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Michael Cutting: « Stills »

Le bruit par lequel est introduit Stills de Michael Cutting est un son immédiatement reconnaissable pour la plupart des gens qui ont plus d’un certain âge ou qui aiment jouer avec des équipements audiovisuels plus vieux qu’eux : c’est le son d’un bouton en métal ou en plastique de la taille d’un doigt appuyé et qui engage mécaniquement une sorte de processus de lecture. Dans ce cas, à en juger par les images de l’album et aussi par la façon dont il sonne, le bouton appartient probablement à un lecteur de cassette modifié, un projecteur ou un autre appareil de lecture de bandes ou de films à roulette et autres pièces mobiles. Cutting est la moitié de Kinder Meccano (l’autre moitié étant Vitalija Glovackyte), et l’intérêt pour le bricolage, l’électronique modifiée et adaptée déborde de ce projet dans son travail solo. Stills est plus ciblé, cependant, impliquant surtout des manipulations de lecture de bandes.

Ce cliquetis est suivi d’un silence, puis de doux sons tourbillonnants, sonnant dans le timbre, bouclant, s’entrechoquant rythmiquement et s’entrechoquant l’un sur l’autre. C’est un mélange à la fois étrange et familier, apaisant et anxogène à la fois. Les accords syncopés de la plagesuivante, presque jazzy et presque syncopés, roulent pour s’arrêter, puis recommencent, rejoints par des sons durs et tranchants. Le rythme s’essouffle ensuite pendant un moment, avec des tonalités hautes doucement hurlantes sur des accords chauds et ambigus, avant qu’une chute de basse n’entraîne des rythmes de guitare frémissants. Cette légère teinte jazzy reviendra plus tard dans l’album, cette fois dans de longues notes étouffées de ce qui ressemble à des trompettes sourdes, des carillons silencieux avec un bourdonnement, un bip et un crépitement de chantier.

L’utilisation de la mélodie par Cutting – plaintive, désinvolte, parfois décalée – convient parfaitement à la nature de ses «  instruments «  sur bande, avec leurs défauts inhérents, leurs incertitudes et leurs moyens de production sonore. C’est presque comme s’il cherchait à donner une voix aux personnalités d’appareils comme les vieux magnétophones et les projecteurs de bobines, ou du moins à y projeter un certain personnage. Prenons l’exemple de la mélodie rapide et enjouée sur le morceau « Ardoise », qui finit par s’estomper, trébucher et finalement faire place à des accords lents et légèrement tristes : avec un peu d’imagination, on entend les sautes d’humeur d’un enfant enjoué dans un univers robotique. Stills est plein de ces contrastes attrayants de mélodie, d’harmonie et de rythme, rendus d’autant plus fascinants par la manière dont ils incorporent la nature matérielle des machines et des processus qui les produisent. L’album se terminera, comme attendu voire espéré, là où il a commencé, avec le cliquetis d’un bouton.

***1/2

27 août 2019 - Posted by | Chroniques du Coeur | ,

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