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The Slow Show: « Lust And Learn »

Ces Mancuniens avaient séduit avec deux albums marquants. Deux disques majestueux et atmosphériques qui les plaçaient dans le sillage de Elbow ou Lambchop. Trois ans ont passé sans nouvelles du groupe mais ils reviennent enfin avec un nouvel opus où, dès les premières notes de l’instrumental « Amend » qui l’ouvre, rien n’apparait changé.
Le titre débute par des notes de piano classiques avant que les synthés ne prennent le relais et n’élèvent le morceau vers des cimes presque hors d’atteinte qui le placent à l’égal des plus grands, de Nick Cave à Leonard Cohen. Lorsque « Low » résonne ensuite, on sait alors comme on le pressentait depuis le début que l’on a affaire à un presque chef d’oeuvre. Les choeurs sur ce titre sont dignes de chants religieux et créent une émotion à nulle autre pareil. On se demande alors si l’on ne rêve pas, si le reste du disque va continuer de voler à ces hauteurs stratosphériques.
« Hard To Hide » montre que oui avec la superbe voix cristalline de Keisha Jones. Voix qui fait encore des merveilles sur le morceau suivant, « St Louis », un titre qui rappelle les grandioses Prefab Sprout. The Slow Show, que l’on a souvent qualifié comme le moins mancunien des groupes de Manchester, continuent de mériter cette appellation. On est encore une fois ici plus proche d’une folk éthérée ou d’americana que de pop ou de dance.

Lust And Learn est un album contemplatif qui, comme les précédents opus du groupe, s’avère en tout point remarquable au niveau des arrangements. On sent que ceux-ci ont été travaillés avec la précision d’un horloger, que rien n’a été laissé au hasard. La voix de Rob Goodwin envoûte littéralement l’auditeur sur les douze plages qui composent l’album. Ce disque est vaporeux, brumeux et pourrait être la bande-son d’un film tant il travaille du début à la fin sur les ambiances. Places You Go le conclut avec des choeurs christiques du meilleur effet.
Lust And Learn est un album d’une telle richesse et d’une telle complexité qu’il mérite moult écoutes, celles-ci n’épuisant jamais tous les trésors cachés dans cet opus. On dit souvent que le troisième album est le plus difficile à composer. Cela ne semble pas avoir été le cas pour The Slow Show qui, après deux premiers superbes essais, nous offrent une nouvelle splendeur derrière laquelle on ne peut que s’incliner.

***1/2

6 septembre 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Lana Del Rey: « Norman Fucking Rockwell »

La vie, en un mot, n’est pas une illustration nostalgique de Norman Rockwell. « Goddamn, man-child / You act like a kid even though you stand six foot two / Self-loathing poet, resident Laurel Canyon know-it-all », chante Lana dans la chanson-titre. Dans le baba, le poète maudit sur lit de piano triste. Plus loin, c’est Lana qui s’attendrit sur un souvenir comme si c’était une illustration de qui-vous-savez : « Oh God, miss you on my lips / It’s me, your little Venice bitch / On the stoop with the neighborhood kids. »

Contradiction ? Mais oui, ce cinquième album est tout et son contraire. Et les contraires se repoussant autant qu’ils s’attirent, Lana Del Rey se prend exprès au jeu de la séduction et du mépris, assume l’abandon (« Fuck It I Love You ») tout en contrôlant ses dérapages. (« Bartender »). Et c’est chanté de son habituel ton lascif et désabusé de New-Yorkaise dans un film noir californien. Ah ! Lana ! Délicieusement inventée, adorablement fausse. À notre corps défendant ; on lui dit oui… et non.

***

6 septembre 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Tool: « Fear Inoculum »

Avec un nouvel album après13 ans, il était certain que Tool se ferait comparer à d’autres désastres de la musique rock comme Chinese Democracy de Guns’N’Roses mais on pourrait également dire que Portishead a pris 11 ans pour Third et que Daft Punk en a mis huit avant la sortie de Random Access Memory. Comme quoi, on prend souvent pour acquis que les artistes doivent nous faire des albums. Alors que ce n’est pas rigoureusement vrai.

Tool est depuis des lustres la cible d’attaque. Certains les trouvent « too much » et de l’autre côté, les fans ne jurent que par eux. On lira donc des critiques qui se placeront aux deux extrêmes. La vérité, en toute humilité, est quelque part entre les deux. C’est résolument le moins bon album de Tool en carrière. Mais Tool, même à son pire, clenche aisément bien des créateurs. Parce qu’on peut rouler des yeux devant leur métal progressif, ça demeure de très bons musiciens qui savent composer.

Fear Inoculum est la suite logique de 10 000 Days. Les compositions continuent de s’allonger et la place est donnée à Adam Jones et Danny Carey pour respectivement ce qu’ils savent faire. On sent que l’investissement de Maynard James Keenan n’est pas le même qu’à une autre époque dans le processus complet de l’album. Par contre, il semble se fondre facilement dans l’univers que les trois autres musiciens lui offrent.

La meilleure composition de l’album arrive dès la deuxième plage avec « Pneuma ». C’est un bon riff à la Tool et la section rythmique se permet des fantaisies qui sont bien agréables à l’oreille. Keenan se fond dans le tout avec des paroles qui appellent à se dépasser en tant qu’humain. Un thème qui est cher à Tool depuis Ænima. Les passages plus lourds font la job et donnent envie de se lancer dans un bon headbang lent et appuyé.

« 7empest » qui arrive à la toute fin de l’album est une pièce qui rappelle l’époque Lateralus. On y retrouve une lourdeur et une agressivité qui était absente depuis quelque temps chez Tool. Avec ses 15 minutes 44, le morceau nous emporte dans toute sorte de détours où les musiciens du groupe se donnent en spectacle. Sur album, c’est plus ou moins efficace. Mais le travail de recherche de sonorités y est. Après, il faut vraiment aimer le prog. Ça semble un tantinet surfait et on se demande si le groupe ne fait pas exprès pour en rajouter. Ce qui ne serait pas surprenant.

Fidèle à leurs habitudes, Tool nous bourre le tout d’interstices qui sont plus ou moins convaincants et nécessaires. Ici, ça n’a pratiquement rien à voir avec la lage suivante. C’est un peu superflu, surtout pour un album qui dure 87 minutes.

Fear Inoculum n’est pas le meilleur album de Tool, mais ça fait honnêtement le travail. Est-ce que ça valait 13 ans d’attente? Non. Est-ce qu’on s’en soucie ? Oui. Il y a de bonnes pièces sur l’album qui est peut-être le dernier du groupe. Si vous aimez déjà le groupe, plongez-vous dedans, vous aurez du plaisir. Si vous les haïssiez déjà, vous allez continuer de les haïr.

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6 septembre 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire