Resolution 88: « Revolutions »

28 septembre 2019

Du jazz Funk fusion comme à la grande époque de Herbie Hancock, du groove à gogo dans une production que l’on jurerait tout doit sortie de 1975, avec ses basses bien rondes, son Fendrer Rhodes, ses parties de batteries enflammées, ses claviers célestes comme chez Lonnie Liston Smith…

Ajoutez à cela une petit touche de Nu Soul et de hip hop et vous obtiendrez un album de jazz des plus plus chaleureux pour les frimas.

***1/2


Santilli: « Surface »

27 septembre 2019

Surface est le premier album de Santilli, un musicien australien basé à Sydney qui livre ici un opus baigné de rythmes et d’ambiances exotiques. Pour cet opus, le multi-instrumentiste associe des notes de guitare acoustique à des synthés et à des sons de percussions divers. Un ensemble musical qui ressemble à un bien agréable voyage au cœur d’une nature foisonnante et tranquille, où l’on irait à la rencontre de tribus indigènes perdues au milieu d’un vaste océan de verdure.

Tous ces morceaux aux tonalités baléariques sont issus de travaux d’enregistrements réalisés entre 2016 et 2018 et qui ont été retravaillés pour cet album inspiré notamment par le style des guitaristes Steve Tibbetts, Miguel Herrero ou encore Steve Hillage.

Pour ses vertus relaxantes et ses délicates harmonies ce disque de « chill out music »méritera plusieurs écoutes qui ne manqueront pas, dans ce cas, de se révéler gratifiantes et apaisantes.

***


Grendel: « Ascending the Abyss »

27 septembre 2019

Grendel est un combo electro-pop qui avance ici , son septième album, sur des pions plus electro-dark pop. La voix est claire et apaisée, on donne plus dans le mid-tempo, et le côté fortement policé et dansant de sa musique est tout à fait étudié. Concrètement, c’est pas mal fait mais ça reste sacrément frustrant si on s’attendait à ce que le groupe renoue de manière plus affirmée avec une electro dark qui écorche les sens.

Ascending the Abyss, qui présuppose de partir bas et de finir dans la lumière, est emblématique de ce climat où on patauge dans une clarté relative , celle-là même qui jalonnera un disque singulièrement dépourvu d’aspérités.

**


Anna Ternheim: « A Space for Lost Time »

27 septembre 2019

En 2017, Anna Ternheim nous avait gratifiés d’un album surprise, All The Way To Rio, arrivé sans prévenir, et qui marquait la fin d’un cycle pour la chanteuse suédoise. Après avoir connu le succès dans les années 2000 avec une Pop aux ambiances presque orchestrales, elle avait pris du recul et s’était concentrée sur des albums sortis à un rythme toujours régulier mais beaucoup plus intimes, notamment The Night Visitor avec pour complices quelques vieux de la vieille de la scène Country Folk de Nashville parmi lesquels Dave Ferguson.

Sa musique a toujours été très personnelle, baignant dans des racines folk. Sa dernière tournée était d’ailleurs particulièrement dépouillée, avec une formation en duo guitare / piano. Elle s’y était tellement attachée ces dernières années qu’on aurait pu oublier ses talents de compositrice « pop », au-delà de la mélodiste, car sa musique a toujours été particulièrement lumineuse.

C’est d’ailleurs avec un vieux complice qui avait su mettre en lumière cette beauté brute qu’elle renoue aujourd’hui : Björn Yttling, qui avait produit Leaving On A Mayday en 2009. Et jprécisément on aura rapidement la sensation qu’elle reprend les choses là où elle les avait laissées 10 ans plus tôt.

A Space for Lost Time est profondément imprégné des sensations qu’elle nous avait fait ressentir à l’époque, notamment la finesse des arrangements qui accompagnent ses compositions, sur le vibrant « Everytime We Fall » et sur le final de « Walk Your Own Way ». Tout en gardant une atmosphère posée et rêveuse, ce disque s’avère néanmoins beaucoup plus direct et facile d’accès.  « I Remember This », nous chante-t-elle au milieu de l’album et subitement nous nous souvenons nous aussi pourquoi sa musique nous avait tant passionnés dans le passé. Anna Ternheim nous raconte ses histoires comme une amie proche, non plus au coin du feu cette fois-ci, mais avec le charme irrésistible d’un album de Pop/Folk raffiné et délicat. Nouveau label, nouveau chapitre : voilà un retour qui est propre à réchauffer les âmes.

***1/2


Attic Ted: « Kafka Dreaming »

27 septembre 2019
Gloire texane s’il en est, Attic Ted a écumé les routes du monde entier avec son freakshow itinérant et ses masques faits à base de cartons de bières. Depuis 2002, le projet centré autour de Grady Roper développe un style unique basé sur une orchestration des plus inattendues : orgue, Casio, clarinette, percussions, Kaoss Pad ou encore une guitare au son si sale que les groupes de garage n’ont plus qu’à aller se cacher. Mais pour ce sixième album, Attic Ted a voulu mettre de côté le home-made pour un plus gros son en enregistrant avec Paul D. Millar à New York. Le résultat est loin d’être lisse, ça sent toujours autant la gnôle et la débauche, sauf que l’écriture et la production ont atteint une telle excellence que l’on tient là, sans nul doute, son meilleur disque à ce jour.
Accompagné du batteur Corby Cardosa, comparse de longue date, et de Chad Allen, grande figure de la scène texane électronique (Zom Zoms, Low Red Center, Oblong Boys…) dont les bruitages et manipulations synthétiques semblent venir directement de
La Quatrième Dimension, Grady Roper pourrait s’inscrire dans des territoires balisés par The Residents, Tuxedomoon ou Butthole Surfers, mais y ajoute une loufoquerie délurée bien à lui et une sorte de réinterprétation de la musique folk/country américaine totalement dégénérée et jouissive. « Skip to the LuLu » donne le ton, se référant à un air populaire pour enfants des années 1840 où les partenaires s’échangent au détour de pas de danse.
Bien sûr, toutes les références sexuelles sont assumées, Attic Ted restant un maître assumé de la débauche dans un coin des États-Unis où les rednecks ont la gâchette facile. Les ritournelles se font grinçantes, le post-punk théâtral et le grand Manitou sait comment nous amener sur le dancefloor. « Stand up if you want To » réinvente ainsi le disco-pogo pour freaks avisés, la ronde prend des airs apocalyptiques sur « 14 Hours », la valse sent bon la bière séchée de fin de soirée sur « Three O’Clock in the Morning » alors que le son country punk de « Tiké Mou » » évoque un voyage survolté dans le Sud-Ouest de la France. Et que dire du funk schizophrène de « Should Have » ? Du Pere Ubu sous acide sans doute.
Les sons étranges fusent de partout, trains qui déraillent, clarinettes orientales, bouteilles fracassées, et cette grande orgie nécessite plusieurs écoutes pour révéler sa fantasque richesse. Attic Ted réinvente bel et bien la pure musique populaire américaine, loin des clichés white trash. Un album fou fou fou qui amène le délire encore plus loin que sur le précédent
Parade Dust Mischief (2016). Addictif.
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Nils Frahm: « Encores 3 »

27 septembre 2019

Des trois microalbums Encores, celui-ci est nettement le plus singulier, peut-être aussi le moins immédiatement éloquent. Presque deux ans après All Melody, voici le dernier des trois chapitres conçus par Nils Frahm — en studio, mais aussi sur scène — en écho à son album-éléphant. Encores 3 clôt donc l’expérience du Funkhaus avec trois compositions aux percussions et aux pulsations électroniques, sorte de nouveau monde à la matière évolutive et dense. S’il s’agit certainement d’une suite logique d’All Melody, les ponts entre Artificially Intelligent, qui ressuscite les chœurs moniaux à la manière d’une machine déréglée, et Amirador, longue transe brumeuse entre aigus et graves qui dégonfle durant quatre minutes, ne sont pas clairs.

Cela dit, les onze minutes d’All Armed sont rudement bien menées : entre la musique de film, la transe de hangar et l’intrigue tropicale, il n’y a qu’un pas. Cette fin mystérieuse à un projet longuement mis au monde n’en est pas encore le point final : la trilogie, sous le nom All Encores, verra le jour en octobre.

***1/2


Sheryl Crow: « Threads »

27 septembre 2019

Il n’en faut pas beaucoup pour perdre le fil, dans la courtepointe toute décousue de la musique au temps du numérique. Threads est un opus à fêter; célébrons ce disque de duos et trios avant qu’il ne s’effiloche, ce serait trop injuste pour celle qui nous a si puissamment émus durant sa carrière. Threads se veut un baroud d’honneur pour l’artiste, une sorte de grand merci aux amis et aux mentors.

La liste est longue, l’affiche exceptionnelle : la revoilà auprès d’Eric Clapton, avec Sting et Brandi Carlisle le temps d’une visite chez feu George Harrison (« Beware of Darkness »). Rebonjour Keith Richards, avec lequel Sheryl s’offre une belle oubliée des Stones (« The Worst »). Bonnie Raitt et Mavis Staples, Kris Kristofferson, Neil Young, Emmylou Harris, James Taylor, Joe Walsh, Willie Nelson, et jusqu’à Johnny Cash d’outre-tombe, ils sont tous là, liés les uns aux autres et liés à elle. Le tissu humain est le plus résistant qui soit.
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Moon Duo: « Stars Are the Light »

27 septembre 2019

Quand on ferme les yeux, il y a des couleurs qui ondulent, des néons qui clignotent. Il y a une fête, mais très floue. Les invités qui y prennent part bougent de façon alanguie, comme ralentis par quelque substance qui suspend les tracas. Sur ce septième album, les Américains Sanae Yamada et Ripley Johnson, meneurs d’une mouvance marquée par la tradition psyché mais toujours encadrée par une idée claire de la structure, se distancient d’une posture un peu rigide qui était la leur pour aborder les choses avec légèreté.

Oserait-on même dire avec facétie ? Il y a un an et demi, Moon Duo a offert un mini fait d’une reprise de Suicide et d’une autre de The Stooges. Les illustres agitateurs auront laissé des marques profondes sur le groupe (Eye 2 Eye). Yamada et Johnson ont dit vouloir se détourner des recherches inspirées de l’occulte qui les occupaient auparavant. Le résultat est une belle célébration de l’ici et maintenant, sans renier le côté « lunaire ».

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Ian & Sylvia: « The Lost Tapes »

27 septembre 2019

L’extraordinaire série documentaire Country Music de Ken Burns aura fait la part belle aux pairages de la scène et de la vie : amours, trahisons, pardons, ruptures, tout se vit dans les refrains partagés par les Tammy Wynette-George Jones et autres tourtereaux chantants. C’était pareil de notre bord de la frontière : un double album de performances inédites d’Ian et Sylvia Tyson, couple royal du folksong canadien, les inscrit au même hôtel des cœurs brisés.

Au-delà de leur immortelle Four Strong Winds et leurs morceaux traditionnels, le répertoire du tandem était très, très country, constate-t-on : de Jimmie Rodgers (« Jimmie’s Texas Blues) à Buck Owens (« Together Again »), de Ray Price (« Heartaches by the Number ») à Lefty Frizzell (« That’s the Way Love Goes »), leurs trémolos se prêtaient idéalement à ces flots de joies et de peines. Notez : la légendaire Lucille Starr (oui, celle du fameux album The French Song) se joint au couple pour deux chansons ; une très agréable cerise sur le gâteau.

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Skyphone: « Marsh Drones »

27 septembre 2019

Skyphone poursuit ici son travail consistant à mettre en boucle des phrases de guitare (acoustique ou électrique) et de les croiser avec des triturations et autres éléments électroniques. Sur trois-quarts des neuf morceaux de Marsh Drones, une petite mélodie, jouée enarpèges imprègne ainsi l’oreille de l’auditeur pendant que les rythmiques et traitements électroniques se chargent d’agrémenter l’espace sonore.

Ces apports synthétiques permettent aux titres considérés d’évoluer, d’éviter tout caractère statique, de gagner en dynamique et en mouvement, faisant même voyager l’imaginaire de l’auditeur qui pourra apprendre, à ce titre, que Marsh Drones a été composé à partir d’un séjour dans le nord-ouest du Danemark. Entre délicatesse du propos et précision des arrangements, Thomas Holst, Keld Dam Schmidt et Mads Bødker. Ayant parfois recours à un chant filtré (« Marksonder ») ou à des pulsations et une ambiance proche du dub (« Murmalvejr) », les Danois ne s’y révèlent pas à leur meilleur, versant dans une forme émolliente que ne rehausse pas le synthé smooth-jazz qu’on trouve sur le second titre nommé.

En revanche, le dialogue entre les accords de guitare de « Rungholt » et les lignes mélodiques quasi-improvisées d’une autre guitare et d’un vibraphone nous plonge dans une atmosphère entre jazz et funk alangui, mélange pas aussi baroque que cela. Autre moment qui sort du schéma traditionnel décrit au début de cette recension, « Les Clouds », dernier morceau du disque, séduit par ses déliés de guitare électrique rêveuse, ses micro-rythmiques grésillantes et ses bribes vocales. C’est typiquement avec ce genre de proposition qu’on se dit que, s’il flirte parfois avec le décoratif, Skyphone reste assurément un bon groupe.

***1/2