Attic Ted: « Kafka Dreaming »

Gloire texane s’il en est, Attic Ted a écumé les routes du monde entier avec son freakshow itinérant et ses masques faits à base de cartons de bières. Depuis 2002, le projet centré autour de Grady Roper développe un style unique basé sur une orchestration des plus inattendues : orgue, Casio, clarinette, percussions, Kaoss Pad ou encore une guitare au son si sale que les groupes de garage n’ont plus qu’à aller se cacher. Mais pour ce sixième album, Attic Ted a voulu mettre de côté le home-made pour un plus gros son en enregistrant avec Paul D. Millar à New York. Le résultat est loin d’être lisse, ça sent toujours autant la gnôle et la débauche, sauf que l’écriture et la production ont atteint une telle excellence que l’on tient là, sans nul doute, son meilleur disque à ce jour.
Accompagné du batteur Corby Cardosa, comparse de longue date, et de Chad Allen, grande figure de la scène texane électronique (Zom Zoms, Low Red Center, Oblong Boys…) dont les bruitages et manipulations synthétiques semblent venir directement de
La Quatrième Dimension, Grady Roper pourrait s’inscrire dans des territoires balisés par The Residents, Tuxedomoon ou Butthole Surfers, mais y ajoute une loufoquerie délurée bien à lui et une sorte de réinterprétation de la musique folk/country américaine totalement dégénérée et jouissive. « Skip to the LuLu » donne le ton, se référant à un air populaire pour enfants des années 1840 où les partenaires s’échangent au détour de pas de danse.
Bien sûr, toutes les références sexuelles sont assumées, Attic Ted restant un maître assumé de la débauche dans un coin des États-Unis où les rednecks ont la gâchette facile. Les ritournelles se font grinçantes, le post-punk théâtral et le grand Manitou sait comment nous amener sur le dancefloor. « Stand up if you want To » réinvente ainsi le disco-pogo pour freaks avisés, la ronde prend des airs apocalyptiques sur « 14 Hours », la valse sent bon la bière séchée de fin de soirée sur « Three O’Clock in the Morning » alors que le son country punk de « Tiké Mou » » évoque un voyage survolté dans le Sud-Ouest de la France. Et que dire du funk schizophrène de « Should Have » ? Du Pere Ubu sous acide sans doute.
Les sons étranges fusent de partout, trains qui déraillent, clarinettes orientales, bouteilles fracassées, et cette grande orgie nécessite plusieurs écoutes pour révéler sa fantasque richesse. Attic Ted réinvente bel et bien la pure musique populaire américaine, loin des clichés white trash. Un album fou fou fou qui amène le délire encore plus loin que sur le précédent
Parade Dust Mischief (2016). Addictif.
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