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Sam Fender: « Hypersonic Missiles »

Un départ brut à la guitare avant que la batterie ne vienne dynamiter l’introduction sur une rythmique simple et efficace ; c’est sur la chanson-titre éponyme que s’ouvre « Hypersonic Missiles ». Une amorce rock tout à fait classique qui sait donner le ton d’un disque chargé de définir le style du jeune Britannique avec plus d’acuité. Certains arrangements nous rappellent ici la touche d’un Brandon Flowers (The Killers), parenté que son entourage promotionnel a cherché à lui coller à ses débuts, sans que le constat se répète dans la suite du disque. Plus tard, le break résonne comme un hymne de stade, une opportunité pour Fender de s’assurer qu’il pourra être scandé en concert.

Très vite emballé par le tempo soutenu qu’imprime « The Borders » avec son riff teinté façon vintage – ambiance affirmée par l’insert d’un saxophone kitsch à souhait en plein cœur de la chanson – on reste finalement un peu en retrait lors des couplets de ce titre d’abord entraînant qui avait tout pour nous embarquer avec lui. C’est ce même manque de matière et de variations sonores que l’on peut regretter dans la première moitié de l’opus où « White Privilege » – malgré ses paroles sociales engagées – ou bien « You’re Not the Only One », et ses sonorités très synthétiques dictées par une boîte à rythmes se substituant sans raison à la batterie, ne permettent guère de se projeter dans un univers propre à son auteur.

Dead Boys, l’EP sorti par Sam Fender fin 2018, faisait déjà sentir cette quête d’identité musicale en cours. Si le rock était le dénominateur commun des six titres, toutes les pistes ne subsistaient pas à notre oreille. L’artiste a toutefois décidé d’extraire deux morceaux de cette première production pour leur faire une place dans son premier LP. Si l’on aurait aimé entendre à nouveau « Spice » et sa rage grisante, Fender a préféré l’efficace basse-batterie de « That Sound » mais aussi l’exploration plus convaincante en voix de tête qu’est « Dead Boys », où les doux échos de guitare rappellent d’abord l’atmosphère d’un Half Moon Run qui céderait progressivement à l’appel du rock.

Passés ces rappels au passé, « Play God » s’impose comme l’un des plus convaincants inédits et amorce un chemin bien plus intéressant dans notre découverte de l’univers de Fender. L’interprète installe ici une plus grande proximité avec son auditeur dès l’introduction en voix nue sur un léger riff de cordes sautées. Son chant semble s’ouvrir et s’affirmer de plus en plus. Ce sera également le cas sur « Will We Talk in The Morning », dans un style assez léger où les désirs intérieurs se libèrent.

Mais c’est « Call Me Lover » qui s’apparente à l’expression la plus parfaite du for intérieur. Extrêmement bien produit, le titre laisse une large place au chant incantatoire de Sam Fender, sans cesse rehaussé par un arrière-plan instrumental à la fois varié et soigné. Pendant que chaque couplet questionne les sentiments, chaque refrain y succède pour les affirmer au fil d’une grosse caisse qui résonne comme des battements de cœur. Placée en toute fin de disque, on aurait aimé entendre la piste plus tôt tant elle semble constituer la clé de voûte de cet album.

Avant d’en arriver là, on se plaît également à s’attarder sur la basse profonde de « Saturday », hymne à une fin de semaine salvatrice dont le tempo s’apparente au long cheminement vers un week-end tant attendu. Les inserts de piano et de chœurs à l’approche du final confèrent même au titre une dimension blues-soul qui mériterait d’être explorée davantage.

Côté balades, on préfèrera « Two People » et ses cordes aigües caressées à « Leave Fast », sur laquelle manque une partition vocale moins lisse, plus éraillée ; avant de basculer vers un exode original.  Sam Fender a en effet fait le choix de conclure autour d’une version live de « Use » interprétée à Londres. Plus qu’un simple bonus, ce superbe inédit permet de valoriser les élégantes variations vocales dont l’artiste – auréolé du Critic’s Choice au Brit Awards 2019 –  est capable. Tantôt pleine et affirmée, tantôt plus fluette et perchée ou calme et profonde, sa voix explore dans ce titre un prisme mélodique bien plus large que dans plusieurs compositions précédentes, et laisse présager des performances en concert prometteuses.

Après ces 48 minutes en compagnie de Sam Fender, on ressort intrigué sans pouvoir céder à l’emballement. Le Britannique n’est pas la figure la plus underground ou originale du rock outre-Manche, et n’a pas à l’être nécessairement, mais certaines compositions manquent de variations, laissant la patte musicale de l’artiste encore difficile à saisir, tout comme le message social qu’il cherche parfois à passer. Frustrant lorsque l’on sait de quoi le chanteur est capable sur plusieurs compositions de l’album qui nous gratifie de belles inspirations.

***1/2

 

10 août 2019 - Posted by | Chroniques du Coeur | ,

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