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Bobby Krlic: « Midsommar »

Après avoir confié son premier long-métrage d’épouvante, le remarqué Hereditary, aux bons soins du saxophoniste multi-bricoleur Colin Stetson, Ari Aster a choisi un autre jeune crack, qu’il a invité à s’impliquer jusque dans le tournage de Midsommar, film où la musique tient à certains moments clefs une place privilégiée. Bobby Krlic est un compositeur britannique que l’on connait à travers le fascinant projet de dark ambient The Haxan Cloak, mais aussi pour sa collaboration avec Björk sur l’album Vulnicura. Sa mission ici était d’épouser une cinématographie surréaliste, inondée de couleurs florales et de lumière aveuglante ; une symphonie du trompe l’œil agrégeant la blancheur inquiétante des garde-robes et la douceur hors du temps du soleil de minuit. A cet effet, la zone de confort définie par les deux albums de The Haxan Cloak se dilate par le renoncement, pour l’essentiel, aux effets d’angoisse et à l’électronique. À la manière de certains travaux pour l’écran du regretté Jóhann Jóhannsson, Krlic s’appuie sur un éventail d’instruments à cordes qu’il habille d’ouvrages atmosphériques. Cela lui permet d’explorer le contexte médiéval/scandinave prescrit par le film, tout en jouant d’une échelle d’émotions contemporaine ‒ quoique brillamment déroutante.


Après un très court éveil du printemps en mode Disney d’avant-guerre, l’ambiance se voile instantanément pour introduire la première tragédie. Elle est annoncée par les pleurs de Dani, l’héroïne, et révélée par une progression de cordes grinçantes, rejointes au bout de quelques minutes par les sourdes pulsations d’un tambourin qu’on devine annonciateur des rituels à venir. S’ensuit « Hålsingland », seule pièce complètement ambient de cette B.O., puis Krlic nous plonge dans le décor pastoral qui sera à la fois éblouissement, transe, ambiguïté et bascule. Ses compositions, bâties sur des harmonies de cordes très simples et envoûtantes, s’étirent à la façon d’un brouillard, qui parfois se rétracte violemment lorsque s’insinue une dissonance, signal qu’il est l’heure de perdre pied. Sans voir d’où vient le danger ni comprendre sa nature profonde, réservée aux cultistes, l’on est réduit à des peurs animales, jusqu’au point du rituel  ‒ à l’écran, une double-scène pour le moins insolite qui a alimenté bon nombre de discussions ‒ où les dernières digues raccrochant les protagonistes à la normalité se rompent, et où s’accomplit la transition vers leurs (in)fortunes respectives.
« Fire Temple », belle apathie à cinq temps, parachève le voyage en forme de travelling arrière, où l’œil découvre, comme dans les soleils de J.M.W. Turner, une dissolution des formes et des sens au cœur d’une commotion de lumière. Au-delà des excentricités néo-païennes du protocole, la véritable tentation de Midsommar se révèle alors : la joie communiée de se confier corps et âme à un usage rassurant car immuable et imperméable au monde extérieur. Retourner à la source de tout jusqu’à, un jour, n’en plus revenir.

***1/2

20 septembre 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , , | Laisser un commentaire

Girl Band: « The Talkies »

Aussitôt après le E.P. The Early Years et le très remarqué Holding Hands With Jamie, il y a quatre ans, Girl Band se sont fait assez discrets et ils avaient une bonne raison pour cela puisque l’état mental de leur leader, Dara Kiely, mis en avant dans les textes de la formation dublinoise, a eu raison de lui, les obligeant à annuler de nombreuses dates de leur tournée européenne.
Ce
ne sera qu’en 2016 que le groupe reviendra sur scène, en particulier lors de la cinquième édition de « We Love Green ». Depuis, le guitariste Alan Duggan a formé The Claque avec des amis d’enfance pendant que Kiely prenait du temps pour lui afin de régler ses problèmes personnels. On n’attendait donc pas forcément ce second album – ironiquement nommé The Talkies après un long silence radio – sans doute cathartique pour le jeune irlandais.

Le disque débute d’ailleurs par « Prolix », introduction immersive dans le mental du chanteur à travers deux minutes d’une crise de panique enregistrée durant une des sessions du quatuor, puis un « Going Norway » introspectif et le schizophrène « Shoulderblades » rendent tous deux compte de son état actuel. Toujours aussi torturé, il semble toutefois plus ouvert et moins cryptique que sur le premier opus du groupe. Quant à la musique…
Tout comme
avec « Holding Hands With Jamie »
sur leur premier album, il est difficile après de multiples écoutes de se faire un avis définitif sur The Talkies. À la première écoute, l’album semble plus accessible que son prédécesseur ; après plusieurs autres, on découvre encore de nouvelles choses grâce à des morceaux aux structures toujours aussi peu conventionnelles.
De prime abord, on entend des accents pop de-ci de-là, que ce soit sur le Clinic-esque « Salmon Of Knowledge », « Caveat « et sa pop rock mainstream ou encore la lente ballade « Prefab Castle » ; après une dizaine, Kiely laisse échapper des cris irascibles et répétitifs sur « Salmon Of Knowledge » alors que « Caveat » bâtit un mur de guitares infranchissable et que la batterie de « Prefab Castle » rendra temporairement sourd.


À la première écoute, on a la sensation d’avoir face à soi une succession de « singles » plus attachants les uns que les autres, que l’on s’attend à entendre à la radio entre une Ariana Grande et un Ed Sheeran tant l’on a ingurgité et réingurgité ces dernières années « 
Holding Hands With Jamie ». Par la suite, on ne comprend toujours pas ce que l’on écoute et,

au final, le seul sentiment constant et immuable sera une impression globale qui jalonne le disque. On sait, si l’on est tombé sous le charme de « Holding Hands With Jamie », que l’on a affaire une seconde œuvre tout aussi réussie et complexe que la première. Autant l’album est mouvant, nous entraînant à changer d’avis à chaque écoute, autant la note finale reste la même, de la première à la dernière seconde, de la découverte aux constantes redécouvertes une fois le disque posé sur la platine.
The Talkies rendra même l’auditeur fou, faisant communiquer entre elles de nombreuses voix contradictoires dans son esprit ; on se trouve au cœur de la musique de Girl Band tant elle nous habite. Kiely est à présent plus à même de décrire ses émotions et les mettre à plat, en accord avec la musique et le rythme du groupe, auparavant indéfinissables, aujourd’hui plus en phase que jamais avec nous-même et notre époque.

***1/2

20 septembre 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Märvel: « Guilty Pleasures »

Le rock d’antan a le vent en poupe. Même chose pour le heavy metal. Et il n’y a pas de quoi s’en plaindre, puisque ces genres recèlent de véritables pépites et Guilty Pleasures ne fait que le confirmer. Märvel est un combo suédois pratiquant un hard rock / heavy metal bien rétro et mélodique. Mais là où ce huitième album est intéressant c’est qu’il est constitué de reprises! Alors bien sûr, il ne s’agit pas de titres emblématiques de notre époque actuelle revisités à la sauce old school, mais bien de hits (ou des presque hits) de grosses pointures du rock, sans trop de limitations de décennies d’ailleurs. Dans la playlist, on croise Elvis, Reo Speedwagon, Kiss, Dire Straits (« Sultans of Swing »), Toto, Monster Magnet.

Peu importe d’ailleurs qu’on connaisse ou pas les orginaux, car Märvel les reprend véritablement à son service, les transformant pour les faire entrer dans le carcan qu’il s’est choisi. Autant vous dire qu’il y arrive formidablement bien, et qu’il est impossible de ne pas taper du pied en rythme et être emmené par l’énergie communicative du combo. De quoi donner envie de découvrir les albums les plus classiques des Suédois.

***

20 septembre 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

The 69 Eyes: « West End »

The 69 Eyes revient donc trois ans après un plutôt correct Universal Monsters avec, sans doute, la désir de pour perpétuer sa recette de rock gothique efficace et fédératrice. On sent chez eux une volonté un peu plus affirmée de renouer avec la formule qui avait fait leur succès au début des années 2000, à savoir un rock gothique légèrement métallique, très accessible et volontiers kitsch, tous synthés dehors. Il suffit d’écouter le premier extrait de ce West End, « 27 & Done », ou l’accrocheur « Black Orchid » pour constater combien les réminiscences des « The Chair » et autres « Brandon Le » » éclipsent ici les couleurs plus hard rock qui caractérisaient une bonne part de leur écriture depuis l’album Angels (2007). Difficile de parler d’opportunisme sachant que ces douceurs poppy goth, consœurs un brin plus racées que celles de HIM, n’ont plus le vent en poupe depuis un certain temps déjà ; mais 69 Eyes semblent décidés à remettre le genre sur le devant d’une scène dont ils représentaient et représentent toujours les principaux chantres (« Change », « Death & Desire » ». Pour autant, ils ne renoncent pas au roll, quand bien même ils appuient davantage le goth, notamment en fin d’album. On retrouve les riffs musclés et les gros chorus (« Outsiders », « Cheyenna » », « The last House on the Left » », ou un feeling plus bluesy (« Hell has no Mercy »).


L’ensemble, indéniablement efficace et conçu pour cartonner (les duos avec Dani Filth, Wednesday 13 et Calico Cooper en témoignent),
cela donne, toutefois, l’impression, au final, de ne pas savoir exactement où se situer, ni par quel angle aborder sa recette pour séduire le plus de monde possible. Heureusement, la voix de crooner goth de Jyrki 69 et la production léchée homogénéisent un disque de facture honorable, qui plaira aux adeptes et donnera du grain à moudre aux éternels détracteurs de ces sympathiques corbeaux qui jouent insolemment avec les clichés teen de la goth culture 90’s

***1/2

 

20 septembre 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Bethlehem Steel: « Bethlehem Steel »

Il y a plus d’un an, on avait fait connaissance evec un combo venu tout droit de Brooklyn répondant au nom de Bethlehem Steel avec un troisième album nommé Party Naked Forever. Le groupe est mené par Rebecca Ryskalczyk au chant et à la guitare était du genre à dresser le panneau d’alerte à coup de compositions féroces ; son quatrième album prolongera cette même optique.

À travers ces dix nouvelles pièces, le groupe de Brooklyn continue à perpétrer le chaos qui les entoure et le fait avec distinction. Il suffit d’entendre le titre d’ouverture nommé « Sponge » pour prouver que Bethlehem Steel n’a rien perdu de sa verve avec sa montée en puissance qui prend aux tripes tandis que Rebecca Ryskalcyzk arrive à jouer avec nos émotions. On peut en dire autant pour d’autres titres beaucoup plus directs avec « Govt Cheese » et « Empty Room ».

Des moments incongrus peuvent survenir quand on s’y attend le moins ; ce sera le cas notamment à l’arrivée d’un violoncelle sur « Couches » qui comprend un crescendo démentiel tandis que la chanteuse et guitariste ne mâche pas ses mots acérés, oucelle d’un saxophone sur « Bad Girl » qui condamne la toxicité masculine. La véritable force de cet opus restera Rebecca Ryskalczyk qui joue le rôle de chef-d’orchestre menant le groupe là où elle veut mener. On citera la pièce maîtresse « Not Lotion » où elle clame la validité de ses émotions, et, à pârtir de ce moments, les instrumentations se feront de plus en plus denses et le chaos de plus en plus noir.r.

On citera d’autres moments de bravoure comme « Read The Room » et « Four Aliens » qui montrent un sacré potentiel de la part de Bethlehem Steel. La conclusion des plus sombre la bien-nommée « New Dark » où elle imagine retrouver son harasseur sur sa route et lui rappeler ses errances. Avec ce nouvel album, le quatuor de Brooklyn arrive à coucher sur papier et en musique leurs préoccupations les plus sombres et à en faire un incroyable et impeccable brûlot.

***1/2

20 septembre 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Tiger Army:  » Retrofuture »

Tiger Army fait dans le psychobilly, du moins du temps de ses deux premiers albums. La suite n’a pas été à la hauteur du renouveau que les Californiens apportaient au genre, aussi ce sixième opus risquait de ne pas avoir droit de cité.

L’écoute renforce ce sentiment de déception tant le répertoire du groupe est plutôt mou du genou ; ainsi, « Prelude : tercio de muerte » ne pourrait moins mériter son nom. Pas le moins du monde menaçant, il se contente d’amener un riff des plus classiques vers une conclusion un peu plus enlevée mais pas enthousiasmante pour autant.

Apres « Beyond the Veil » et « Last Ride » l’ambiance retomnera tout comme sur un « Valentina » sans fièvre. « Death Card » nous fera croire à un léger sursaut, tout comme « Sundown » qui donnera le change. « Eyes of the Night » est le titre le plus psycho, mais pas le meilleur et « Mi Amor la Luna », sera l’habituelle ballade latin rock. Le tout est cliché et, au même titre que linstrumental « Night Flower », soporifique. On dit que la chance ne sonne pas plusieurs fois à la même porte ; on pourrait craindre ici que Tiger Army ait presque totalement épuisé ses jetons.

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20 septembre 2019 Posted by | Chroniques qui gueulent | | Laisser un commentaire

Cultdreams : « Things That Hurt »

Things That Hurt fait partie de ces albums qui ne fait pas mentir son titre ; tout y est incandescent mais dans le spectre de l’ultraviolet. Et si la doulour ou ma violence y sont prégnantes elle est si gravée qu’elle en devient larvée, mentale, psychique plutôt que physique.

Things That Hurt est une ode au désespoir latent, la célébration d’une existence de déceptions et de frustrations mises en musique avec talent. Pour tout ceux qui aime le chant emo, mâtiné de shoegaze, de post punk, et d’un poil de grunge et qui fraient dans le segment de la désillusion.

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20 septembre 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Loscil: « Equivalents »

Revenu à une formule en solo, après plusieurs disques sur lesquels il était accompagné d’autres musiciens, Loscil nous livre un nouvel album qui intervient alors que nous avons encore en mémoire le très bon concert donné à Nantes, dans le cadre du Festival Soy en novembre 2017. Pour Equivalents, le Canadien est à nouveau parti d’une source artistique tierce puisqu’après un film de Philip Glass, ce sont des photographies d’Alfred Stieglitz qui l’ont ici inspiré. La série de clichés qui donne son nom à l’album saisissait des nuages et de la fumée, ce qui a conduit Scott Morgan à composer huit morceaux majoritairement constitués de nappes superposées, formant des atmosphères ombrageuses et assez denses.

Avec des titres agissant dans la durée (six minutes et trente secondes de moyenne), Loscil parvient à faire évoluer ses créations mais celles-ci manquent malheureusement, sur la distance, de relief, comme si elles paraissaient trop plates, carencées en cadences et trop pauvres en variation. Certes Scott Morgan accueille-t-il quelques vocalises féminines qui permettent de diversifier un peu son propos (« Equivalent 6 »), comme peuvent le faire aussi les touches de clavier perlant ici ou là (« Equivalent 8 »), mais le manque de rythmiques se fait néanmoins patent.

Alors, en soi, non n’a rien contre les disques arythmiques, mais, sachant ce dont le Canadien est capable, il apparaît presque bridé sur Equivalents. Peut-être faut-il y voir une forme d’exercice de style, un pas de côté entre deux propositions plus ouvragées et plus riches instrumentalement.

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20 septembre 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Your Smith – Wild Wild Woman

La musicienne Caroline Smith officie sous le pseudonyme Your Smith et possède un sacré univers musical. Baignant entre indie pop et R&B, la native de Minneapolis qui a déménagé à Los Angeles continue son bonhomme de chemin avec un nouveau mini album intitulé Wild Wild Woman.

Composé de cinq titres, Your Smith s’offre les services de Tommy English à la production (Kacey Musgraves) ainsi que d’Alex et Alex, Captain Cuts et Ethan Gruska (Pheobe Bridgers) afin de peaufiner son son.

La musicienne est de nouveau dans son élément avec des titres résolument pop comme « Man Of Weakness » en guise d’introduction mais également « In Between Plans » et « You Could’ve Tell Me ». Mélangeant passé, présent et futur, elle sait incarner l’essence d’une époque avec ce second opus indescriptible et captivant.

***1/2

20 septembre 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , | Laisser un commentaire

Dux Louie: « Tonight in Neon Moon City »

Dux Louie est un jeune groupe qui nprésente ici son deuxième disque. Agé d’à peine un an, le quintette pratique un style qu’on imagine mal sortir d’Allemagnes a terre originellle ; le surf rock. Bien sûr, il aurait pu se contenter de se la jouer revival. D’autres le font très bien sans que je ne trouve quoi que ce soit à leur reprocher. Mais ses membres le coupent à l’indie rock et à la lounge pop.

Ceci aboutit à huit titres inégaux mais sympathiques. Ce disque sonne un peu comme un disque de branleur, mais c’est le genre qui veut ça. Et si on ne ressort pas complètement sous le charme, il est inutile de nier le savoir-faire du combo et on ne peut que les encourager à continuer dans ce sens, tout en y mettant n peu plus de conviction et d’énergie.

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20 septembre 2019 Posted by | On peut faire l'impasse | | Laisser un commentaire