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David Kilgour & the Heavy Eights: « Bobbie’s a Girl »

Empreint de mélancolie et maîtrisant son art sur le bout des cordes, le chanteur, guitariste, et multi-instrumentalisterevient accompagné de sa formation The Heavy Eights.

Il existe une catégorie d’artiste que l’on suit avec un plaisir jamais démenti. Le discret songwriter néo-zélandais David Kilgour appartient à cette famille. Figure emblématique et pionner de l’indie-rock dans son pays, il débuta sa carrière en 1979 à Dunedin avec les mythiques Clean. Il participa bien évidemment à l’aventure et à l’expansion du label Flying Nun qui proposa à cette époque l’éventail parfait des possibles dans le domaine de la pop et du rock. Les Clean une première fois mis en sommeil, il poursuivra sous divers projets (The Great Unwashed en 82, Stephen en 86 et Pop Art Toasters avec le grand Martin Phillips des Chills en 1994).

Lassé de la pression et des obligations il se lancera en solo à l’orée des années 90. Son objectif musical : étoffer ses mélodies (sortir des influences garage, Velvet  et Lo-Fi) et insuffler davantage de pop dans ses compositions, dans un style musical, qu’il qualifiera lui-même de « soft-rock des seventies » mais serties d’influences country et pastorales. Son premier album en 1992, l’indémodable Here Comes The Cars sera le début d’une longue aventure en solo.

Ce qui séduit dans son œuvre en solo c’est la chaleur de ses compositions, sa voix plaintive si caractéristique et son jeu de guitare élégant et étincelant qui vient former un kaléidoscope chatoyant et généreux. Kilgour étire aussi volontiers ses mélodies sur de longues minutes profondément magnétiques. De temps à autres, mais sans pression aucune, il revient en mode formation et signe alors ses albums avec The Heavy Eights. Les trois vieilles connaissances qui l’accompagnent sont Tony De Raad à la guitare acoustique et électrique, Thomas Bell à la basse et Taane Tokona à la batterie.

Si Bobbie’s A Girl fait référence à son animal de compagnie (nommé en hommage à l’Américaine Bobbie Gentry), cette onzième escapade en solo est surtout habité par le deuil. Très touché par la mort de sa mère et de son ami d’enfance le musicien Peter Gutteridge (The Clean, The Chills et Snapper) Kilgour a laissé filer quatre années et respecté ainsi une longue période de deuil.

Ces deux disparitions ont plongé Kilgour dans un état de mélancolie prononcé. Les mots, les textes et la parole ont été difficile à sortir ou peut-être jugés superflus, car seul 4 titres sont chantés par le songwriter néo-zélandais, le reste est un florilège d’instrumentaux captivants et contemplatifs ; à ne considérer sous aucun prétexte comme un manque d’inspiration, ni même comme un signe quelconque de dépression. En tout et pour tout à peine vingt lignes de textes sont à dénombrer. Kilgour communique avec les notes et les accords, les mots n’ont alors plus beaucoup d’importance.
Bobbie’s A Girl affiche une collection de plages musicales atmosphériques et placides, les arpèges de guitares cohabitent avec quelques chœurs angéliques façon Pink Floyd (« Crawler », « If you were here and I was there ») qui affleurent des tréfonds de l’instrumentation comme un message de réconfort des disparus. Sous l’égide du producteur Tex Houston une vingtaine de titres au total ont été enregistrés dans les studios de Port Chalmers Recording Services. Kilgour a remisé les plus pop et énergiques pour ne conserver que les plus mélancoliques. Cette sélection très cohérente axée sur l’émotion met en exergue le travail des musiciens et nous fait apprécier posément chaque composition.

Le paisible et premier « single » « Smoke You Right Out Of Here » est entièrement dédié à son ami Peter. Les accords sporadiques de guitares mêlés aux nappes d’un clavier lunaire se superposent au chant épars de Kilgour et forment une mélodie rêveuse. Le tableau sera toujours méditatif et souvent axé sur de fragiles pincements de cordes. Le cœur de cet enregistrement ce sont les instrumentaux, ils sont la force vive de ce répertoire et sont particulièrement soignés. Un point commun ils sont tous attractifs : « Entrance » et ses contemplatifs picking de guitare acoustique (dans la lignée des spécialistes du genre) ou le très cinématographique « Swan Loop » qui dérive et chaloupe dans les recoins d’une âme torturée au son du piano de Matt Swanson et des riffs saturés mais fantomatiques de la guitare électrique.

La fin de cet album, superbe, verse dans une veine plus énergique. L’emballant « Looks Like I’m Running Out » cumule coolitude et rythme, quant au final « Ngapara » – l’instrumental le plus rutilant et ambitieux de la série – il regorge de guitares distordues et réverbérées, et constitue avouons-le, la conclusion parfaite de ce nouvel épisode.

****1/2

8 octobre 2019 - Posted by | Chroniques du Coeur | , ,

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