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Finsterforst: « Zerfall »

Certains albums en disent beaucoup, rne serait-ce que par leur intitulé. Zerfall par exemple ; il ne faudra pas longtemps à un connaisseur, sans même avoir déjà entendu une note des Allemands de Finsterforst, pour deviner qu’il s’agit de folk metal. Précision ; de black folk orchestral. Au programme donc, de longs titres aux envolées héroïques grandioses, des choeurs guerriers, des parties folk exécutées à l’accordéon, au hautbois, au tin whistle. En voyant la durée totale du disque ou pourrait avoir peur de s’ennuyer. Il n’en est rien. Même le morceau-fleuve « Ecce homo » (plus de 36 minutes !) parvient à ne jamais perdre son auditeur dans ses méandres, alternant entre tempête metal, accalmies folk, moments héroïques théâtraux et mise en ambiance.

Le sinal sera grandiose et à déguste.r Bien sûr, tout cela est en langue allemande, mais c’est la barrière à franchir le plus souvent pour des oeuvres de ce genre, et c’est aussi ce qui leur confère leur caractère. Puissance, mélodie, caractère épique, émotion se tirent la bourre dans cet album qui prouve que ce septième opus n’est pas « un de plus » dans la discographie de Finsterforst qui a,ici, fait un pas de géant, à même de réconcilier fans de la première œuvre et progressistes de tout poil. Bref, cette nouvelle offrande aux divinités païennes est une sacrée réussite, qu’il était urgent de faire partager.

***1/2

24 août 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | | Laisser un commentaire

Tropical Fuck Storm: « Braindrops »

Un peu plus d’un an s’est écoulé depuis le tonitruant A Laughing Death In Meatspace et, depuis, le combo a tenté de récolter le fruit des graines ainsi semées en enchaînant concerts et tournées. Concrétisation est désormais donnée avec un « follow-up » nommé Braindrops.

Ponctué de ruptures et de spasmes,se veut être un disque qui donne un vrai sens dà la notion de déclin. Celui de notre monde au rythme des fake news, des crises à tous les étages, et des réseaux sociaux désespérants de bêtise crasse. Au milieu de tout cela, Tropical Fuck Storm a décidé de faire front à sa manière.Le quatuor s’empare de la folie ambiante, puis la propage en diffusant par bouffées euphorisantes les contours d’un monde que traversent des agents du Mossad, des aliens, un débat houleux sur Twitter, et Eugene Landy, le médecin qui a drogué et manipulé Brian Wilson pendant des années.

Il faudra donc accepter de se perdre au milieu de cette suite de morceaux erratiques, peuplés de figures, d’images, de fictions. Ici, le rire et le désespoir se font entendre équitablement, tous deux accordés dans un même grand geste qui engloutit tout. Cet effondrement, on le ressent via des compositions à l’inquiétante étrangeté. Symptomatiques d’une entreprise de séduction toute particulière, « Paradise », « Who’s My Eugene? » ou encore « The Happiest Guy Around « nous aspirent autant qu’ils nous repoussent. De par son sens des effets et du dérapage, son incroyable alchimie entre beuglantes et voix féminines, Tropical Fuck Storm demeure sans conteste le groupe le plus indiqué pour nous aider à nous mesurer au marasme environnant

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24 août 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

The One Armed Man: « Paper Bird »

Si l’oiseau de papier qui sert de figure de proue à ce nouvel opus de The One Armed Man fait référence à l’art ancestral de l’origami cher aux Nippons, c’est encore et toujours à l’Ouest qu’on cherche du nouveau, dans ces territoires où l’americana tire le meilleur des racines historiques pour faire du neuf. Ici, davantage que la country, c’est le blues qui sert de vivier pour puiser une inspiration faite de complaintes, d’accords chaleureux et de petit solo déchirant mais qui muscle son jeu pour devenir un bon rock à l’attitude « old school » mais au son très moderne.

Même avec une petite balade acoustique (« In the Warm Sunlight »), Paper Bird est plus homogène que Black Hills, il semble également moins torturé, sans pour autant lâcher des sourires juqu’aux oreilles du fait de thèmes peu guillerets (« Whispers in the Dark », « The Paper Bird Killer », « Love is a Lonely Road »). Mais dans The One Armed Man, il y a un coeur qui bat et qui insuffle une dynamique et qui va de l’avant « Sweet Anger », « Ecstasy ») et qui correspond assez bien à l’idée directrice proposée ici par le quatuor : un homme frappé d’amnésie qui redécouvre peu à peu son histoire.

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24 août 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | | Laisser un commentaire

Lingua Ignota: « Caligula »

La Lingua Ignota, langue inconnue en latin, est un idiome construit au XIIe siècle par la mystique Hildegarde de Bingen. Une langue dont l’usage est inconnu, mais qui changeait les noms des êtres et des choses, avec l’inspiration divine de sa créatrice. Nommer, chanter l’inentendu. C’est sur ce point que la Sainte et Kristin Hayter se rejoignent. La jeune Américaine aurait difficilement pu choisir un nom d’artiste plus proche de son travail.

Survivante à plus de dix ans d’anorexie mentale, de violences domestiques physiques, sexuelles et forcément psychologiques, Lingua Ignota chante et crie l’insupportable et crève les abcès des non-dits. Sorti le jour de la Saint-Valentin en 2017, son premier album, Let The Evil of His Own Lips Cover Him, était une libération. Son chant pouvait enfin recouvrir toutes les épreuves de sa vie. Une voix énorme, irrépressible, brillante à pleurer. Diplômée d’arts appliqués et de littérature, celle qui réalisait une thèse de 10 000 pages, soit l’équivalent de son poids en papier, parvient depuis deux ans à fondre avec la même force ses inspirations et autant de fardeaux dans son œuvre musicale.

Sorti quelques mois après sa collaboration avec The Body,Caligula s’ouvre en incantations étranges, comme une prière prévenant la longue malédiction qui l’accompagne. Sa voix claire et grave s’élance sur des harmonies qui semblent appartenir à un temps très éloigné du nôtre. On ne s’avancera pas sur les croyances potentielles de Lingua Ignota. Entre l’imagerie, les paroles et les titres de ses morceaux, tout indique que c’est compliqué. C’est après cette intro que le chant vrille, poursuivant la problématique majeure de sa discographie : les hommes. Vos amis, vos amants, vos violeurs, votre Jésus dont l’artiste se présente pourtant comme l’amie pieuse et la servante. Pas de distinction, pas d’exception, la condamnation est totale. Ils sont chantés, criés, noyés parfois dans les larmes. L’inentendu évoqué plus haut, Lingua Ignota lui donne forme en hurlant pour que personne ne soit plus jamais sourd.

L’album oscille entre drone et « murder ballads », entre chant lyrique et cris saturés. Tout est cohérent dans une dépression noire qui bave sur le monde. Soutenu par des textures métalliques, Caligula rend le mal par le mal. Dans « Fragrant is my many Flows-ered Crown », Hayter semble timbrer sa voix en avalant sa langue, prête à vomir. L’instrumentation soutient l’angoisse dans un mix qui mêle écho liturgique et compression maximale. Poursuivant les contrastes, elle invoque son seigneur et prie en latin de la même façon qu’elle invoque Aileen Wuornos, travailleuse du sexe condamnée à mort en 2002 pour homicides alors qu’elle plaidait la légitime défense. Par des samples, par son nom, sa mémoire est ravivée dans les trois albums de l’artiste.

Si l’on peut apprendre quelque chose de Caligula c’est que son autrice n’a aucune illusion et n’en permet aucune. Mais on peut lire dans certaines paroles un pardon, et ses efforts quasi sacrificiels en live laissent penser que Lingua Ignota est une artiste qui donne avant tout, inconditionnellement. Qu’elle trouve dans la musique un soin, un secours ou une purge, c’est aussi pour rendre tout ça en concert, devenant alors un canal pour son public. Esclave de son passé, elle porte ses chaînes en majesté sur l’illustration de l’album. Des chaînes sublimées dont « son corps brisé en chacun de ses os » se charge, toujours droit. Il n’y a rien à espérer pour Lingua Ignota, elle connaît mieux ses chaînes que n’importe qui. Rien, si ce n’est qu’elle parvienne à les supporter.

****1/2

24 août 2019 Posted by | Chroniques du Coeur | , , | Laisser un commentaire

Markus Mehr: « Dyschronia »

L’Allemand Markus Mehr publie ici son 7ème album studio sur toujours la même structure australienne. Il y affirme un style sans concessions puisque cette nouvelle production est certainement la plus expérimentale qu’il ait pu sortir.

Markus Mehr joue avec les contrastes. Il est capable d’aligner sur un même titre des ambiances poétiques et des textures bruitistes, des atmosphères changeantes et surprenantes, pas faciles à suivre et qui peuvent facilement rebuter. L’auditeur est tout de suite mis dans le bain sur « Dyschronia 1 » avec son quasi silence en guise d’ouverture, ses envolées de cordes probablement samplées d’un disque de musique classique, puis sa basse nasillarde qui finit par tout emporter avec son lot de cassures, déchirures, improvisations métalliques et chuintements divers. Tellement déconcertant que s’il s’agissait d’un live on pourrait penser que l’ordinateur de l’artiste est en train de bugger. Pourtant ici tout est normal puisqu’un peu plus tard ce sont des chœurs religieux qui font leur apparition, accompagnés de cordes éraillées…

Si on parvient à passer le cap du premier titre, on pourra continuer et apprécier les subtiles incursions mélodiques dans des amas de textures et glitchs noisy. Boucles d’orgues virevoltants et chant d’opéra croisent ainsi grésillements et claquements rythmiques de machines sur le très abstrait « Dyschronia 2 », une ambient piratée par des samples vocaux et cliquetis perdus sur « Dyschronia 3 », ou encore des pulsations rythmiques et drones nasillards sur « Dyschronia 5 ».

C’est peut-être bien sur « Dyschronia 6 » que les contrastes sont les plus violents, avec ces samples de chœurs religieux déchirés par des textures crépitantes et granuleuses, tandis que le dernier titre fait une synthèse des éléments croisés jusque là.
Si on peut faire l’impasse sur « Dyschronia 4 », c’est qu’il se distingue de part sa réussite que l’on attribue à un équilibre mieux maîtrisé entre le bruit et une mélodie qui parvient par moment à s’imposer. Les éléments se frôlent, flirtent, prennent le dessus chacun leur tour, les textures grésillantes se font menaçantes alors que les mélodies de guitare, bien que cabossées, offrent de superbes moments de répit.

Dyschronia est donc un album difficile auquel on aura un peu de mal à accrocher, surtout lorsqu’on le met au regard des précédents albums de l’Allemand. Les amateurs de productions plus expérimentales, abstraites, aux tendances bruitistes pourrant, quant à eux, y trouver néanmoins leur compte.

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24 août 2019 Posted by | On peut se laisser tenter | , , | Laisser un commentaire