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Empirion: « Resume »

Formé en 1993, l’Anglais Empirion a été contemporain de de l’émergence de la tendance la plus dansante et « dure » de la house et de l’electro avec des d’ensembles comme The Empirion sort un premier album en 1996… Et puis plus rien en raison d un cancer contre lequel l’un des membres a bataillé durant pluieurs années, avant de parvenir à s’en débarrasser. Le goût et l’envie de faire de la musique a peu à peu refait surface, jusqu’à la réactivation du groupe fin 2010. Le temps de se remettre d’accord sur la direction à donner au nouveau matériel se matérialise ainsi sur Resume.

Empirion considérait ne pas avoir pu s’exprimer à sa guise ; on retrouve donc ici pas mal d’éléments de la jeunesse musicale du duo. Big beat, breakbeat, techno, techno indus se répandent donc au sein de cet album clairement rétro, aux beats secs et aux boucles entêtantes. Très dancefloor, ce disque est l’enchaînement de onze (longs) titres durs et nerveux, traversés de quelques samples vocaux bien sentis au but principalement rythmique. Resume s’adressera donc surtout aux nostalgiques de l’époque et aux amateurs de musique électronique brutale et vénéneuse, datée aujourd’hui, mais efficace.

**1/2

9 octobre 2019 Posted by | On peut faire l'impasse | , | Laisser un commentaire

My Life Story: « World Citizen »

My Life Story avait signé, dans les années 90, un opus mémorable, Mornington Crescent à une une période où la britpop avait le vent en poupe. Depuis, le groupe de Jake Shillingford a évolué dans un registre plus original où se mêlaient pop traditionnelle et musique de chambre et dans lequel la critique avait trouvé le chaînon manquant entre Blur et Divine Comedy, entre mélodicité et flamboyance.

Quelques albums plus tard, World Citizen, précédé par un « single » «  Taking on The World » qui avait séduit se compose ou se décompose par une série de chansons pop proches de la perfection, uptempo, sentimentales et globalement emballantes comme le classique « No Filter » qui ouvre le bal. Le ton est un brin nostalgique mais l’outrance contenue et l’émotion omniprésente. Ces retrouvailles sont belles, précises et parfaitement contrôlées. Ce qu’est tout autant le très beau « Broken » avec son attaque acoustique implacable et la voix de Shillingford en grande forme.

Les textes sont à l’encan ; posant la question de la confiance, de la sincérité, les grands sentiments qui nous éloignent d’un quotidien dont la côté prosaïques est considéré comme banal voire vulgaire.

Pour s’éloigner de la facilité que procure le côté « cheap » qu’aurait une démarche pop stricto sensu, le groupe a enregistré l’album avec un orchestre entier de plus de 40 pièces à Budapest et… via skype. Ce son naturel est un atout majeur pour le disque qui bénéficie d’une production ample et à la hauteur des ambitions toujours démesurées de Shillingford.

Le leader du groupe n’a rien perdu de son sens mélodique et de sa capacité à nouer des motifs pénétrants. « Sent From Heaven » est une chanson magnifique, simple et efficace avec cette retenue qui contrebalance les effets ampoulés et, dela même manière, « The Rose The Sun », transformera une chanson en apesanteur de façon subtile, élégante et poétique.

On ne trouvera ici rien de fondamentalement audacieux ou de transcendant là-dedans mais une sincérité totale et une justesse dans l’émotion et une foi absolue dans le pouvoir de la pop qui font souvent frissonner. Shillingford a toujours été pleinement engagé dans cette pop sans double fond, à la fois naïve et complètement démodée, mais aussi immédiatement séduisante et fédératrice.

World Citizen profite du charme de la redécouverte pour s’imposer comme quelque chose de paradoxalement nouveau et… qui ne se pratique plus guère de nos jours. C’est beau, grandiose même, brillant à bien des égards. Shillingford joue la proximité jusqu’au bout en faisant le crooner désolé et pastoral sur « A Country With No Coastline », avant de délivrer une stupéfiante et hypnotique performance sur le magnifique final, « Overwinter ». Loin de sa caricature, le groupe enchante une dernière fois avec un titre sombre et sobre qui évoque la fin d’une relation d’une façon bouleversante. Ce morceau suffit à lui tout seul à justifier l’écoute de ce disque du retour.

World Citizen est un album glorieux et l’une des plus belles sorties du néant qu’on ait vue depuis quelques années. On ne sait pas s’il donnera lieu à autre chose mais retrouver My Life Story après tout ce temps interroge sur ce qui est moderne et ce qui ne l’est pas, sur la valeur des musiques conservatrices par rapport aux prétendues nouveautés qui nous agitent d’ordinaire.  On peut sûrement être d’hier et d’aujourd’hui avec la même innocence et la même intensité, et y trouver son compte. World Citizen prouve qu’on peut voyager dans le temps pour le plaisir.

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9 octobre 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Sky Burial: « The Forcing Season: Further Acts of Severance »

Michael Page (alias Sky Burial) présente son seizième album, The Forcing Season : Further Acts of Severance. Au début, cela ressemble à une grande ouverture orchestrale à une pièce de théâtre qui parle peut-être d’une sombre promenade dans les bois. Certains sons rappellent le bal de l’école à la fin de la récréation/pause. Rassurez-vous, cela a, à la fois, un côté surprenant et un virage à gauche complet ou mélodique. Dix titres, chacun simplement intitulé par des chiffres romains, sont chacun leur propre histoire courte, aidée par un bruit et une sonorité industriels intermittents. Au bout d’un moment, on commence à entendre de profonds gargouillements et ce qui pourrait être des plaques qui s’écrasent, c’est vivant et clandestin.

En fait, plus ces chapitres s’approfondissent, plus ils deviennent un mirage particulier. Il y a ce thème « Quasi Close Encounters » tressé par un tambour tribal presque militariste qui semble s’éloigner des moments les plus sereins. Dans cette optique, le disque est finalement pictural, comme si vous analysiez de vieilles bobines de films d’avant l’avènement de l’appareil photo. En fait, vous pouvez même observer le battement d’un projecteur sur IV, car il se replie et la scène s’ouvre sur une sensation de légèreté. Pourtant, une présence inquiétante demeure.

Le « twang » incliné, et les voix sans langue remuent cela peut sembler étrange au premier abord, mais parle davantage à l’essence de la vérité, en laissant être le patrimoine culturel dans son état le plus naturel. Il y a quelques tonalités de surface métalliques surutilisées, mais aucune n’ébranle les qualités d’écoute de l’album. En fait, comme l’atteste la dernière composition (plus de vingt-sept minutes), il y aura toujours des choses qui vont cogner dans la nuit. Et c’est un riche exemple d’un paysage sonore autonome et respirant qui garde l’esprit éveillé la nuit. Comme sa couverture peut le suggérer, c’est un monde inversé, plein d’esprits, imaginatif et laissé à l’écart. De même que l’auditeur en tant que témoin de la lente respiration de son âme.

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9 octobre 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Skinny Lister: « This Story Is… »

This Story Is est un mélange de rock folk estampillé UK, très sympathique, entraînant, et donnant un sentiment d’axaltation. Ses 14 titres nous ramènent aux bons souvenirs des années 80, quand les groupes anglais sortaient pléthores de titres furieusement simples, mais diablement efficaces.
Au regard des thèmes développés, on comprend bien en fait, que les histoires de This Story Is… sont une série de tranches de vie, réalistes et disparates : la vie d’un toxico, l’acte d’un pyromane qui a mis le feu dans l’appartement du chanteur, la perte d’un ami suite à un suicide, mais aussi la libre circulation des armes aux US, l’histoire d’une fausse alerte à la bombe nucléaire ou une erreur d’essence à la pompe !
Le quintet londonien emmené par le duo de chanteur originel Dan Heptinstall et Loma Thomas, aborde tous ces thèmes avec tout autant de légères variations folk rock, et réussit cette combinaison  doucement et parfois délicieusement caustique sur quasiment tout l’album.
**1/2

9 octobre 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Nick Cave & The Bad Seeds: « Ghosteen »

En 2016, Nick Cave & The Bad Seeds nous avait servi un Skeleton Tree des plus sombres et déchirants. On savait déjà que la musique du gang australien nous donnait souvent la chair de poule mais ce prédécesseur nous a tous troublé comme il se doit. Trouvant son inspiration sur la mort accidentelle de son fils, Nick Cave a su trouver les mots justes sur son deuil quasi impossible à faire. Trois ans plus tard, il est toujours intéressant de savoir où il en est avec Ghosteen.

Annoncé au milieu de nulle part, Ghosteen prolonge le voyage intérieur de Nick Cave suite au drame familial qu’il a vécu. Avec la voix sépulcrale qui a fait sa légende ainsi que des compositions venues d’ailleurs et étrangement atmosphériques, il ne semble pas tout à fait avoir fini le deuil. C’est comme si le fantôme (« ghost ») de son défunt fils Arthur le hante jusqu’à maintenant lors des écoutes de « Spinning Song » qui ouvre le bal mais également sur les étrangement méditatifs « Bright Horses » et « Night Raid ».

Il ne faudra donc pas chercher pas les éventuelles ou occasionnelles guitares et batteries tout au long d’un Ghosteen composé de deux albums (le premier album est sous-titré « Les enfants » et le second album est sous-titré « Les adultes »). Nick Cave & The Bad Seeds privilégie les nappes de synthés atmosphériques ainsi qu’un piano plus que discret soutenues par des volutes de chœurs tandis qu’il poursuit son périple endeuillée parfois entrecoupé d’espoirs comme sur « Waiting For You » (« I am waiting for you to return »). Tout au long, on se laisse de nouveau emporter par le pathos qu’anime notre hôte sur « Sun Forest » nous faisant passer par toutes les étapes de l’apocalypse afin d’assister à une renaissance quelconque ou encore « Ghosteen Speaks » où il insiste inlassablement: sur sa présence et son désir que son fils reprenne conscience avant que « Leviathan » ne vienne clôturer ce premier disque de façon solennelle.

La seconde partie consacrée aux adultes est plus expérimentale avec trois morceaux dont deux qui dépassent allègrement les 10 minutes. Nick Cave & The Bad Seeds flirte avec l’ambient sur le morceau-titre ou même avec le spoken word sur le troublant « Fireflies » avant de clôturer la cérémonie avec le cathartique « Hollywood » s’étirant sur plus de 14 minutes. Attendant sa place au soleil ainsi qu’à la paix comme l’affirme sur la conclusion sous un fond d’orgues et de boucles synthétiques obsédantes, la voix sépulcrale nous fournit autant de frissons tandis qu’il traverse avec brio les étapes du deuil où il suit le chemin de l’acceptation selon lui. C’est avec cette saga sonique et dérangeante que le crooner australien arrivera toujours à impressionner.

****1/2

9 octobre 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

that dog.: « Old LP »

that dog. avait dominé les années 1990 en particulier avec leur troisième album Retreat From The Sun avant de séparer brutalement en 1997. Il aura fallu attendre 22 ans pour avoir une suite digne de ce nom et elle se nommé Old LP.

Les éternels adolescents qui sont nostalgiques des années 1990 devraient se réjouir car that dog. reprennent là où ils se sont arrêtés et ce malgré l’absence de Petra Haden. Le désormais trio de Los Angeles renfile les gants et prouve que leur gloire est loin d’être révolue à travers des morceaux power-pop remis au goût du jour comme « Your Machine » en guise d’introduction mais également « Bird On A Wire » et « If You Just Didn’t Do It ».

Pour la nouveauté, le groupe a bénéficié de traitements modernes avec l’intervention de cordes, de cuivres et même de clavecins, that dog. décide d’étoffer un peu plus leur son qui a fait leur renommée sur « Drip Drops », « When We Were Young » ou encore « Down Without A Fight ».

Énormément d’invités se bousculent dans les crédits comme Josh Klinghoffer des Red Hot Chili Peppers qui officie au piano et aux claviers sur « Never Want To See Your Face Again » ainsi que Graham Coxon qui joue de la guitare sur le même morceau. On retrouve même Randy Newman qui signe les arrangements et on sent sa patte sur des titres comme « Alone Again » et « Least I Could Do ». En fin de somme, ce retour de that dog. sonne plutôt comme une bonne nouvelle, celle que les vétérans ont toujours leur mot à dire.

***1/2

9 octobre 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Apprentice Destroyer: « Permanent Climbing Monolith »

Apprentice Destroyer est une formation menée par Steve Peacock, un boulimique de création musicale. Entouré de quelques farfelus, il nous présente ici le deuxième album de son projet à géométrie variable. Un projet très complexe et hautement expérimental qui se divise en six titres à la durée très disparate, de moins de deux minutes à plus de quinze. La teneur musicale de ces titres est clairement kraut rock, mais peut également dévier sur le post rock, le post metal, le noise rock. Rien de très écoutable pour les non passionnés de musique, et si vous ajoutez à ça les vocaux bien criards qui parsèment les titres, vous obtenez un cocktail assez rude pour les oreilles.

Pour les autres, ça reste assez costaud :. gros riffs répétitifs, structures mouvantes, mélodies minimalistes, Permanent Climbing Monolith nous en envoie pléthore d’informations sans nous laisser beaucoup d’opportunités de respirer à l’air libre. L’une des premières réactions est le rejet tant il est difficile d’entrer dans cet album et même d’y rester. Pourtant son jusqu’au-boutisme, sa personnalité forte et radicale a quelque chose de fascinant. Ce style a ses adeptes, et s’il s’avère bien trop raide par moments , il peut parfaitement titiller nos sens à d’autres.

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9 octobre 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire