vacant par les machines pour y développer des mélodies vocales complexes, mais néanmoins accrocheuses. Plus touffues que ce qu’il nous a habitué avec Suuns, ces mélodies se développent tout en légèreté sur un arrière-plan synthétique souvent répétitif. Empruntant des chemins inattendus, elles amènent une grande richesse harmonique à l’album. Constamment enduite d’une grosse dose d’autotune, la voix de Shemie semble elle aussi issue de machines.

Cette voix est d’ailleurs totalement en phase avec le propos développé sur A Skeleton. Comme le titre de l’album l’indique, on y suit les tribulations et les rêveries métaphysiques d’un squelette évoluant dans un futur proche où l’intelligence artificielle serait dominante par rapport à l’humain. Cette symbolique ramène à la dimension la plus fondamentale de l’être humain : le corps dégagé des traits physiques auxquels ont affuble des catégories sociales de genre, de race, de beauté, etc. Le regard de Shemie se porte ainsi vers l’intérieur, vers ce qui est caché, mais en même temps universel. Sur cette base, il s’attarde aux difficultés de mettre de l’avant une identité individuelle forte.

A Skeleton est d’une grande richesse, tant au niveau musical que conceptuel. Ben Shemie y montre bien la vaste palette qu’il est capable d’exploiter. En effet, si quelques textures sonores peuvent rappeler Suuns, notamment sur Differently, l’ensemble s’avère très différent, et ce, autant dans les mélodies, le propos, les sonorités, que les compositions.

Mais le mélange de sonorités et de genre musical proposé peut s’avérer de prime abord difficile à encaisser. En effet, il faut s’accorder quelques écoutes avant d’arriver à plonger pleinement dans cet univers singulier. On se laisse par la suite surprendre à être habité par les mélodies fortes de l’album. À partir de propositions profondément expérimentales, Ben Shemie arrive ainsi à développer un songwriting de haut niveau. On en revient ici à ce qui fait également la force de Suuns : faire émerger de belles chansons d’expérimentations sonores souvent radicales.

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